Un collectif d'industriels supplie l'Etat de mieux accompagner la réindustrialisation en Provence

Rassemblant une centaine d’entreprises, l'initiative «Provence, fabrique des possibles» lancée le 16 octobre supplie l’Etat d’accélérer sur les infrastructures, le logement et les formations, pour accueillir les 20 milliards d’euros d’investissements attendus sur le territoire.

Zone de Fos - Cohabitation industrie et population
«Provence, fabrique des possibles» réclame des aménagements rapides pour «un bénéfice mutuel» entre développement industriel et villes et populations riveraines.

Aux yeux des industriels provençaux, le sens du collectif est inscrit dans l’histoire de l’agglomération de Dunkerque et de son grand port maritime. Pour Marseille-Fos (Bouches-du-Rhône), l’Etat a imposé seul sa vision dans les années 1960 sur un paysage éparpillé, jusqu’à la création de la Métropole Aix-Marseille-Provence en 2016. La zone industrialo-portuaire (ZIP) de Fos n’a que très rarement été perçue comme un site d’intérêt commun. Le 16 octobre, le collectif «Provence, fabrique des possibles» a (enfin) pris à rebours cette culture.

Il est porté par Industries Méditerranée, entité régionale de France Industrie, l’UIMM Alpes-Méditerranée et le Groupement Maritime et Industriel de Fos (GMIF), antenne locale du Medef, une centaine d’entreprises industrielles, la CCI, le Port, l’Aéroport ou Aix-Marseille Université. Leur espoir : que leur initiative inédite persuade l’Etat d’accélérer décisions et investissements indispensables à la réindustrialisation d’une région où l’industrie pèse 11% de la valeur ajoutée et 32% de l’emploi privé.

En 18 mois, 31 projets industriels de plus de 50 millions d’euros ont émergé, soit pour décarboner des usines existantes, soit pour s’implanter avec l’ambition d’accompagner la transition énergétique et écologique (photovoltaïque, hydrogène…). Au total, ils représentent 20 milliards d’euros d’investissements et 10000 emplois potentiels. Pour ne pas risquer de les perdre et de voir à l’avenir tout le secteur péricliter, «Provence, fabrique des possibles» réclame une gouvernance homogène, de type «Opération d’intérêt national». «Il faut une mission d’Etat pour piloter, confie Jean-Michel Diaz, président du GMIF. Un commissaire délégué, rattaché au Préfet des Bouches-du-Rhône, vient d’être nommé, mais ce n’est qu’une première brique. Il manque les autres.»

Position offensive pour une future zone vitrine

Les infrastructures actuelles, engorgées pour desservir la ZIP, ne pourront pas, en effet, absorber les flux qu’engendreront les chantiers et activités des projets annoncés. Une inquiétude qu’ils partagent avec les élus locaux et les riverains. Ils réclament le déblocage des 2 milliards d’euros de financements pour le contournement routier Martigues-Port-de-Bouc, la liaison Fos-Salon-de-Provence… Les porteurs de projets attendent des garanties sur leur réalisation, une lisibilité fiscale, des conditions d’accueil claires et pérennes. Or, le contexte budgétaire de la France jette le flou. «L’Etat doit tenir les engagements pris avec France 2030 et continuer à accompagner financièrement ceux qui demanderont son appui», indique Christine Baze, présidente d’Industries Méditerranée.

Le collectif veut aussi une planification des constructions de logements, le renforcement des cursus de formations pour préparer les compétences. Les calendriers des projets se percutent sur la période 2025-2032. Des maires admettaient récemment ne même pas savoir où positionner les bases de vie des entreprises si tout débute simultanément. Préalable à plusieurs implantations, la ligne 400 KV qui doit alimenter les unités en électricité est toujours étudiée (et contestée).

«Nous défendons une industrie offensive, innovante et compétitive, pas défensive. Nous devons réussir à faire comprendre aux citoyens que l’industrie enrichit le territoire, que le bénéfice est mutuel quand elle est moins polluante, plus sûre et verse des salaires plus élevés qu’ailleurs», insiste Pascal Kuhn, président de l’UIMM Alpes-Méditerranée, soucieux d’atténuer les obstacles d’acceptabilité. Malgré leurs craintes, ils s’avouent convaincus qu’en levant «rapidement» ces incertitudes, l’Etat peut aider Fos à devenir dans les cinq ans un «fleuron national et européen des solutions industrielles et des énergies renouvelables et bas-carbone».

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