La comparaison avec le Research Triangle Park de Caroline du Nord (États-Unis) serait un peu audacieuse, mais la ville d'Évry, en Essonne, compte elle aussi de nombreux acteurs de la bioproduction et des biotechnologies. C'est en effet dans cette commune d'Île-de-France que sont, par exemple, implantés le Genopole, premier biocluster français dédié aux biothérapies, Yposkesi, la CDMO active dans les thérapies géniques, mais également Texcell. Cette CRO est spécialisée dans les tests viraux, la clairance virale, les essais biologiques, les tests in vivo et les banques de cellules GMP, pour des projets R&D, mais également GMP. Des compétences devenues indispensables avec l'essor de la bioproduction, à partir de la fin du XXe siècle.
« Notre activité est à relier au boom des biotechs. Dans les années 60, il existait peu de produits d'origine biologique. Aujourd'hui, parmi les médicaments blockbusters, on retrouve beaucoup d'anticorps monoclonaux, par exemple. Les médicaments ont évolué et sont majoritairement des produits biologiques de nos jours. Et comme pour tous les intrants d'origine animale, il existe un risque de contamination virale. C'est là que nous intervenons pour faire en sorte que les produits biologiques soient sûrs pour le patient », résume François Nicolas, le directeur commercial de Texcell.
Texcell Texcell évalue la toxicologie d’un produit. © Texcell
Une spin-off de l'institut pasteur
Pour le groupe, tout a commencé en 1987, au sein de l'Institut Pasteur. « Texcell était, à ce moment-là, une spin-off de l'Institut, spécialisée dans les tests pour les produits viraux », indique François Nicolas. Une spécialisation en relation directe avec l'affaire du sang contaminé, scandale sanitaire et politique qui a bouleversé la France dans les années 80. « Très simplement, ce sont les manquements au process de sécurité qui ont conduit à ce drame. Cette affaire a permis une prise de conscience autour de la réglementation nécessaire au contrôle des produits biologiques et du fait que les produits d'origine animale devaient être soumis à un contrôle très strict en termes de sécurité virale », se remémore-t-il.
En 2003, Texcell prend son indépendance pour devenir une entreprise autonome, avant de s'installer à Évry, en 2005, dans ses locaux de plus de 2 500 m2 composés de laboratoires et de bureaux. « Nous prenions trop de place ! », plaisante le directeur commercial. L'entreprise a ensuite connu une expansion à l'international, notamment grâce à des acquisitions, pour compter aujourd'hui des sites sur plusieurs continents, en France bien sûr, mais également aux États-Unis, en Allemagne, au Japon et en Chine. De nouvelles installations devraient d'ailleurs bientôt être inaugurées aux États-Unis, en juin prochain.
« Aujourd'hui, Texcell compte 150 salariés et est gérée par des fonds français privés. Concrètement, 65 % de l'entreprise sont détenus par deux grandes familles industrielles françaises. J'aime à parler de capitalisme familial. Cela nous permet d'avoir une vision sur le long terme et de nous projeter aisément vers l'avenir » , décrit François Nicolas.
L'objectif de Texcell est ainsi clair, devenir un groupe industriel français pérenne de référence. Le cœur de métier de Texcell, hérité de l'Institut Pasteur, c'est ainsi de mettre sur pied une méthode de détection de virus et un contrôle des process. Aujourd'hui, la sécurité virale repose sur trois piliers, que nous décrit le directeur commercial : « Tout d'abord, le contrôle de la matière première. Ensuite, nous devons répondre à la question : est-ce que, dans le process, il est possible d'éliminer des virus en cas de contamination accidentelle ? Et enfin, tester le produit en bout de chaîne, si nécessaire. »
Débloquer les projets
Mais tester la sécurité virale, c'est avant tout mesurer la dangerosité d'un virus. « Réaliser un désormais célèbre test PCR permet d'attester de la présence d'un virus. Mais cela ne va en rien renseigner sur la capacité du virus à infecter son hôte et donc informer sur le risque potentiel pour le patient », tranche François Nicolas. Le test PCR est, en réalité, un test de première intention. En cas de PCR positif, la vraie question à se poser est celle de la dangerosité du virus, c'est-à-dire son infectiosité.
« Je vais prendre un exemple très simple. Si vous trouvez une seringue usagée depuis plusieurs jours, contaminée par le VIH, le test PCR va s'avérer probablement positif. Mais comme la seringue est ancienne, le virus aura très certainement perdu sa capacité à infecter un hôte et ne sera, de fait, plus une menace » , illustre-t-il. Pour savoir si un virus est infectieux ou non, Texcell procède de la façon suivante, comme l'explique François Nicolas : « Nous faisons pousser des cellules sur un milieu nutritif. Si tout se passe bien, les cellules s'accrochent au fond du support et forment un tapis cellulaire. En présence de virus, capables d'infecter les cellules, ces dernières vont réagir en changeant de forme, ou en mourant. La dernière étape, celle de titration, permet d'évaluer si le virus est encore actif. Pour cela, Texcell utilise une méthode de référence, très classique et très robuste, destinée à connaître la quantité de virus infectieux. Appelée TCID 50, elle donne le nombre de virus infectant 50 % des cellules en culture par millilitre. »
Si Texcell a fait de la sécurité virale sa spécialité, l'entreprise accompagne également ses clients au-delà. « Nous travaillons avec tout le monde, et pour tous les acteurs, big pharma, biotech ou CDMO » , détaille le directeur commercial. Avec ses clients qui développent des thérapies géniques, la CRO s'intéresse, par exemple, à la problématique de la résistance aux vecteurs viraux, en étudiant la réponse immunitaire liée à l'injection de ce type de produits : « En fait, nous évaluons la toxicologie du produit. Nous menons actuellement des études in vivo sur ce sujet dans nos laboratoires d'Évry, ainsi que dans notre animalerie en Allemagne », ajoute-t-il.
Sans totalement développer de A à Z les projets pour ses clients, Texcell peut toutefois les accompagner : « Forts de nos 35 ans d'expérience de données, et de près de 15 000 études, nous pouvons facilement aiguiller nos clients pour optimiser leur process de sécurité virale. J'aime à dire que nous sommes connus pour débloquer des situations dans lesquelles la sécurité virale pourrait devenir un obstacle pour le développement et la production des produits de nos clients », conclut François Nicolas.
TEXCELL S'ALLIE À GTP BIOWAYS
Si Texcell travaille avec tout le monde, c'est avec un acteur français montant de la bioproduction que la CRO s'est récemment alliée, à savoir la CDMO toulousaine GTP Bioways. « Pour être honnête, nous nous connaissions depuis longtemps. GTP était l'un de nos clients de longue date », confie François Nicolas. GTP et Texcell se sont, en effet, entendus à travers un accord de partenariat commercial. Concrètement, les deux entreprises veulent proposer des services de bout en bout de la chaîne de production pour « soutenir le développement de thérapies innovantes dans le monde. »
Pour ce faire, Texcell apportera ses compétences en termes de tests viraux, de clairance virale et de bioessais, et GTP, son savoir-faire en matière de développement de procédés et de fabrication GMP de produits biopharmaceutiques. « Texcell et GTP Bioways ont des clients similaires et nos services sont très complémentaires. Ensemble, nous sommes en mesure de proposer à nos clients une offre complète et structurée, des phases précliniques aux phases cliniques » , avait commenté Eric B. henriet, le p-dg de Texcell, à l'occasion de cette annonce.
Pour François Nicolas, « il s'agit d'un partenariat parfait et finalement assez rare en termes de compatibilité de business. De plus, nous partageons les mêmes ambitions et la même philosophie que GTP, à savoir créer un groupe industriel français avec une empreinte à l'international » , souligne-t-il, et cette annonce arrive au bon moment, puisque GTP a récemment étendu ses capacités de production à Toulouse (Haute-Garonne), avec l'ouverture de deux unités de bioproduction GMP supplémentaires.



