[Veolia-Suez] "Notre but est de créer des emplois", assure la DG de Veolia

Pour Estelle Brachlianoff, la directrice générale adjointe de Veolia, rien ne devrait retarder le projet d’acquisition de Suez. Ce 28 octobre, un groupe de travail commun aux commissions des Affaires économiques et des finances à l'Assemblée nationale doit évoquer la possible fusion.

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Estelle Brachlianoff, directrice générale adjointe de Veolia.
Estelle Brachlianoff, directrice générale adjointe de Veolia.

L'Usine Nouvelle. - La décision du tribunal judiciaire de Paris a ordonné le 9 octobre la suspension de la reprise de la part d’Engie dans le capital de Suez. Est-ce susceptible de bloquer le projet de Veolia ?

Estelle Brachlianoff. - Non, cette décision ne le retarde pas. Le calendrier est maintenu. Nous avons fait appel sur une question de principe. Le tribunal a dit que nous aurions dû contacter le comité social et économique de Suez pour lui présenter le projet. Or seule la direction de Suez est habilitée à le faire. Si elle nous le demande, nous l’exposerons avec plaisir.

Vous restez sur un horizon de douze à dix-huit mois ?

La reprise de la part d’Engie est toujours prévue dans ces délais, le temps que les autorités antitrust rendent leur verdict. Nous sommes actionnaires de Suez, mais pour l’instant pas décisionnaires.

En dehors des activités eau de Suez en France, pensez-vous céder d’autres activités, notamment à l’international ?

À l’international, les recoupements sont quasiment inexistants. Nos activités se complètent, comme en Amérique latine.

Suez est très présent au Chili, Veolia en Colombie. En Amérique du Nord, Suez est fort dans l’eau et Veolia dans les déchets dangereux. Il y aura peu d’actifs à céder, hormis quelques-uns en Australie et au Royaume-Uni. En France, Meridiam reprendra les activités liées à l’eau, la R & D et les activités de construction correspondant au périmètre de Degrémont. Et Meridiam, qui s’engage sur vingt-cinq ans, a l’intention de nous concurrencer en France. Pour la partie déchets, tout dépendra de l’analyse que feront les autorités de la concurrence département par département. Mais il y a beaucoup d’acteurs : Paprec, Ortec, Derichebourg, Séché…

Les salariés de Suez s’inquiètent des conséquences sociales d’une telle fusion et de promesses qui se limitent à 2023. Comment pouvez-vous les rassurer ?

Notre engagement est de maintenir le personnel et les avantages sociaux. Si nous avons fixé une date, en l’occurrence 2023, c’est à la demande d’Engie, qui s’étonnait que nous n’ayons pas annoncé une limite à nos engagements. Mais nous maintiendrons l’emploi après cette date et les entreprises qui reprendront certaines activités, comme Meridiam, devront faire de même. Notre but est de créer des emplois, en investissant dans la recherche en France, en développant les pilotes, en France également, comme nous l’avons déjà fait sur le recyclage des batteries et des panneaux photovoltaïques. Et nous espérons attirer des PME dans cette filière, qui sera créatrice d’emplois.

Les synergies de 500 millions d’euros font craindre la présence de doublons et la suppression de certains postes...

La question, c’est plutôt comment arriver à 500 millions d’euros ? Or, contrairement aux fusions dans l’industrie – on peut délocaliser la production d’une voiture, de téléphones ou d’une turbine à gaz –, nos emplois ne sont pas délocalisables. Il s’agit de synergies opérationnelles. Quand nous négocions des achats pour 100 millions d’euros au lieu de 50 millions, nous n’obtenons pas les mêmes prix. Nous pensons économiser 200 millions d’euros sur les achats. Nous pouvons aussi gagner 300 millions d’euros sur le rendement de nos usines. Au Royaume-Uni, le taux de disponibilité de nos sites d’incinération est de 94 %, celui de ceux de Suez n’est que de 88 %. En échangeant nos bonnes pratiques, nous pouvons économiser 20 millions d’euros. Sur l’énergie des stations d’épuration, Suez est en avance. Nous bénéficierons de leur savoir-faire pour nous améliorer.

La mise en avant du danger de la concurrence chinoise pour justifier cette fusion n’est-elle pas un peu exagérée ?

Il n’y a pas que les Chinois. Les Espagnols sont aussi de sérieux concurrents. Mais si les Chinois n’existaient pas il y a cinq ou dix ans, ils progressent très vite car leur gouvernement a compris que le développement économique serait, à terme, entravé par les problématiques environnementales. Pour le moment moins présents, ils sont tout de même déjà aux portes de Paris, notamment avec l’incinérateur d’Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine. Et dans plusieurs pays d’Europe et régions du monde.

Comment pourrez-vous contourner la fondation créée par Suez pour mettre à l’abri son activité eau en France ?

Mettre des actifs dans un endroit où les règles sont obscures et les statuts volontairement masqués n’est pas l’objet d’une fondation. Pourquoi avoir choisi les Pays-Bas ? Les actionnaires minoritaires s’en sont émus. C’est une valeur en moins pour les actifs. Il est regrettable que le conseil d’administration de Suez ait pris cette décision. Il n’est pas propriétaire de l’entreprise. Mais nous avons trouvé les moyens pour composer avec cette fondation, même si nous préférerions que Suez l’abandonne et discute avec nous. Elle ne nous empêchera pas de lancer l’OPA et de prendre les 70,1 % du capital restant. Il y a quand même des actionnaires, et leur intérêt est de vendre leurs actions à 18 euros l’unité. L’objectif, c’est de construire ensemble ce champion français de la transition écologique. J’ai hâte d’arriver à cette étape de co-construction avec Suez.

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