L’annonce était attendue depuis la présentation du mât de SolidSail en décembre 2022 et de la voile en début d’année 2023. Depuis trois ans, les Chantiers de l’Atlantique avaient lancé ce projet avec la volonté de développer la force vélique sur des navires de gros tonnage. Ils ont annoncé à la veille de l’évènement Wind for Goods, qui se tient à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) le 1er et le 2 juin, la construction d’une usine à Lanester (Morbihan). Celle-ci devrait se lancer dans la fabrication de grands mâts SolidSail dès septembre 2024 à « une cadence industrielle », explique le communiqué, grâce à un investissement de l'ordre de 20 millions d’euros. Les partenaires industriels travaillant sur le projet ont aussi créé une co-entreprise, SolidSail Mast Factory. Avel Robotics, CDK Technologies, Lorima, Multiplast et SMM produiront donc les mâts carbone de grandes dimensions.
Olivier Cognasse La voile géante repliée et le mât qui s'incline.
Réduire la consommation de carburant
Aux Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire, la fameuse voile SolidSail pointe vers le ciel du haut de ses 75 mètres de haut. Une seule personne est à la manœuvre pour plier et déplier les panneaux comme un accordéon. Le gréement qui comprend le mât de 66 mètres de haut et la voile est donc totalement automatisé. Il suffit d’appuyer sur un bouton pour déclencher et arrêter les opérations. Le premier modèle possède une surface de voilure de 1 050 m2, dont la membrane de moins d’un millimètre d’épaisseur est réalisée en fibre de verre. Son balestron est orientable à 360 degrés et les mâts peuvent pivoter mais aussi s’incliner à 70 degrés, notamment pour pouvoir passer sous les ponts.
Maintenant que les Chantiers de l’Atlantique ont mis SolidSail sur les rails, ils vont laisser les partenaires industriels assurer la fabrication du mât, mais aussi de la voile car c’est Multiplast qui en assurera la production dans son usine de Vannes (Morbihan). « 99% de la production de ce gréement est réalisée en France, dans les Pays de Loire », se félicitait Nicolas Abiven, chef du projet SolidSail et ancien vainqueur de la Transat Jacques Vabre en 2003 en monocoque avec Jean-Pierre Dick, alors que le gréement s’inclinait pour une démonstration devant les invités de Neoline. Ce cargo à voile, qui doit prendre la mer en janvier 2025, sera équipé de deux voiles produites à Lanester. Mais les Chantiers de l’Atlantique ont aussi enregistré la commande de deux paquebots de luxe Orient Express Silenseas du groupe Accor équipés chacun de trois gréements SolidSail avec une voilure de 1 500 m2. Ces navires de 220 mètres de long seront hybrides car ils disposeront d’un moteur fonctionnant au GNL, en attendant que l’hydrogène vert soit disponible. Le premier paquebot sera livré en mars 2026.
En discussion, les Chantiers de l’Atlantique espèrent signer d’autres contrats pour le SolidSail, peut-être avec des armateurs qui exploitent des porte-conteneurs de grande taille. Cette voile géante a l'avantage de pouvoir réduire la consommation de carburant. Une aubaine alors que les réglementations de l’OMI (Organisation maritime internationale) et de l’Europe se durcissent pour atteindre la neutralité carbone en 2050.



