Submersion, cyclones… Comment Vinci Airports de tente protéger ses aéroports face aux aléas climatiques

10 entreprises en voie d'adaptation. Déjà confronté à des épisodes climatiques extrêmes ces dernières années, Vinci Airports compte mettre à profit son expérience pour adapter ses infrastructures alors que ces phénomènes risquent de se multiplier. Une adaptation dont les surcoûts devront être acceptés par les pouvoirs publics.

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Vinci Airports Kansai
En 2018, l'aéroport japonais de Kansai a été confronté à un épisode de submersion. Vinci Airports a mis en oeuvre un plan de protection, avec notamment la pose de tétrapodes en béton.

Pour Vinci Airports, l’adaptation au dérèglement climatique est une préoccupation tout sauf lointaine, alors que les concessions aéroportuaires sont souvent attribuées pour des durées allant de 30 à 50 ans. Le premier gestionnaire d’aéroports au monde a connu un cas de submersion au niveau de l’aéroport international du Kansai, au Japon, en 2018, en raison d’un typhon et d’une grande marée. Et dégainé un plan pour adapter cet aéroport à ce type de risque. «Ce que nous avons mis en œuvre au Japon nous servira à l’avenir, et pas seulement pour les aéroports», prédit aujourd’hui Nicolas Notebaert, directeur général de Vinci Concessions et président de Vinci Airports. En clair, le groupe s’attend à devoir protéger dans les prochaines décennies nombre de ses 70 aéroports.

Les sites aéroportuaires font partie des infrastructures terrestres les plus sensibles aux conséquences des aléas climatiques. Tout en ayant bien souvent pour rôle de devoir permettre l’arrivée de secours lors de la survenue de phénomènes extrêmes, obligeant à une rapide remise en état de la piste, des bâtiments et des équipements. «Or beaucoup d’aéroports dans le monde pourraient être concernés par le risque de submersion dans les prochaines décennies, car ils sont construits sur des îles ou à proximité des côtes», pronostique Nicolas Notebaert. Rien qu’en Europe, deux tiers des aéroports – 178 sur 273 – pourraient être concernés par un risque d’inondation d’ici à 2090, selon Eurocontrol.

Au Japon, un plan d'adapation de 350 millions d'euros

Vinci Airports a appris dans la douleur à devoir protéger un aéroport face au risque de submersion. En 2016, lorsque le groupe obtient la concession de 44 ans de celui de Kansai, situé sur une île artificielle, il anticipe avant tout la menace sismique et le possible tassement du site. Deux ans plus tard, l’aéroport est submergé. «Nous avons défini un plan de résilience avec les autorités japonaises pour adapter cet aéroport au risque de submersion, avec des coûts répartis 50/50», résume Nicolas Notebaert. Montant total de ce plan d’adaptation : 350 millions d’euros.

Ce qui a été mis en place pour protéger l’aéroport ? Le renforcement et le rehaussement des digues de protection ainsi que l’installation de tétrapodes en béton pour casser l’énergie des vagues. Aux endroits les plus à risque, une seconde enceinte de protection a été créée pour créer un sas de protection. Les systèmes de distribution électriques, auparavant installés en sous-sol, sont quant à eux rehaussés et étanchéifiés.

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Autant de mesures qui pourraient aussi servir à d’autres aéroports, et pas seulement côtiers. Les phénomènes de précipitations extrêmes, tel que celui qui a eu lieu l’été dernier en Europe centrale, risque lui aussi d'engendrer des inondations au cœur des continents. «D’où la nécessité de prévoir des zones tampons au pourtour des emprises aéroportuaires, destinées à recueillir ces importantes quantités d’eau, note Nicolas Notebaert. Il peut s’agir de grandes zones humides ou de bassins de rétention.»

Le modèle des concessions mis à profit

Autre évènement climatique intense auquel Vinci Airports a été confronté : un cyclone, en 2023, au niveau de l’aéroport d’Acapulco (Mexique). Le site a dû faire face à des vents de plus de 280 km/h générés par l’ouragan Otis. En temps normal, ils ne dépassent pas 150 km/h dans cette zone. «Pour ce type de menace, l’adaptation réside essentiellement dans la conception des bâtiments, avec notamment l’utilisation de vitrages conçus pour résister, la piste n’étant pas directement atteinte, précise Nicolas Notebaert. Notre savoir-faire en matière de structures résistant aux séismes devrait nous servir en outre à bâtir des terminaux adaptés à ce type de risque.»

Face à la multiplication probable des événements climatiques extrêmes, on estime chez Vinci Airports que le modèle économique des concessions est bien adapté. «Les acteurs privés et publics qui coopèrent ont tout intérêt à prendre en compte ces nouvelles menaces dès le début, autrement dit à chiffrer dès l’appel d’offre les investissements qui seront nécessaires sur le long terme», estime Nicolas Notebaert. Et le dirigeant d’enfoncer le clou : «les Etats ne doivent donc plus sélectionner le moins-disant, mais bien l’exploitant prenant le mieux en compte ces nouveaux risques, avec les solutions et les fonds nécessaires pour les mettre en œuvre». En clair, il faut s'attendre à ce que l'adaptation tire vers le haut le coût des concessions.

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