Il aura fallu plusieurs mois de discussions, mais aussi de manifestations de riverains et défenseurs de l’environnement, pour que les élus de Guingamp Paimpol Agglomération (Côtes-d’Armor) finissent pas rejeter début février un projet d’élevage de la société Smart Salmon portée par des investisseurs norvégiens. Ces derniers avaient jeté leur dévolu sur la petite commune rurale de Plouisy où ils avaient émis l’intention de créer un vaste élevage de 50 000 m² portant sur une production de 8 000 tonnes de saumons par an. Il était aussi prévu un outil de transformation des salmonidés.
Ce sont les très importants besoins en eau de 600 000 litres par jour pour assurer le fonctionnent du site qui ont fini par convaincre les élus locaux qu’il fallait «laisser tomber» ce projet. Surtout à un moment où Plouisy et les autres communes du secteur de Guingamp sont marquées par la sécheresse. Y dominent des activités agricoles et de l’agroalimentaire comme les sandwichs Daunat ou la division pet food du groupe Le Graet qui ne peuvent pas se passer d’eau.
Opposition des professionnels de la mer
Ce projet de transformation de saumons était marqué, indique Rémy Guillou, le maire de Plouisy, par «beaucoup trop d’incertitudes». Initialement, les actionnaires de Smart Salmon prévoyaient le traitement sur site de l’ensemble des rejets de l’eau de l’élevage, mais les élus ont constaté qu’en fait ils envisageaient la construction d’une canalisation de 5 kilomètres de long pour, après traitement, renvoyer l’eau dans la rivière du Trieux. «Il y avait donc un risque de pollution des rejets par le phosphore et les hormones», indique encore le maire de Plouisy. Lui et les autres maires du territoire concerné ont aussi constaté que ce projet industriel, d’un montant de 150 millions d’euros et devant conduire à la création de 100 emplois, rencontrait une opposition non seulement des écologistes et riverains mais aussi des professionnels de la mer. «Les pêcheurs, les ostréiculteurs, étaient contre», confirme de son côté Fanny Chappé, la maire de Paimpol et vice-présidente du Conseil régional de Bretagne en charge de la mer et du littoral.
«Les élus ont compris les impasses environnementales de ce projet anachronique» a réagi Gilles Huet, l’un des membres de l’association Eau et Rivières de Bretagne qui s’est battue contre sa concrétisation dès l’annonce de l’investissement il y a près de deux ans. Et, «pour une fois en Bretagne, constate à son tour André Arin de la confédération conchylicole, les enjeux de la protection du littoral ont été pris en compte».
Eau et Rivières de Bretagne entend cependant rester très vigilante car rien n’empêchera les actionnaires de Smart Salmon de revoir, à court ou moyen terme, leur copie afin de présenter un nouveau dossier.



