Analyse

Vaccin contre le Covid-19, gare à l’empressement

Alors que les annonces s'enchaînent concernant les avancées des vaccins contre le Covid-19, le fait qui doit marquer les esprits reste la mise en pause de l’essai clinique mené par AstraZeneca.

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Il est difficile de mettre au point un vaccin contre une maladie dont on semble encore découvrir chaque jour de nouvelles spécificités.

Test du vaccin russe sur 40 000 habitants de Moscou, accord passé entre la Commission européenne et les laboratoires BioNtech et Pfizer pour 200 millions de doses… Comme ce mercredi 9 septembre, chaque jour apporte son lot de nouvelles concernant le développement des potentiels vaccins contre le Covid-19. Mais l’annonce qui doit marquer les esprits reste la mise en pause de l’essai clinique mené par AstraZeneca, alors qu’il était en phase finale, destinée à vérifier sécurité et efficacité.

Le groupe pharmaceutique anglosuédois était présenté jusqu’alors comme l’un des plus en avance dans cette course contre la montre à l’intensité inédite. Gare à l’empressement ! Il est difficile de mettre au point un vaccin contre une maladie dont on semble encore découvrir chaque jour de nouvelles spécificités. Et surtout peut-on imaginer réduire de manière incompressible le temps de développement d’un vaccin ? En temps normal, la mise au point de ce type de produit particulièrement complexe est considérablement longue : entre huit et dix-huit ans, dont six à huit ans pour le développement clinique et les tests sur l’homme… et ce sans compter le temps dévolu à la production des doses nécessaires.

Aller trop vite multiplie les risques. D’autant que dans cette course extraordinaire, de nombreuses technologies sont mises en concurrence, dont certaines restent expérimentales. Comme les vaccins à ARN messager (des copies transitoires de l'information génétique), sur lesquels planchent notamment la biotech américaine Moderna, le français Sanofi avec Translate Bio, ou l’alliance BioNtech et Pfizer. Ou encore les vaccins « à vecteur viral », l’approche d’AstraZeneca réalisée avec l’université d’Oxford, ou encore celle de l’institution française l’Institut Pasteur. D’autres approchent restent plus classiques, comme les vaccins de type « inactivés » ou « atténués », selon que le virus a été au préalable « tué » ou rendu moins virulent.

Quelle que soit l’option choisie, elle nécessite de longs et robustes essais cliniques, de la phase 1 (menée sur des individus sains) aux phases 2 et 3 (réalisées avec des malades), qui nécessitent généralement chacune plusieurs mois et des dizaines de milliers de volontaires. Ainsi qu’un examen minutieux et sans complaisance des autorités sanitaires. Si l’on ne souhaite pas observer potentiellement, une fois ces vaccins mis sur le marché, des effets secondaires qui n’auraient pas été suffisamment pris en compte… Et un potentiel scandale sanitaire. Les Etats veulent lancer le plus vite possible des campagnes de vaccination massives pour protéger leurs populations et mettre fin à la pandémie. Cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix.

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