"Réimaginer le verre pour construire un avenir durable." Michel Giannuzzi, le PDG de Verallia, s'y attelle. Depuis octobre, la phrase est devenue la "raison d’être" du verrier. La politique RSE suit. Le groupe, premier fabricant d’emballages alimentaires en Europe et troisième dans le monde, a présenté les trois piliers de cette feuille de route environnementale et sociale, le 21 janvier à ses investisseurs.
27,5% d’émissions de CO2 en moins en 2030
Pour répondre au défi du réchauffement climatique, l’entreprise, qui opère 32 usines verrières dans 11 pays, souhaite avancer sur l’économie circulaire et réduire ses émissions de gaz à effet de serre. En 2019, Verallia a émis un peu plus de 3 millions de tonnes de CO2. Il vise les 2,2 millions de tonnes à horizon 2030, avec un objectif intermédiaire à 2,6 millions de tonnes en 2025.
Le PDG indique que le groupe s’engage à réduire de 27,5 % ses émissions de gaz à effet de serre entre 2019 et 2030. L’objectif, jugé "ambitieux" par le patron, a été défini dans le cadre de l’initiative "Science Based Targets". "Verallia y consacrera plus de 220 millions d’euros de capex sur les dix prochaines années", précise le dirigeant. Soit un peu moins de 1 % de son chiffre d’affaires annuel (2,6 milliards d’euros en 2019).
Optimiser sa consommation énergétique
Pour y parvenir, la réduction de la consommation énergétique du groupe est un passage obligé. Le process verrier est particulièrement énergivore. 80 % de l’énergie est utilisée pour maintenir des fours à 1 500°. Verallia prévoit des améliorations techniques de son appareil de production. Mieux isolés et optimisés grâce à des algorithmes d’intelligence artificielle, les fours doivent moins consommer.
Le PDG indique aussi travailler à l’incorporation d’hydrogène et généraliser l’utilisation d’énergie verte sur ses sites grâce, par exemple, à la mise en place de panneaux photovoltaïques sur les toits : « Nous voulons doubler la part d’énergie renouvelable dans notre mix énergétique d’ici à 2025. »
Le four du futur en relais à partir de 2030
Si la modification des fours et leur remplacement progressif sont envisagés pour les prochaines années, Michel Giannuzzi voit plus loin, en évoquant le projet "Furnace of the future" (le four du futur). Au sein d’un consortium rassemblant 19 autres verriers européens, Verallia compte sur cette nouvelle génération d’équipement.
Hybrides, ces fours de grande taille posséderont comme principal avantage de fonctionner avec 80 % d’électricité et 20 % de gaz, à l’inverse de ce qui se fait actuellement. Ils traiteront aussi d’importantes quantités de verre recyclé. Grâce à l’électricité décarbonée, en remplacement des énergies fossiles, ce seront 50 % d’émissions de CO2 en moins. Le projet doit débuter fin 2021-début 2022 et livrer ses premiers modèles à fin de la décennie.
A la recherche de matières premières non carbonées
Autre piste, trouver des alternatives aux matières premières carbonées, qui contribuent au réchauffement climatique lors de la fusion. Le groupe mène actuellement des travaux de R&D pour identifier et tester des matières, pour l’instant confidentielles.
Verallia veut aussi augmenter la part de calcin, c’est-à-dire le verre usagé, dans ses fours. "Quand on l’augmente de 10 %, on réduit de 5 % nos émissions de CO2 et de 2,5 % notre consommation énergétique", explique le PDG. En 2019, une bouteille était composée à 49 % de matière recyclée. Verallia vise les 59 % en 2025.
Promouvoir l’économie circulaire
Pour augmenter ce taux, l’entreprise prévoit d’engager des actions pour augmenter la collecte. Elles seront menées en partenariat avec la Fédération européenne du verre d'emballage (FEVE), des associations nationales, comme la Chambre syndicale des Verreries Mécaniques de France (CSVMF) ou avec les autorités locales en Russie et au Chili par exemple. Michel Giannuzzi ambitionne d’accroître le taux de collecte du verre domestique de 7 %, pour passer de 76 % à 83 % en Europe en 2025. Le verrier veut aussi inciter ses clients à privilégier des emballages allégés. "Depuis quatre ans, le poids a tendance à augmenter", observe-t-il.
Développer la consigne avec un pilote en France
Les actions menées dans l’économie circulaire doivent aussi se traduire par la réutilisation des emballages. "Nous voulons accompagner ce mouvement, avec des modèles locaux de consigne", indique le PDG, qui cite l’Allemagne et le Brésil comme exemples. Un pilote en France est prévu prochainement.
Le verre a une carte à jouer face au plastique, veut croire Verallia. "Le réemploi est un débouché de plus pour le verre, considère Michel Giannuzzi, qui espère gagner des parts de marché sur ce matériau concurrent devenu symbole de pollution. Nous voulons apporter une alternative à nos clients, notamment dans les produits alimentaires et les boissons non alcoolisées."
Plus de capital entre les mains des salariés
Outre la dimension environnementale, Michel Giannuzzi s’est attardé sur le volet social. Il a notamment réaffirmé son objectif de zéro accident sur ses sites. D’ici à 2025, le groupe s’engage aussi à augmenter de 15 points l’index de l’égalité femmes/hommes dans tous les pays où il travaille. L’insertion des personnes handicapées doit également doubler, pour passer de 3,3 % à 6 % à la même échéance. L’actionnariat salarié doit aussi se développer. La part du capital détenue par les employés pourrait atteindre 5 %, contre 2,6 % en 2019.
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Des annonces qui n’ont, pour l’instant, pas permis d’apaiser les revendications de la CGT, qui dénonce depuis longs mois des licenciements liée à la réorganisation des sites français. Les récentes annonces concernant la hausse des rémunérations sont aussi au cœur de la défiance du syndicat. Cette semaine, ce dernier a d’ailleurs annoncé des mobilisations sur plusieurs sites du groupe en France.



