Chronique

[L’aéro-post] Epidémies, énergies, intermodalité… Pourquoi les aéroports vont changer de modèle

L'aéro-post, la chronique d'Olivier James, grand reporter aéro-défense de L'Usine Nouvelle.

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Salle d'attente aéroport
Enjeux sanitaires et sécuritaires, nouvelles mobilités, transition énergétique... Les aéroports sont au coeur de nombreuses transformations.

Mi-juin, à quelques jours d’intervalle, le groupe ADP a donné à voir un double visage. Côté face, des salariés qui manifestent contre un projet risquant de faire baisser les salaires, sur fond de suppressions de postes au sein du gestionnaire d’aéroports. Côté pile, un partenariat signé avec Airbus et Air Liquide visant à définir les infrastructures aéroportuaires capables demain de distribuer de l’hydrogène. Un grand écart qui montre à quel point les grands aéroports mondiaux font face à une période de profondes transformations, en lien avec à peu près toutes les grandes crises et transitions du moment…

"A l’instar du 11 septembre, il y aura un avant et un après Covid-19 dans la gestion des aéroports", glisse-t-on au sein du groupe ADP. Traduction : alors que le trafic aérien devrait désormais croître à un rythme bien plus modéré que ce qui avait été prévu avant crise, les dispositifs sanitaires mis en place pour contrer la pandémie mondiale vont devenir des standards. Pour éviter les phénomènes d’attroupement et limiter les contaminations, les technologies numériques de parcours sans contact promettent de se multiplier, comme celles que développent Thales. Des outils turbinant au big data et à l’intelligence artificielle qui contribueront sans doute à limiter les risques sécuritaires dans ces zones critiques. En bref, les aéroports vont s’efforcer de maintenir intacte l’envie de voyager.

Ce n’est pas tout. Un autre rôle commence à se dessiner pour les aéroports : devenir le bras armé de la décarbonation du transport aérien. Si les avionneurs et motoristes se penchent sur le développement d’avions à faibles émissions de CO2, reste à pouvoir les approvisionner en énergies alternatives. Pour la transition énergétique aussi, les zones aéroportuaires seront aux avant-postes, cherchant du même coup à améliorer leur image récemment mise à mal sur le plan environnemental. La notion de "hub énergétique" émerge, imaginant les aéroports capables de fournir tout à la fois de l’électricité pour les petits aéronefs type taxis volants, de l’hydrogène pour les court et moyen-courriers et des carburants durables pour les long-courriers. Les discussions en ce sens sont bien avancées entre ADP et Airbus.

Ces hubs pourraient au passage produire eux-mêmes ces différentes sources d’énergie. Et approvisionner tous les autres moyens de transport : véhicules, camions, bus… Quant au ferroviaire, il pourrait aussi de plus en plus devenir partie prenante et contribuer à faire des grands aéroports des nœuds de connexion majeurs. Le projet de gare multimodale de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle, déjà accessible par TGV, qui accueillera le CDG-Express pour 2025, en constitue un bon exemple. Plutôt que de se placer sur le terrain de la concurrence avec le ferroviaire, c’est l’enjeu d’une intermodalité harmonieuse qui anime les acteurs aéroportuaires. Hier, les aéroports cherchaient avant tout à accueillir le maximum de voyageurs. Ils s’attèlent désormais à les accueillir dans les meilleures conditions. Le pari est loin d'être gagné.

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