La production de batteries domestiques lancée début 2021 sur le site Viessmann de Faulquemont, en Moselle, nourrit de forts espoirs au sein du groupe familial allemand de 13 000 salariés. Maximilian Viessmann, PDG de ce fabricant d'équipements de chauffage et de réfrigération, a précisé ses ambitions à L’Usine Nouvelle, le 13 juillet, à l’occasion d’un déplacement dans son usine lorraine, la troisième en importance pour le groupe.
Si Viessmann surperforme actuellement au niveau mondial sur le marché des pompes à chaleur (+ 41% en 2021), le dirigeant de 32 ans veut avant tout « promouvoir des systèmes globaux, capables de renforcer l’autonomie énergétique en Europe. C’est pourquoi je suis convaincu que nos batteries domestiques VitochargeVX3 représenteront demain une part significative de l’activité industrielle de Viessmann ». Pour Maximilian Viessmann, les tensions géopolitiques de ces derniers mois « ont rendu la transition climatique incontournable en mettant au jour notre vulnérabilité. Il s’agit maintenant de passer d’une dépendance vis-à-vis du pétrole et du gaz russes à une indépendance énergétique au travers de pompes à chaleur et de solutions renouvelables fabriquées sur notre continent ».
Le groupe commercialisera à la rentrée en France un nouveau système de pilotage des énergies intégrant le stockage d’électricité. Pour Christian Grundler, président de Viessmann France, l’entité commerciale du groupe, « ce système innovant permettra de stocker le surplus d’électricité produite par une installation solaire photovoltaïque, puis de l’utiliser ultérieurement pour faire fonctionner une pompe à chaleur, un ballon thermodynamique ou recharger un véhicule électrique. » Mais l'apport de ces solutions va au-delà du simple stockage individuel. « Au-delà de l’autonomie, les batteries domestiques vont jouer un rôle significatif dans l’équilibre des réseaux de transport d’électricité, complète le PDG de Viessmann. Le système Vitocharge va pouvoir accumuler l’énergie en journée et la restituer le soir, lors des pics de consommation. »
Ces batteries domestiques sont produites à Faulquemont pour l’ensemble du groupe Viessmann. « Nous utilisons essentiellement des composants en provenance d’Europe [onduleurs, cartes électroniques, aciers..., ndlr] à l’exception des cellules lithium-phosphate de fer, qui pour le moment sont importées d’Asie », détaille Pierre Bassetti, président de Viessmann Faulquemont, l’entité industrielle du groupe. Vitocharge représente 5% de l’activité de l’usine mosellane, soit environ 5000 systèmes principalement à destination du marché allemand. Mais le groupe envisage de doubler cette ligne, qui emploie une quinzaine de salariés, à l’horizon 2023.
Energie stockée aussi en ballons d’eau chaude
Maximilian Viessmann estime que la fabrication de batteries pourrait représenter 100 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici à quelques années. De quoi nourrir encore la croissance du groupe familial, dont le chiffre d’affaires a bondi de 21% pour atteindre 3,4 milliards d’euros en 2021.
Par ailleurs, l’investissement d’un milliard d’euros mobilisé par le PDG sur trois ans - afin de développer les capacités industrielles et la R&D et de réaliser de nouvelles acquisitions - pourrait au besoin accompagner la transition industrielle de Faulquemont. Construite en 1971, l’usine fournissait historiquement l’ensemble du groupe en ballons d’eau chaude en acier pour la fabrication de chaudières au gaz ou au fioul. Si ce marché représente encore 70% de son activité, notamment pour les besoins des pompes à chaleur, l’usine mosellane s’est diversifiée ces dernières années : ses 500 salariés et 200 intérimaires fabriquent également des panneaux solaires thermiques (15%) et des ballons thermodynamiques, autrement dit des ballons alimentés par une pompe à chaleur (10%). Les métiers évoluent, mais avec l’assemblage de batteries domestiques, Viessmann Faulquemont conserve son ADN, à savoir la fabrication de solutions de stockage d’énergie. « On l’oublie souvent, mais un ballon d’eau chaude est également un moyen de stocker de l’énergie, thermique cette fois », rappelle Maximilian Viessmann.



