Spatial : « Certains sujets font beaucoup de bruit alors que leur horizon est lointain et leur potentiel incertain », pointe Matthieu Chartier de Starburst

Cabinet de conseil et accélérateur de start-up dans le domaine du spatial et de la défense, Starburst a dévoilé ce mardi 2 juillet son premier « Radar de l’innovation ». Une étude qui fait le point sur le potentiel économique et applicatif des innovations qui fleurissent dans le domaine du spatial. Directeur général de Starburst pour la France, Matthieu Chartier livre son analyse pour Industrie et Technologies.

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Matthieu Chartier est le directeur général pour la France de Starburst, un accélérateur de start-up et un cabinet de conseil pour l'aérospatial et la défense.

Starburst a publié ce mardi 2 juillet son premier « Radar de l’innovation », consacré à l’exploration spatiale. Pourquoi un tel rapport et à qui le destinez-vous ?

Cette étude, initiée par un partenariat avec les Assises du New Space (qui ont eu lieu les 25 et 26 juin derniers, ndlr), est une opportunité de mettre en avant notre point de vue et notre expertise sur le sujet. Le but est de décrypter les innovations, de réaliser un état des lieux le plus quantifié et le plus objectif possible sur la réalité de ces innovations et du marché.

Nos deux grandes cibles sont les acteurs traditionnels du secteur spatial – industriels, institutionnels, start-up – auxquels nous proposons notre grille de lecture, ainsi que tous les acteurs hors spatial, mais potentiellement impliqués dans des usages futurs (agriculture, assurance, maritime, etc), de manière à ce qu’ils comprennent ce qui se passe dans ce secteur.

Dans l’introduction de votre rapport, vous exprimez la volonté de distinguer la réalité de la « hype ». Certaines technologies promettent-elles trop la Lune selon vous ?

Je dirais que certains sujets captent une attention énorme et font beaucoup de bruit médiatique, alors que l’horizon est lointain et le potentiel incertain. L’exploitation minière des astéroïdes et le retrait des débris spatiaux sont deux exemples. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de besoin ou de marché, mais ce ne sont pas les gros sujets actuels de l’industrie.

Inversement, les applications liées à l’infrastructure de l’espace, ou dit autrement tout ce qui permet l’accès à l’espace, sont moins « sexy » mais restent une pierre angulaire…

Les communications par satellite et l’institutionnel (les missions régaliennes comme l’observation de la Terre, la cartographie, la météo…), tiré par la demande publique ou militaire, sont les deux vrais marchés majeurs actuels, démontrés à date. Ces sujets d’infrastructure ont une moindre exposition que le tourisme spatial, mais ils répondent à des enjeux de souveraineté.

Le reste, c’est un ensemble de petites niches, d’applications très spécialisées et fragmentées, malgré de grandes verticales comme l’agriculture, qui sont complexes et réclament beaucoup d’expertise hors spatial.

Parmi les innovations et applications que vous avez analysées, lesquelles vont provoquer des ruptures, selon vous ?

Le direct-to-device (la transmission de données entre un satellite et un équipement terrestre, y compris le smartphone) sera une rupture d’usage. Il va rebattre toutes les cartes pour l’infrastructure télécom en place, sauf peut-être en milieu dense urbain, et reconfigurer cet écosystème.

On peut imaginer qu’adviennent des forfaits de communication à l’échelle globale, garantissant un niveau de service même en pleine mer ou en montagne. Un vrai signal crédible pour ce marché, c’est qu’aujourd’hui en France, en zone blanche, on s’équipe en Starlink.

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Radar Starburst Radar Starburst

Extrait du Radar de l'innovation de Starburst, ce graphique montre le potentiel économique et le niveau de maturité de plusieurs applications (liste non exhaustive) liées à l'industrie spatiale.

Pour citer d’autres innovations, les datacenters dans l’espace sont encore lointains et le rationnel économique n’est pas encore prouvé. La mobilité en orbite (engins de transport et de logistique en orbite spatiale, ndlr) est un sujet très intéressant et un prérequis pour des marchés sous-jacents, mais ce n’est qu’une évolution par rapport à l’existant.

Idem pour le SSA (space situational awareness, connaissance de la situation spatiale, ce qui comprend la détection et le suivi d’objets en orbite, etc). Pour ce dernier cas, la rupture viendra peut-être de la capacité à faire de la détection multisenseurs sol/air/espace, à fusionner les données… mais c’est encore loin.

Où se situent les deeptechs et les industriels français aujourd’hui au plan mondial, en terme technologique ou d’investissement ?

La France et au-delà l’Europe ont la chance de posséder parmi les meilleures compétences sur tout le spectre technologique, hormis sur quelques points comme l’atterrissage extra-planétaire.

Le vrai enjeu, c’est le financement. D’une part, même s’il y a du mieux, l’agence spatiale européenne (ESA) impose que ses financements soient proportionnels aux financements des Etats, ce qui ne favorise pas l’efficacité économique des projets.

D’autre part, l’écosystème de financement pour les deeptechs, par rapport aux Etats-Unis principalement, est beaucoup moins actif, surtout pour les séries C, D et au-delà. On peine par la taille et le nombre de gros financeurs. L’accès au marché mondial est compliqué.

En 2023, dans nos colonnes, François Chopard, président de Starburst, regrettait que la France n’était pas un acteur majeur du New Space. La situation a-t-elle changé ?

La France a pris conscience de l’importance du New Space et le Cnes a pris l’initiative de mettre en place des contrats de service pour mieux travailler avec ce secteur.

Par exemple, Unseenlabs (qui développe des services de surveillance maritime, ndlr) est une très belle réussite et vend déjà à l’international. Ce qui veut dire qu’on est dans une meilleure position. Mais avant de parler de la France, il faut parler d’Europe, car c’est une question de taille. On a vu qu’avec Ariane, on pouvait avoir un champion européen qui pouvait aller capter des marchés partout, donc c’est possible.

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