TSMC, numéro un mondial des services de fabrication de puces en sous-traitance, vient de publier ses résultats 2019 dans un climat de fortes incertitudes. Le fondeur taïwanais de semi-conducteurs, qui compte 48 700 personnes dans le monde et truste près de 53% du marché selon le cabinet TrendForce, affiche toujours une santé insolente.
Accueil frais en Bourse
Alors qu’en 2019 le marché des puces (hors mémoires, qu’il ne fabrique pas) a baissé de 3% et celui des services de fonderie (hors marchés captifs comme celui de Samsung) est resté plat selon la direction, il affiche un chiffre d’affaires en progression de 1,3% à 34,6 milliards de dollars, tiré par le développement de la 5G, du calcul intensif ou encore de l’intelligence artificielle. Compte tenu de l’accroissement de 46% de ses investissements à 14,9 milliards de dollars, le bénéficie d’exploitation recule de 2,9% à 12 milliards de dollars et le bénéfice net de 1,7% à 11 milliards de dollars.
Et la direction entrevoit une reprise du marché des semi-conducteurs (hors mémoires) de 8% et celui des services de fonderie (hors marché captif de Samsung) de 17% en 2020. De quoi coller à son objectif de croissance moyenne de 5 à 10% par an.

- 47515.45-2.38
Mars 2026
Cours mensuel de l'étain - settlement$ USD/tonne
- 7.9967+0.13
10 Avril 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
Un optimisme que les investisseurs ne semblent pas partager. La Bourse a accueilli les résultats 2019 avec une baisse de l’action de 3,2% à New York et 1,6% à Taipei. C’est qu’ils s’inquiètent du spectre de durcissement par les Etats-Unis des restrictions d’exportation vers Huawei. Lors de la présentation des résultats le 16 janvier 2019, de nombreux analystes ont interpellé la direction sur la manière dont le groupe pourrait y faire face et sur l’impact que cela aurait sur ses résultats futurs.
" Nous sommes le fondeur de tout le monde et nous traiterons chaque client de manière juste et équitable, répond Wendell Huang, le directeur financier. Nous avons toujours respecté la réglementation et nous le ferons. S’il y a un changement des règles, nous en étudierons et évaluerons soigneusement l’impact, produit par produit, pour déterminer leur éligibilité à l'exportation. Nous sommes donc prêts à faire face à un nouveau règlement de contrôle des exportations. "
Huawei, 10% du chiffre d'affaires de TSMC
TSMC a beaucoup bénéficié de l’embargo américain contre Huawei. Privé des composants de fournisseurs yankees clés comme Qualcomm, Intel, AMD ou Nvidia, le géant chinois de télécoms a augmenté le recours à ses puces maisons, qu’il fait fabriquer en grande partie par le fondeur taïwanais. Huawei est devenu le deuxième plus gros client de TSMC après Apple, avec 10% du chiffre d’affaires selon le Nikkei Asian Review.
Aujourd’hui, les Etats-Unis interdisent aux fournisseurs étrangers la livraison à Huawei de produits ayant un contenu américain de plus de 25%. Les faucons de l’administration Trump pousseraient même pour un abaissement de ce seuil à 10%. TSMC apparaît en première ligne de la guerre implacable que Washington mène contre l’équipementier télécoms chinois.
Selon le Financial Times, Trump presse TSMC, dont les technologies de production de puces sont considérées comme les plus avancées au monde, de cesser ses services aux clients chinois, qui représentent 20% de son chiffre d’affaires en 2019. Il réclame, dans le même temps, la localisation aux Etats-Unis de la fabrication des puces américaines sensibles comme celle utilisées dans les équipements militaires. Une demande à laquelle Mark Liu, président du groupe, n’est pas opposé sur le principe mais qu’il voit mal concrétiser en raison du surcoût par rapport à la production actuelle à Taïwan.
PRESSIONS AMÉRICAINES Considerables
"Oui, la géopolitique évolue, mais nous restons à l'écoute de nos clients en priorité, explique-t-il. Jusqu’ici, lorsque nous demandons à nos clients s’ils veulent que nous fabriquions leurs puces dans une autre région à coût plus élevé, leur réponse est que nous ne pouvons pas être compétitifs. Donc, pour augmenter et maintenir leur compétitivité, ils considèrent la configuration actuelle comme la meilleure, car c'est à Taiwan que nous avons les coûts les plus bas. Cela ne préjuge pas de l'avenir. Mais à ce stade, il est trop tôt pour dire ce que seront demain leurs préférences comme lieu de production."
Pris en étau entre les Etats-Unis et la Chine, TSMC se trouve dans une situation pour le moins inconfortable. L’administration a des moyens de pression considérables. Les clients américains (Apple, AMD, Broadcom, Nvidia, Qualcomm, Xilinx…) représentent environ 60% de son chiffre d’affaires. Ses usines tournent avec des équipements américains clés comme ceux d'Applied Materials, Lam Research ou KLA-Tencor. TSMC ne peut pas s’en passer. Si les Etats-Unis lui en interdisaient l’accès, comme ils l’ont fait contre le chinois Jinhua, il serait condamné à mort.



