Il faut sauver le soldat 737 MAX. Et qui de mieux pour y parvenir qu’un amiral ? C’est le choix qu’a fait Boeing, de nouveau en pleine tempête depuis qu’une porte d’un de ses monocouloirs d’Alaska Airlines s’est ouverte en plein vol, le 5 janvier dernier. L’avionneur a annoncé, mardi 16 janvier, avoir nommé Kirkland Donald, retraité de la marine, en tant que conseiller spécial du PDG, Dave Calhoun. Empêtré depuis plusieurs années dans des difficultés industrielles qui touchent le 737 MAX mais aussi d’autres appareils, Boeing tente visiblement de redresser la barre.
L’amiral Kirkland Donald a d’abord pour tâche de constituer une équipe d’experts venus de l’extérieur. Une troupe de choc qui va devoir évaluer le système de gestion de la qualité mise en œuvre au niveau des avions civils, puis de formuler des recommandations auprès du patron de Boeing ainsi que du comité de sécurité du conseil d’administration du groupe. En clair, l’équipe va devoir comprendre les causes des problèmes à répétition qui ont été détectés sur les chaînes d’assemblage du 737 MAX, concentrés à Renton (Washington).
Un as des sous-marins nucléaires pour scruter le MAX
Des boulons mal serrés au niveau de certaines portes de 737 MAX 9, mais aussi des défauts électriques, de mauvais raccords au niveau de l’empennage vertical, des trous mal percés dans la cloison étanche arrière… Depuis 2021, le monocouloir qui s’était déjà illustré par deux crashs – en 2018 et 2019 – ayant causé la mort de 346 personnes, enchaîne les déboires industriels. L’équipe de Kirkland Donald va donc scruter les procédés au sein de Boeing, mais aussi ceux de l’un de ses principaux sous-traitants directement liés à plusieurs de ces dysfonctionnements : Spirit AeroSystems, dont l’usine se trouve à Wichita (Kansas).
«L'amiral Donald est un responsable reconnu dans la garantie d’intégrité de certains des systèmes de sécurité et de qualité les plus complexes et les plus importants au monde», a affirmé Dave Calhoun dans un communiqué. Pour autant, ce dirigeant n’est pas issu du monde aéronautique. L’ex amiral a servi comme officier de sous-marin nucléaire durant 37 ans. «Il a été directeur du programme de propulsion nucléaire naval pendant huit ans, assurant le fonctionnement de tous les navires de guerre à propulsion nucléaire et des infrastructures de soutien», précise encore le patron de Boeing.

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Des lignes d'assemblage ouvertes aux compagnies aériennes
Mais l’action de Boeing pour neutraliser ces problèmes de qualité ne s’arrête pas là. La veille de la nomination officielle de Kirkland Donald, le responsable de l’activité civile de Boeing, Stan Deal, a également lancé plusieurs chantiers. A savoir : une augmentation du nombre d’inspections qualité même si les effectifs des inspecteurs ont augmenté selon lui de 20% depuis 2019, des sessions d’échanges supplémentaires au sein des équipes pour partager les bonnes pratiques et le déploiement d’une équipe de renforts de salariés de Boeing directement chez Spirit.
En outre, Boeing a décidé d’ouvrir ses lignes d’assemblage aux compagnies aériennes désireuses de vérifier sur place le bon déroulement de la production de leurs appareils. Pour rappel, quelque 1050 Boeing 737 MAX sont aujourd’hui en exploitation dans le monde, d’après les données transmises à L’Usine Nouvelle du cabinet suisse ch-aviation, dont 218 Boeing 737 MAX 9. La compagnie aérienne Ryanair a d’ailleurs fait savoir qu’elle avait augmenté le nombre d'ingénieurs dont elle dispose sur la ligne de production du 737 MAX, passant de 6 à 12, comme le rapporte le Financial Times dans un article publié mardi 16 janvier.
Un changement de culture à effectuer
Ces mesures interviennent alors que l'autorité américaine de l'aviation civile (la FAA), a exigé l’immobilisation au sol de tous les 737 MAX 9 aménagés comme l’appareil en cause d’Alaska Airlines, autrement dit avec une porte condamnant une sortie d’évacuation seulement exigée au-delà d’un certain nombre de passagers transportés. Soit 171 avions sur 218 appareils de ce type au total. La FAA a peu de temps après fait savoir qu’elle comptait mener des investigations pour passer au crible les procédures de qualité chez Boeing. En parallèle, l'agence américaine chargée de la sécurité des transports (NTSB) a lancé sa propre enquête pour comprendre les circonstances de l’incident.
Les actions annoncées par Boeing feront-elles office d’électrochoc, à même de rétablir la fiabilité industrielle qui semble faire défaut à Boeing depuis plusieurs années ? «Le 737 MAX se trouve au milieu d’une hausse de cadences de production sans précédent et, de toute évidence, davantage de ressources doivent lui être allouées, tant au niveau de la fabrication qu’au niveau des inspections, plaide Richard Aboulafia, expert aéronautique au sein du cabinet américain AeroDynamic Advisory. Boeing le reconnaît désormais, mais il n’est pas sûr que la haute direction comprenne réellement les changements culturels qui doivent avoir lieu et l’ampleur des ressources supplémentaires nécessaires». Les prochains mois seront déterminants.



