Dans la course au développement d’un vaccin contre le Covid-19 figurent 76 projets à travers le monde. Des dizaines d’équipes de chercheurs publics et privés sont engagées afin de pouvoir protéger au plus vite la population mondiale… et tenter d’arriver les premières sur ce marché potentiellement gigantesque, avec des pays développés et solvables comme la France prêts à financer de grandes campagnes de vaccination.
Sanofi, le géant pharmaceutique français, en fait partie. Il est engagé dans différentes collaborations : avec son concurrent de toujours dans les vaccins – le groupe anglais GSK -, le ministère américain de la Santé via la Barda, ou encore la biotech américaine Translate Bio.
Onze usines et 10 000 salariés pour fabriquer des vaccins
Si Sanofi estime avoir toutes les cartes en main, c’est qu’il dispose d’énormes capacités de production avec onze usines à travers le monde et 10 000 salariés dédiés à la fabrication de vaccins au sein de sa division Sanofi Pasteur. "Il y a peu d’entreprises qui peuvent produire à cette échelle", a insisté son dirigeant Paul Hudson à l’occasion d’une conférence téléphonique le 24 avril.
En s’alliant à GSK, Sanofi estime être capable de mener des essais cliniques sur des patients dès 2020, dans l’espoir, s’ils se révélaient concluants, de mettre à disposition un vaccin d’ici un an. Une durée exceptionnellement courte pour le développement d’un tel produit. Même s’il refuse de dire le montant qu’il a engagé dans ces projets, Sanofi ne part pas de zéro. Il entend s’appuyer sur sa plateforme d’ADN recombinant pour la partie R&D, et sur ses capacités industrielles existantes grâce à son expertise dans la production du vaccin contre la grippe saisonnière (dont il détient 40% du marché) car il s’agit du même procédé pour le remplissage de vaccins.
Afin de préparer dès maintenant les futurs essais sur les patients, "nous produisons aujourd’hui les lots cliniques pour lancer le développement clinique, comme des lots d’antigène contre ce coronavirus, a annoncé à L’Usine Nouvelle Philippe Luscan, le vice-président en charge des affaires industrielles du groupe Sanofi. Seuls deux ou trois acteurs mondiaux disposent de cet outil industriel pour le faire. Chaque année depuis cinq ans, nous investissons plus de 1 milliard d’euros dans nos usines, dont 400 millions dans les vaccins. Là nous avons deux pistes de travail, nous sommes en train de monter en puissance notre outil industriel, car dans les vaccins il faut tout de suite avoir une vision de système planétaire, être capable de produire des centaines de millions de doses."
Le risque d'ingérence du gouvernement américain
Pour y parvenir, Sanofi peut compter sur un dispositif industriel mondial, avec trois sites en France (Neuville-sur-Saône et Marcy-l’Etoile, en Rhône-Alpes, ainsi que Val-de-Reuil, dans l’Eure), trois en Asie, et le reste sur le continent américain... Et c’est là que le bât blesse. Car dans cette course mondiale, "le challenge pour tout le monde sera de produire en quantité suffisante", estime Paul Hudson. Qui alerte : si le projet développé avec l’agence américaine de la Barda se révélait concluant le premier, les vaccins seraient alors fabriqués aux Etats-Unis. Or "c’est possible qu’à cause de cela le gouvernement américain demande de vacciner les Américains en premier, et que l’Europe passe après".
Ce qui n’est pas souhaitable, souligne le patron de Sanofi. Qui regrette le manque de coopération européenne, en particulier d’engagement de la part de la Commission Européenne, même si cela commence à bouger. "Il n’y a personne d’autre que nous et GSK pour le faire en Europe", alerte-t-il. En parallèle, à l'échelle mondiale, l'ONU a annoncé le 24 avril une initiative mondiale "historique" visant à accélérer la production de vaccins, traitements et tests contre le Covid-19 et en assurer un accès équitable. Au sein de cette initiative figurent l'OMS, de nombreux pays dont la France, des fondations et des entreprises privées. Mais ni la Chine, ni les Etats-Unis n'étaient représentés...
Plus globalement, Sanofi a pour l’instant tiré parti de la pandémie de Covid-19 puisqu’il a vu son chiffre d’affaires croître de 6,6% au premier trimestre à taux de changes constants, à 8,973 milliards d’euros. "La constitution de stocks dans les circuits de distribution liée à la pandémie de Covid-19 représente environ la moitié de la hausse du chiffre d’affaires au premier trimestre", précise le groupe pharmaceutique français. Ses produits contre la douleur et la toux en particulier s’arrachent, comme en France le Doliprane dont les ventes ont explosé de plus de 20%. Mais l’entreprise s’attend désormais à une légère baisse de ses ventes au deuxième trimestre 2020, beaucoup de ventes de produits plus onéreux et dans d'autres pathologies ne se réalisant plus à cause du Covid-19.



