Kenichiro Yoshida, le PDG de Sony, est à nouveau sous pression. Un groupe de traders et analystes financiers sous le pseudonyme "Bears of Wall Street" réclament la scission des deux activités phares du groupe : celle dans les puces dominée par les capteurs d’images Cmos et celle dans les contenus numériques menée par les jeux vidéo. Leurs arguments sont purement financiers, alors que le groupe japonais de l’électronique reste attaché à son intégrité pour des raisons de synergies industrielles.
Piètres performances en Bourse
"Actuellement, la complexité des activités de Sony empêche l'action de la société en Bourse de s'apprécier pleinement en valeur, écrivent les analystes sur le blog boursier Seeking Alpha. De plus, Sony continue d'être sous-évalué en Bourse par rapport à ses pairs. Nous avons décidé de remettre à nouveau la question sur la table dans l'espoir que la direction de l'entreprise réévaluera sa position sur l'idée de scission."
Sony est le seul groupe au monde à combiner des activités de contenu numérique dans le cinéma, la télévision, la musique et les jeux vidéo et des activités de matériels électroniques comme les téléviseurs, les appareils photo, les mobiles ou encore les puces. Un modèle dont la direction fait un atout depuis qu’il a perdu son lustre d’antan dans l’électronique grand public.

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Le fonds d’investissement activiste Third Point réclame régulièrement la scission de Sony en deux entreprises, l’une dans les activités de contenu, l’autre dans les matériels électroniques. Sa dernière requête en 2019 a reçu une fin de non-recevoir de la part de la direction. "Dans sa présentation de plus de 100 pages, Third Point faisait valoir qu'en scindant Sony en deux entités distinctes, la société sera en mesure de débloquer de la valeur et de mieux récompenser ses actionnaires, rappelle le groupe d’analystes. Nous pensons qu’il a raison. En se scindant, Sony pourra enfin se concentrer pleinement sur ses activités principales dans les domaines des médias et du divertissement et ne plus se soucier de la cyclicité de l'industrie des semi-conducteurs."
Jeux vidéo, locomotive de Sony dans le contenu
"Bears of Wall Street" va plus loin que le fonds Third Point en demandant la scission non seulement des activités de contenu, qui représentent 44% du chiffre d’affaires de Sony, mais aussi celle dans les puces, qui pèsent 12 % dans le revenu total. Or ces deux activités renferment deux lignes de produits phares qui constituent la vache-à-lait du groupe.
Dans le contenu, les jeux vidéo forment la locomotive avec une croissance moyenne de 12 % par an ces cinq dernières années. Avec sa console de jeu PS4, Sony s’impose comme le leader du marché, avec la livraison cumulée de plus de 106 millions d’exemplaires, contre 49 millions pour la Switch de Nintendo et 45 millions pour la Xbox One de Microsoft. Mais la menace des jeux à la demande (cloud gaming) plane au-dessus du groupe japonais. Bien qu’il ait été pionnier dans ce domaine avec le rachat des sociétés Gaikai et OnLive, il n’a pas su jusqu’ici transformer l’essai et risque d’être supplanté par Google, Nvidia et autre Microsoft.
"C’est pourquoi Sony continue d'être sous-évalué en Bourse par rapport à ses pairs dans ce domaine, estiment les analystes de "Bears of Wall Street". Le ratio cours de l’action sur bénéfices de l'entreprise de 14,69 reste inférieur à la médiane de cette industrie de 32,57 et ses marges sont également inférieures à celles de ses concurrents. Le problème est que la complexité de ses activités rend plus difficile pour l'entreprise de libérer pleinement la valeur de ses principaux actifs de divertissement. C'est pourquoi nous pensons que la scission est la meilleure chose à faire à ce stade, car la direction pourra se concentrer sur les jeux vidéo et d'autres domaines connexes, tandis que dans le même temps, l'action deviendra plus attrayante pour les investisseurs."
Leader des capteurs d'image
L’activité des puces est dominée à 85% par les capteurs d’image Cmos, un marché dont Sony est leader mondial avec plus de 50%. Le groupe se targue d’équiper la plupart des smartphones vedettes dans le monde, dont tous les iPhone. Et il a devant lui de belles perspectives de diversification dans des applications comme l’automobile, la sécurité ou le médical.
"Là encore, malgré sa position dominante, Sony reste profondément sous-évalué en Bourse par rapport à ses pairs, estime "Bears of Wall Street". Avec un ratio cours de l’action sur bénéfice de 14,69, le groupe reste en dessous de la médiane de 25,28 de l’industrie. Dans le même temps, ses marges d'exploitation et les marges nettes sont largement inférieures à la moyenne et à la médiane du secteur, simplement parce que son activité d'électronique n'a pas récemment fonctionné comme prévu et, par conséquent, toute l'entreprise en souffre. C'est pourquoi nous pensons qu'en les scindant, les puces de Sony ne rencontreront pas un tel problème et pourront améliorer considérablement leurs marges. "
Les arguments de ces analystes financiers sont solides. Mais ils vont à l’encontre de la stratégie de Sony consistant à favoriser les synergies entre ses différentes activités pour éviter les à-coups de celles qui sont cycliques. Pour leur donner l’agilité nécessaire à leur développement, le groupe a choisi de les filialiser toutes, les rendant ainsi responsables de leurs moyens et leurs résultats. Mais de là à scinder celles qui lui garantissent sa stabilité, le pas parait difficile à franchir.
Statut quo difficile à défendre
" Nous pensons que le maintien du statu quo est quelque chose que Sony ne peut pas se permettre s'il prévoit de croître à un rythme plus élevé qu'aujourd'hui, conclut "Bears of Wall Street". Bien que son action se négocie actuellement à rabais par rapport à ses pairs, la complexité de l’entreprise empêche le titre de se négocier plus haut. "



