STMicroelectronics vise un chiffre d’affaires de 15 milliards de dollars en 2025, un tiers de plus qu’en 2020

Face à la crise du Covid-19 et  la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, STMicroelectronics reporte son objectif de chiffre d’affaires de 12 milliards de dollars à 2023, un an plus tard que prévu. Mais, confiant dans sa capacité à faire mieux que son marché,  le fabricant franco-italien de puces ambitionne d’atteindre 15 milliards de dollars en 2025.

 

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STMicroelectronics usine Crolles 2
Crolles, site industriel phare de STMicroelctronics

Une petite déception prévisible pour les investisseurs de STMicroelectronics. Le fabricant franco-italien de puces électroniques, qui compte 46 000 salariés dans le monde, dont 10 200 en France, n’atteindra pas son objectif de chiffre d’affaires de 12 milliards de dollars entre 2021 et 2022 comme prévu il y a un an. Cet objectif est reporté d’environ un an à 2023. C’est-ce que Jean-Marc Chéry, le président du directoire et directeur général du groupe, a annoncé aux analystes et médias lors de la quatrième et dernière séquence de ST Capital Market, son événement dédié aux investisseurs organisé cette année en virtuel, le 9 décembre 2020. La Bourse de Paris a réagi par une baisse de près de 12 % du cours de l’action.

Licence pour fournir Huawei

Jean-Marc Chéry, qui a pris les rênes de l’entreprise en juin 2018, a fait de cet objectif un marqueur fort de sa mandature. Malgré cette déception, due à l’impact de la pandémie du Covid-19 et de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, il reste confiant dans les perspectives de croissance à moyen terme du groupe. "Nous sommes déterminés à faire de ST une entreprise plus forte et à croître plus vite que notre marché, affirme-t-il. Nous continuerons notre stratégie de focalisation sur certains marchés à grands volumes avec des produits différenciants, tout en maintenant notre discipline opérationnelle. "

Du fait de la pandémie du Covid-19, STMicroelectronics s’attend à voir l’automobile et l’industrie, deux de ses plus gros débouchés, terminer 2020 avec respectivement une baisse  de 9 % et 3 % par rapport à 2019. Quant aux smartphones, un autre débouché significatif du groupe, les ventes mondiales sont prévues en recul de 10 % en 2020 par le cabinet Strategy Analytics.

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STMicroelectronics subit également de plein fouet l’impact de l’embargo américain contre Huawei, l’un de ses dix plus gros clients. Le chiffre d’affaires attendu de ce client chinois est de... zéro au quatrième trimestre 2020. Mi-septembre, le groupe franco-italien a suspendu net ses livraisons pour se conformer aux nouvelles restrictions imposées par les autorités américaines. "Nous venons d’obtenir une licence pour reprendre nos livraisons des composants standards, mais pas les composants personnalisés comme ceux que nous développons depuis quelques années pour les terminaux et équipements de réseaux 5G de ce grand client chinois, annonce Jean-Marc Chéry. C’est mieux que rien. Mais nous sommes loin du compte, car ces composants sur mesure représentent la moitié de notre activité avec Huawei." Le poids de ce client dans le chiffre d'affaires du groupe n'est pas dévoilé. Il devrait tourner autour de 5 % en 2020 selon l'estimation de L'Usine Nouvelle.

Augmentation du contenu dans l'iPhone

Malgré ce contexte morose, la direction anticipe un chiffre d’affaires de près de 10 milliards de dollars en 2020 (9,97 milliards de dollars en valeur médiane), en progression de 4,3 % par rapport à 2019. STMicroelectronics tire son épingle du jeu en profitant, mieux que ses principaux pairs selon un analyste financier, de l’électrification et de la digitalisation de l’automobile avec un focus tout particulier sur les composants en carbure de silicium et nitrure de gallium. "Dans le carbure de silicium, nous allons terminer 2020 avec un revenu proche de 300 millions de dollars et atteindre 1 milliard de dollars en 2025", confie Jean-Marc Chéry. Dans les smartphones, la baisse des ventes en volume est compensée par l’augmentation de contenu. C’est particulièrement vrai dans l’iPhone 12 d’Apple où STMicroelectronics est crédité par le cabinet TechInsights de deux composants supplémentaires par rapport à l’iPhone 11 qui augmentent son contenu en dollars de 16 %.

Pour l’objectif à moyen terme de 12 milliards de dollars de chiffre d’affaires, les investisseurs sont davantage déçus par la révision à la baisse des perspectives de marge que par le retard d’un an sur le planning initial donné en mai 2019. Le groupe s’attend désormais à une marge d’exploitation de 15 à 17 %, au lieu de 17 à 19 % prévue auparavant. "La pandémie du Covid-19 est en train d’accélérer l’électrification et la digitalisation dans l’automobile et l’industriel, explique Lorenzo Grandi, le directeur financier. La bonne nouvelle c’est que cela va tirer notre développement dans de nouveaux produits dédiés à ces tendances lourdes. La mauvaise nouvelle c’est que nous devons accroître nos investissements pour saisir cette opportunité. Nous devons le faire dans la migration de la fabrication de certains de nos produits en 300 mm ainsi que dans le renforcement de nos capacité dans le carbure de silicium et le nitrure de gallium. " Au cours des trois prochaines années, les investissements devraient être portés entre 1,5 et 1,7 milliard de dollars, contre 1,2 milliard de dollar en 2020.

Coût de non saturation de l'outil de production

L’outil de production subit l’impact du Covid-10 par une utilisation en dessous de la capacité, ce qui se traduit par des coûts de non saturation, qui affectent négativement les marges brutes de 160 millions d’euros en 2020. "Nous ne reviendrons pas en 2021 à une situation optimale de notre outil de production, avertit Lorenzo Grandi. Nous aurons à encaisser pour encore quelque temps des coûts de non saturation. C’est seulement quand nous atteindrons 12 milliards de chiffres que ces coûts de non saturation disparaîtront "

Le report de l’objectif de 12 milliards de chiffre sonne comme une pause qui consiste à reculer pour mieux sauter. "Nous avons commencé à réfléchir sur l’étape d’après et à travailler sur un  plan qui devrait nous conduire à un chiffre d’affaires de 15 milliards de dollars en 2025", confie Jean-Marc Chéry, ce qui représente une augmentation d’un tiers par rapport à 2020.

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