Mauvais début d’année pour le transport aérien. En quelques jours, le secteur a été marqué par une série d’incidents. Alors qu’une porte d’un Boeing 737 MAX s’est détachée 6 minutes après son décollage de Portland (Etats-Unis), un Airbus A350 de Japan Airlines a entièrement brûlé après une collision avec un engin au sol après son atterrissage au Japon, faisant 5 morts. Un incident suivi quelques jours plus tard – dans le même pays – par l’accrochage au sol d’un A330 de Korean Air avec un appareil vide de Cathay Pacific. De quoi amener à se poser une question : faut-il y voir l’effet d’un emballement dans l’industrie aéronautique et le transport aérien ?
Gare au jugement hâtif. Ces trente dernières années, le taux d’accidents mortels dans le transport aérien a baissé en moyenne de 8,7% par an, d’après les données de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). Et ce malgré la hausse vertigineuse de l’activité aérienne sur cette période. Au point d’arriver en 2022, avec 3 accidents ayant entraîné la mort de 159 personnes sur des vols réguliers, à 0,023 passager tué par milliard de kilomètre parcourue. En 2023, un seul accident mortel a été déploré : celui d’un ATR de la compagnie népalaise Yeti Arlines, qui a fait 72 morts. Le retour rapide du trafic aérien à son niveau d’avant crise n’a pas eu pour corollaire une hausse des accidents graves.
Le Boeing 737 MAX fait les frais de la hausse de cadences
«Aujourd’hui, le moindre incident devient inacceptable», a constaté Guillaume Faury, le président exécutif d’Airbus, vendredi 12 janvier, à l’occasion d’une conférence de presse du groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) qu'il préside. Et le dirigeant de voir dans les évènements récents des «rappels à l’ordre», tout en précisant que, dans le transport aérien, chaque événement anormal est suivi d’une enquête, nourrissant en données l’ensemble du secteur à l’échelle mondiale pour en tirer des enseignements.
Pour autant, au vu des hausses de cadences de production historiques qui se profilent et de la croissance annuelle prévue de près de 4% du trafic aérien, la question de la sécurité restera plus centrale que jamais dans les décennies à venir avec l'accroissement du nombre d'avions en exploitation. Elle reposera de plus en plus sur de nouvelles technologies, pour améliorer la gestion du trafic, assister les pilotes dans les cockpits ou bien encore pour assurer un niveau de qualité de la production moins fluctuant. Mais la main d’œuvre devra également être bien formée et en quantité suffisante.
«Le Boeing 737 MAX se trouve au milieu d’une hausse de cadences de production sans précédent et, de toute évidence, davantage de ressources doivent lui être allouées, tant au niveau de la fabrication qu’au niveau des inspections», confie à L’Usine Nouvelle Richard Aboulafia, expert aéronautique au sein du cabinet américain AeroDynamic Advisory. La montée en puissance du transport aérien devra en outre absorber un risque cyber croissant et l’irruption probable d’innovations de rupture liées à la décarbonation des avions. Scruté en permanence, le transport aérien ne le sait que trop bien : il va devoir croître tout en réduisant le nombre d'incidents.



