UnitySC, pépite française des semi-conducteurs, se donne les moyens de doubler de taille dès 2022

Avec une levée de fonds de 48 millions d’euros, la pépite grenobloise des semi-conducteurs UnitySC se donne les moyens d’accompagner sa forte croissance. Avec l’objectif de doubler son chiffre d’affaires en 2022 et de renforcer son implantation en Asie.

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Machine d'inspection de puces d'UnitySC
Machine d'inspection des plaquettes de puces d'UnitySC

UnitySC se donne les moyens de son développement. Cette pépite des équipements de contrôle et d’inspection des plaquettes de puces, basée à Montbonnot-Saint-Martin, près de Grenoble, en Isère, annonce ce 1er juin 2022 avoir levé 48 millions d’euros après du fonds d’investissement Jolt Capital, du fonds French Tech Souveraineté, géré par Bpifrance, et de Supernova Invest. De quoi accompagner sa forte croissance. Le groupe français de métrologie Fogale nanotech, dont la société est issue, garde la majorité du contrôle avec un peu plus de la moitié du capital. Ni les parts des investisseurs dans le capital, ni la valorisation de la société ne sont dévoilés.

«Cette levée de fonds intervient à un moment d’inflexion majeur pour UnitySC, souligne à L’Usine Nouvelle Pierre Garnier, managing partner chez Jolt Capital, qui détenait 24 % du capital de la pépite avant cette opération, contre 76 % pour Fogale nanotech. Jusqu’ici, la société fournissait ses machines principalement à des projets de développement. Elle entre maintenant dans la phase de fourniture pour la production à grand volume. Ceci augure un grand développement avec la perspective de vente répétée de machines au même client.»

Soitec, seul client en France

Fondée en 2016 par combinaison de l’activité d’inspection de plaquettes de puces de Fogale nanotech avec Altatech, une société rachetée la même année à Soitec, UnitySC s’est renforcée par l’acquisition en 2018 de la société allemande HSEB. Elle compte aujourd’hui 150 salariés dans le monde, dont 110 à Montbonnot-Saint-Martin, où se trouvent son siège social, son centre de R&D et son site d’assemblage final. Elle réalise 95 % de son chiffre d’affaires à l’international. En France, elle dispose d’un seul client : Soitec, leader mondial des substrats semi-conducteurs. La grande majorité de ses gros clients se situent en Asie. Parmi eux figurent le fabricant sud-coréen de puces mémoires SK hynix, le fondeur taiwanais de puces TSMC et son équivalent chinois SMIC. La pépite française se targue d’affronter des équipementiers mondiaux de semi-conducteurs comme les américains KLA (chiffre d’affaires de 6,9 milliards de dollars en 2021) et Onto Innovation (790 millions de dollars), ou l’israélien Camtek (270 millions de dollars).

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Après s’être développée en toute discrétion, UnitySC est sortie de l’ombre à l’automne 2021 à la faveur de rumeurs prêtant au fonds d'investissement chinois Wise Road Capital l’intention de la racheter. Fogale nanotech et Jolt Capital ont démenti à L’Usine Nouvelle tout projet de vente. «Avec la levée de fonds, la société a désormais les moyens de se développer en toute indépendance, sans devoir se vendre à un acquéreur chinois», confirme Pierre Garnier.

+70 % de chiffre d'affaires en 2021

Le contexte n’a jamais été aussi favorable. Face à la flambée de la demande de puces sur fond de pénurie et de hausse des prix, tous les fabricants de semi-conducteurs sont en train d’investir à tour de bas pour augmenter leurs capacités de production. Et cela génère une augmentation de la demande d’équipements, et donc de machines de contrôle et d’inspection. «UnitySC se positionne sur trois segments de marchés particulièrement porteurs,  affirme Pierre Garnier. D’abord, l’assemblage de circuits intégrés en 3D par l’empilage par exemple de mémoire sur microprocesseur. Ensuite, les circuits relevant de la démarche "More than Moore" combinant différentes fonctions dans le même boitier. Enfin, les semi-conducteurs composés comme l’arséniure de gallium, le nitrure de gallium ou le carbure de silicium, utilisés pour les composants radiofréquences de la 5G ou les composants électroniques de puissance des véhicules électriques. Ces trois segments présentent l’avantage de croître trois fois plus vite que l’ensemble du marché des équipements de semi-conducteurs.»

Rien d’étonnant que la société jouisse d’une croissance météorique. Selon Pierre Garnier, son chiffre d’affaires a bondi de 70 % en 2021 et devrait doubler en 2022. En tant que société non cotée en Bourse, elle ne publie pas ses résultats financiers. Mais selon l’estimation de L’Usine Nouvelle, son chiffre d’affaires tournerait autour de 22 millions d’euros en 2021. Et le plan de la direction serait de dépasser le seuil de 100 millions d’euros à l’horizon 2025. L’effectif devrait frôler les 200 personnes à la fin de 2022.

70 % des clients en Asie

Les fonds levés vont financer trois axes de développement. D’abord la R&D pour améliorer la capacité de détection des défauts des machines avec l’adjonction de nouveaux capteurs et algorithmes d’intelligence artificielle. Ensuite l’international avec l’ouverture de nouvelles implantations en Asie, en plus de celles existant déjà en Allemagne, à Singapour, à Taiwan, en Corée du Sud, en Chine et aux Etats-Unis. L’Asie concentre plus de 70 % des clients de la société. Enfin l’ouverture à Singapour d’un «DemoLab» où les clients asiatiques pourront tester les capacités de détection de défauts des machines d’UnitySC sur leurs plaquettes de puces. Cela complètera le «DemoLab» existant déjà à Montbonnot-Saint-Martin.

La levée de fonds répond aussi aux besoins croissants de fond de roulement. C’est appréciable dans le contexte actuel de tension des approvisionnements où il faut commander et payer les équipements de production, et attendre jusqu’à un an pour être livré, selon Pierre Garnier. Les fonds levés donnent par ailleurs à UnitySC des réserves pour des acquisitions ciblées.

Un savoir-faire unique

L’opportunité de marché d’UnitySC est estimée à 1 milliard de dollars à l’horizon 2025 par Jolt Capital. «L’équipe d’UnitySC à Grenoble dispose d’un savoir-faire unique en optique, mécanique de précision, traitement de signal, matériaux semi-conducteurs et algorithmes d’intelligence artificielle pour bien positionner la plaquette de puces dans la machine, traiter les données des capteurs et détecter, caractériser et classer les défauts, estime Pierre Garnier. La société détient 150 brevets. C’est une belle réussite française, reconnue au niveau mondial. Elle a tout pour capter 20 à 25 % du marché à l’horizon 2025. »

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