À l’occasion de la publication de leurs résultats 2024, les deux groupes de chimie de spécialité Syensqo et Arkema ont affiché leur ambition de se développer en Amérique du Nord. Tous deux prévoient d’y renforcer leurs investissements et leur présence industrielle pour tirer les bénéfices d’un environnement qui s’annonce particulièrement porteur. Entre la taille du marché nord-américain, la réglementation plus favorable qu’en Europe, le faible prix de l’énergie ou les aides à l’investissement promises par l’administration, tous les voyants sont au vert pour mettre le cap à l’ouest.
Syensqo envisage une double cotation boursière
Issu de la scission de Solvay, le belge Syensqo a annoncé que l’Amérique représente désormais plus de 40 % de son chiffre d’affaires et de ses effectifs, ainsi que plus de la moitié de son empreinte industrielle. En 2024, le chiffre d'affaires total du groupe s’est établi à 6,6 milliards d’euros, en baisse de 3 % par rapport à l'année précédente, principalement en raison d'une diminution des prix de 4 %. Sa division Composite Materials, très présente aux États-Unis, a pu partiellement compenser ce recul, grâce à une croissance à deux chiffres. Au global, l’Ebitda du groupe a atteint 1,4 milliard d’euros, affichant un recul de 12,7 % et plaçant la marge Ebitda à 21,5 %. « Les Amériques constituent la plus grande région de Syensqo, et nous prévoyons une part importante de notre croissance et de nos investissements futurs dans cette région stratégique », a déclaré Ilham Kadri, p-dg de Syensqo qui envisage désormais une double cotation boursière à Bruxelles et aux États-Unis, pour séduire davantage d'investisseurs américains. Et Syensqo ne manquera pas de renforcer sa présence industrielle et ses capacités de production dans la zone, notamment dans les matériaux composites et les polymères de spécialité, des produits très demandés par l’industrie aéronautique et automobile américaine. En contrepartie, le groupe va réduire la voilure dans certains domaines qui l’éloignent de ce cœur de métier. À la cession de l’Oil&Gas (401 M€ de CA en 2024), déjà annoncée, va s’ajouter celle d’Aroma (320 M€ de CA en 2024).
Arkema se tourne aussi vers l’Ouest
De son côté, Arkema renforce également son ancrage en Amérique du Nord. Le groupe, qui possède un total de 37 unités de production et emploie 3 600 collaborateurs (sur un total de 21 150), a lourdement investi dans la zone, ces dernières années. Sur cette lancée, il a annoncé, en février 2025, une augmentation de capacité de 15 % de son site de production de PVDF, à Calvert City, Kentucky, représentant un investissement d'environ 20 M$. Cette expansion, dont le démarrage est prévu pour mi-2026, soutiendra la hausse de la demande en résines de haute performance fabriquées localement pour les batteries lithium-ion, ainsi que les marchés en croissance des semi-conducteurs et des câbles. Elle fait suite à deux acquisitions récentes auprès d’Ashland et de Dow, dans les adhésifs. À terme, l’Amérique du Nord devrait générer 40 % des ventes du groupe, contre 35 % actuellement, quand l’Europe se rétractera de 33 à 25 %. En attendant, le groupe a su s’adapter à un contexte macroéconomique et géopolitique exigeant, réalisant un chiffre d’affaires global de 9,54 Mrds € en 2024, stable par rapport à l'année précédente (+0,3 %). Les volumes sont néanmoins en hausse de 2,4 %, par rapport à l’an dernier, tirés par les matériaux de spécialité, qui incluent le coating et les adhésifs et représentent 92 % du portefeuille. Les intermédiaires, représentant 8 % du portefeuille, sont plus en difficulté. Ces matériaux de spécialité ont bénéficié d’une croissance soutenue en Asie et d’une dynamique plus porteuse dans certains marchés, comme le sport, l’emballage, les batteries ou l’énergie. En revanche, les secteurs de la construction et de l’automobile ont évolué dans un environnement plus difficile. Dans ce contexte, l’Ebitda du groupe est ressorti à 1,53 Mrd €. En légère progression de 2,1 %, il a permis de porter sa marge Ebitda à 16,1 %.



