Comment Vinci Concessions réduit l'empreinte environnementale de ses aéroports

La décarbonation du transport aérien passe aussi par les aéroports. Joffrey Maï, le directeur du développement durable chez Vinci Concessions, a expliqué à l’Usine Nouvelle sa méthode pour réduire l’empreinte environnementale et carbone de la soixantaine d’aéroports gérés par le groupe à travers le monde. 

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Toit du parking de l'Aéroport Saint Exupéry couvert de panneaux photovoltaïques
Après avoir couvert de 1880 panneaux photovoltaïques le toit du nouveau parking P3, l'aéroport Lyon Saint-Exupéry, veut couvrir d'ombrières solaires ses parkings longue durée.

Dans la course à la décarbonation du transport aérien, responsable d’environ 2% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, les aéroports ont un rôle à jouer. Joffrey Maï, le directeur développement durable de Vinci Concessions, un chimiste qui a fait ses armes environnementales chez Renault, en est persuadé. Mais à son arrivée dans le pôle Concessions du groupe de BTP, en 2014, il a dû imaginer de toutes pièces une stratégie pour décarboner les 23 aéroports que le groupe opérait à l’époque, parmi lesquels 10 en France, dont celui de Nantes (Loire-Atlantique). Mais aussi ceux ayant intégré par la suite le réseau Vinci Airports comme les aéroports de Toulon (Var), Santiago (Chili), Salvador de Bahia (Brésil), Osaka (Japon), Lyon (Rhône), Belgrade (Serbie), ou encore, cette année, 13 aéroports au Mexique. Et pas question de se contenter de faire gravir à ces infrastructures les six échelons de la certification internationale Airport Carbon Accréditation (ACA), mise en place en 2010. 

Un outil d'auto-évaluation

C’est sur sept thématiques (eau, contamination des sols, management de l’environnement, énergie et CO2, déchets, bruits et biodiversité) que Joffrey Maï a construit, avec l’aide du cabinet EY, un premier outil d’auto-évaluation qu’il impose à tous les aéroports. Et c’est sur cette base, qui définit pour chaque critère cinq niveaux de performances, que sera ensuite élaboré avec chaque société d’aéroport le plan d’amélioration de la performance environnementale. Une grille d’évaluation qui permet à Vinci Concessions, lors des phases d’appels d’offres, d’évaluer les investissements qui seront nécessaires pour parvenir à des concessions durables d’un point de vue environnemental.

Ce fut le cas notamment pour l’aéroport Salvador de Bahia, à l’époque « le pire des aéroports d’un point de vue environnemental », se souvient le directeur, car sans aucune gestion des eaux usées et des déchets. « Il a été difficile de convaincre qu’il fallait ajouter des investissements verts. Mais on a réussi à démontrer des rendements après dix ans et que l’on créerait de la valeur, avec de la production d’énergie décarbonée générant des retours sur investissements après quatre à cinq ans », explique-t-il. L’argument a porté. La concession a été gagnée en 2017, et les travaux d’amélioration environnementale de la plateforme étaient réalisés en 2019.

Des objectifs sur mesure

Cet outil d’auto-évaluation a permis à Vinci Concessions d'identifier, pour toutes les unités du groupe, ce qui était faisable en matière de développement durable, de quantifier les investissements nécessaires et de définir des objectifs tenables. « Nous avons même inclus Vinci Highways et Vinci Railways [autoroutes et gares hors France] dans le processus », explique Joffrey Maï. Résultat, Vinci Concessions, qui en tout gère désormais 90 infrastructures dans le monde, s’engage à réduire de 51% ses émissions de CO2 sur les scopes 1 et 2 d’ici à 2030 comparé à 2018, et de 10% sur le scope 3.

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L’outil d’autoévaluation permet aussi aux aéroports « bons élèves » de s’améliorer, comme l’aéroport de Lyon-Saint-Exupéry (ADL), qui est déjà certifié ACA 4+ et dispose d’un observatoire de la biodiversité depuis 2018. Opéré par Vinci depuis 2016, Lyon-Saint Exupéry s’est fixé de nouveaux objectifs pour 2026, comme d’atteindre le zéro émission nette, de recycler 75% des déchets, de réduire de 30% sa consommation d’eau (par unité de trafic), de 50% le bruit généré la nuit et d’augmenter de 10% la biodiversité.

Une grande autonomie des sociétés d'aéroport

Si l’aéroport est autonome pour mettre en œuvre sa politique, il peut compter sur une équipe de dix personnes constituée depuis 2016 par Joffrey Maï, pour l’accompagner, notamment dans son plan de sobriété énergétique, de décarbonation de ses énergies, ou de production et distribution d’hydrogène vert. Les aéroports peuvent aussi compter sur des structures internes au groupe comme SunMind, la filiale dédiée au solaire de Vinci Concessions.

Mais pour coller aux nouveaux enjeux de décarbonation du transport aérien, l’outil d’autoévaluation est en cours de refonte « pour tenir compte des sujets SAF (carburant aérien durable), hydrogène et du scope 3 », précise le directeur du développement durable de Vinci Concessions. Il devra aussi s'emparer du nouveau référentiel net zéro de l’ACA, qui doit sortir fin 2023. Quatre aéroports gérés par Vinci, dont celui de Toulon Hyères, doivent pouvoir prétendre à cette certification.

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