Chronique

Véhicule autonome, une bataille de technos… et de mots

Dans la nouvelle chronique "Mobil'idées", chaque mardi, on aborde les idées… et les mots qui font bouger la mobilité. Cette semaine, on s’intéresse à la guerre des mots dans la conduite autonome.

 

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Véhicules autonomes Waymo
Waymo, la filiale de Google, vient d'annoncer qu’elle n’emploierait plus le terme « self driving », traduit le plus souvent en français par conduite autonome.

On ne croise pas encore de véritables véhicules autonomes sur nos routes, mais on s’interroge déjà sur le nom à leur donner. Faut-il parler de véhicules sans conducteurs, de véhicules automatisés, de véhicules qui se conduisent tous seuls ? Ce n’est pas seulement une bataille sémantique, c’est aussi une question de responsabilités.  A travers le nom que l’on donne à la technologie, on confère à l’humain une place différente, celle de conducteur ou de passager. Est-il assisté par des machines, ou piloté par elles ? Doit-il superviser la conduite, donc rester en capacité de reprendre le contrôle à tout moment, sans quitter la route des yeux, ou le véhicule est-il capable de se mettre en sécurité tout seul, en cas de problème ?

Les pionniers de la technologie ont des approches très différentes de ces questions. Tesla est accusé depuis des années de jouer un jeu dangereux en donnant à son assistant de conduite le nom d’Autopilote  - ce qui tend à exonérer les conducteurs de leurs responsabilités. Une option baptisé « full self driving » permettant d’activer cet assistant de conduite en ville, et pas seulement sur autoroutes, a même été déployée fin 2020. L’agence de la sécurité routière américaine, la NTSHA, a été contrainte de rappeler que les systèmes d'aide à la conduite actuellement disponibles « requièrent à tout moment la pleine attention du conducteur humain ».

Waymo, la filiale de Google qui développe des véhicules autonomes, a annoncé début 2021 qu’elle n’emploierait plus le terme « self driving » (traduit le plus souvent en français par conduite autonome, mais qu’on pourrait littéralement résumer en véhicule qui se conduit tout seul). « La précision du langage est importante et peut sauver des vies », résume l’entreprise, qui parlera désormais de « technologie de conduite entièrement autonome ». « Certains constructeurs utilisent le terme "auto-conduite" de manière inexacte, donnant au grand public une fausse impression des capacités de la technologie d'assistance à la conduite (qui n'est pas totalement autonome). Cela peut conduire quelqu'un à prendre, sans le savoir, des risques (comme retirer ses mains du volant) qui pourraient mettre en danger non seulement sa propre sécurité mais aussi celle des personnes qui l'entourent », écrit-elle sur son blog.

L’approche de Waymo a le mérite de poser la question de l’éducation à ces nouvelles technologies, qui sont encore mal connues, et alors que plusieurs niveaux d’autonomie vont cohabiter ces prochaines années. Il faudra trouver une meilleure teminologie que les niveaux 1 à 6, une classification élaborée par le SAE en 2014, dont les nuances sont complexes. On parlait il y a quelques années de systèmes « eyes on, hands on » (yeux sur la route, mains sur le volant »), ou « eyes on, hands off » (yeux ouverts, mains libres), voire même le graal, le « mind off » où l’on peut se laisser porter. Il y a sans doute des mots et codes visuels à inventer : l’appropriation et l’acceptabilité des véhicules automatisés est aussi une question d’UX, d’expérience utilisateur. L'agence de conseil en mobilité Punchcut suggérait en 2019 une communication « transparente et humaine » sur les capacités et limites des véhicules autonomes, pour ne pas créer d'attentes irréalistes (et décevoir les premiers utilisateurs) ni générer de la défiance.

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