Qu’est-ce que la norme CAFE ?
En 2014, l’Union européenne a décidé de mettre en place le dispositif «Corporate Average Fuel Economy» (CAFE) pour lutter contre le dérèglement climatique et faire baisser la consommation de carburant. Imaginée aux États-Unis après la première crise pétrolière dans les années 1970, elle oblige les constructeurs à respecter des seuils anti-pollution de plus en plus restrictifs pour les voitures mises sur le marché.
Actuellement, la norme CAFE oblige les constructeurs à respecter un seuil de 95 grammes de dioxyde de carbone (CO2) par kilomètre pour 95% de leurs ventes en Europe. Pour les mauvais élèves, l’addition peut vite devenir salée avec une amende de 95 euros par gramme de CO2 en plus et par véhicule. En 2025, la norme CAFE doit se durcir avec un objectif de 81 grammes de CO2 par kilomètre.
Pourquoi la plupart des constructeurs y sont opposés ?
Les principaux constructeurs automobiles européens se jugent incapables de suivre le rythme dans un marché automobile morose. Mercredi 19 septembre, l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) a publié un communiqué pour demander aux institutions de l'Union européenne de «présenter d'urgence des mesures de secours avant l'entrée en vigueur de nouveaux objectifs de CO2 pour les voitures et les camionnettes en 2025». Le lobby estime que les conditions économiques ne sont plus réunies pour parvenir à faire baisser les émissions de CO2 des véhicules vendus.
Ces dernières années, le développement du marché de la mobilité électrique a permis de faire baisser la moyenne des émissions de CO2 alors que les performances des moteurs thermiques ont eu tendance à stagner. Mais depuis un an, ce cercle vertueux se tarit alors que les ventes de voitures électriques chutent (elles représentent 12,6% des ventes sur les douze derniers mois contre 13,6% un an plus tôt) frappées par la baisse des aides à l’achat et le manque d’infrastructures de recharge.

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Dans une note anonyme envoyée aux institutions européennes, attribuée par Le Monde à Luca Di Meo, directeur-général de Renault, il est tout simplement demandé à l’Union européenne de reporter de 2025 à 2027 l’entrée en vigueur de la nouvelle norme CAFE. Le dirigeant avait déjà jugé publiquement l’échéance «compliquée» à tenir. L’ACEA prévient que les milliards d’euros d’amende qu’anticipent les constructeurs à cause du non-respect de la nouvelle norme CAFE aura des conséquences importantes sur l’industrie automobile européenne. Elle souligne que ce trou dans les finances des marques entrainera une baisse de la recherche pour la transition écologique et même des «réductions de production inutiles, de pertes d'emplois et d'un affaiblissement de la chaîne d'approvisionnement et de valeur européenne.» Une menace à peine voilée de fermeture de sites alors que Volkswagen prévoit déjà d’importantes suppressions de postes en Allemagne. Audi vient aussi d’annoncer la fermeture de son usine de Bruxelles qui compte 3000 salariés.
Pourquoi l’Union européenne juge que la mesure va profiter à l’économie du continent ?
L'UE estime que sa politique va inciter les constructeurs à investir plus rapidement dans l'électrique. Une nouvelle génération de voitures électriques plus abordables est en train d’être lancée par plusieurs constructeurs comme Renault avec sa R5 à partir de 25000€ ou Citroën et sa ë-C3 à 23500€. Malgré le tassement des ventes, le Conseil de l’Union européenne juge que le lien entre l’augmentation de la production et la baisse des prix des modèles va se poursuivre. Une course mondiale est aussi lancée entre les États-Unis, la Chine et l’Europe autour de la mobilité électrique. L'UE mise sur la norme CAFE pour le «renforcement de l’avance technologique et de la compétitivité» des constructeurs européens, ce qui doit entrainer la création de nouveaux emplois et «la fabrication de nouvelles technologies». À l’heure actuelle, la R&D dans le secteur automobile représente 60 milliards d’euros par an, soit 34% des investissements de recherche dans l’Union, selon la Commission européenne.
Carlos Tavares, directeur-général de Stellantis, qui a quitté avec fracas l'ACEA en 2022, prend soin de se démarquer de ses petits camarades. Il estime qu'il serait "surréaliste de changer les règles", d'après des propos rapportés par notre confrère Auto Infos. "Tout le monde connaît les règles depuis longtemps, tout le monde a eu le temps de se préparer, et donc maintenant on fait la course". Le constructeur a peut être bon espoir de payer moins d'amendes que les autres grâce notamment à son accord avec le constructeur chinois Leapmotors.



