• Une centaine de projets à travers le monde
Pour tenter de mettre fin à la pandémie de Covid-19 qui a déjà tué plus de 430 000 personnes à travers le monde, de nombreuses équipes de recherche, issues de laboratoires publics ou privés, sont sur les rangs pour mettre au point un vaccin permettant de protéger la population. A l’heure actuelle, une centaine de projets concrets sont dénombrés. Mais la route scientifique est terriblement ardue : seule une dizaine de candidats-vaccins sont actuellement en essais cliniques (c'est-à-dire testés sur l'homme) dans le monde, dont cinq en Chine.
En parallèle, les géants de la pharmacie préparent déjà l’offensive de la production. Et mettent la pression sur les fabricants de flacons en verre, indispensables pour accueillir les futurs vaccins. Or le leader dans la fabrication de verres spéciaux pour la mise en flacon, Schott AG a pour sa part rejeté leurs demandes de réservation, expliquant qu'il ne souhaitait engager aucune ressource avant de savoir précisément quels vaccins seront efficaces.
• Aucun vaccin encore autorisé
Car à l’heure actuelle, aucun vaccin - ni traitement contre le Covid-19 d’ailleurs – n’est encore autorisé et commercialisé. Et rien n’assure qu’un vaccin arrivera bien en bout de course. Les spécialistes le rappellent, il faudra attendre au mieux fin 2021. Et la science se retrouve parfois bloquée, comme le prouve l’absence de vaccin homologué contre le VIH et le paludisme (qui tuent respectivement 770 000 et 1 million de personnes chaque année), ou les précédents coronavirus. Mais certains épidémiologistes ont bon espoir que le Covid-19, puisqu’il semble amené à circuler durablement sur notre planète contrairement au SRAS, se révèle être une cible plus facile pour mener à bien des essais cliniques. En espérant qu’il ne mute pas…
• Polémique sur le prix et l’accès
La compétition contre le Covid-19 oppose une bonne partie de l’industrie pharmaceutique mondiale, désireuse de mettre la main sur un marché potentiellement gigantesque, avec des pays solvables, comme la France, prêts à financer de grandes campagnes de vaccination.
Ce mardi 16 juin, Sanofi et Emmanuel Macron devraient aussi sceller leur réconciliation. Il y a un mois, le directeur général du groupe pharmaceutique Paul Hudson avait suscité la polémique dans l'Hexagone en reconnaissant qu’il distribuerait son potentiel futur vaccin contre le Covid-19… d'abord aux États-Unis, qui ont investi 30 millions de dollars pour soutenir ses recherches à travers l’agence américaine de la Barda. Sanofi avait alors incité l’Europe à se mobiliser à son tour.
Mais le secrétaire général de l'ONU comme l’Organisation Mondiale de la Santé avaient pour leur part estimé qu'un futur vaccin contre cette maladie devait être considéré comme un "bien public mondial" accessible à tous.
• Des initiatives de financement éparses
Dans cet esprit, l’institution publique française Institut Pasteur, qui planche sur un candidat-vaccin utilisant le vecteur de la rougeole pour protéger du Covid-19, a annoncé début juin la signature d’un protocole d’accord avec l’organisme international à but non lucratif Cepi (Coalition for epidemic preparedness innovations), qui lui a alloué 4,3 millions d’euros pour ce projet) et le géant pharmaceutique américain MSD, concurrent de Sanofi, visant à garantir un accès équitable au vaccin à tous les pays du monde, quel que soit leur niveau de revenus... Tandis qu’un sommet virtuel de l'Alliance pour le vaccin (Gavi) a réuni plus de 50 pays – dont la France – et récolté 8,8 milliards de dollars pour la vaccination.
Cela n’empêche pas des initiatives plus isolées. Afin de garantir "un approvisionnement de base" pour sa population, l’Allemagne a ainsi décidé d’investir le 15 juin, à travers sa banque publique de développement KfW, 300 millions d'euros pour prendre 23% du capital de la biotech CureVac, laboratoire allemand non coté engagé dans la course au vaccin… qui avait suscité l’intérêt des Etats-Unis.
• Enfin une alliance européenne
Tancée par Sanofi, l’Europe se mobilise enfin. Une alliance inclusive pour le vaccin - réunissant l'Allemagne, la France, l'Italie et les Pays-Bas – s’est ainsi constituée et a passé samedi 13 juin auprès du géant anglo-suédois AstraZeneca une précommande à prix coûtants de 400 millions de doses d'un vaccin actuellement développé par l'université d'Oxford et dont l'expérimentation est à une phase avancée, selon Roberto Speranza, ministre de la Santé italien.
La substance active sera même développée par le français Novasep, leader européen de la production de vecteurs viraux. Si le projet de vaccin aboutit, les pays membres de l'UE seront assurés de bénéficier d'un accès privilégié aux doses. Les quatre pays signataires vont payer le montant total de la précommande, qui n'a pas été dévoilé, mais les doses seront accessibles à l'ensemble des pays de l'UE.
Mercredi 17 juin, la Commission européenne devrait d’ailleurs dévoiler sa stratégie pour négocier ce type d’accord à l’échelle européenne et avec d’autres compagnies pharmaceutiques, afin de réduire le risque de dépendance à un seul projet. Il y a donc fort à parier que la visite d’Emmanuel Macron chez Sanofi aille dans ce sens, d’autant que "la couverture vaccinale mondiale ne se fera dans doute pas par un seul vaccin mais par plusieurs", rappelle-t-on à l’Elysée. D’autant que, dans la foulée, le président de la République s’entretiendra en visioconférence pour faire le point avec les patrons des principaux groupes privés occidentaux engagés dans cette course au vaccin antiCovid-19 : MSD, Pfizer, Janssen, Johnson and Johnson, AstraZeneca, Sanofi, GSK, CureVac et Moderna.



