Parmi les dix lauréats du dernier appel à projets «Première usine» du plan France 2030 dévoilés le 23 mai, l’entreprise My Vosges a l’ambition de contribuer à décarboner l’industrie métallurgique. Cette filiale du groupe Soler à Gyé-sur-Seine (Aube) a imaginé remplacer le charbon d’origine fossile utilisé comme agent réducteur dans les fourneaux par du «biocarbone», un produit renouvelable obtenu par pyrolyse de résidus de la filière forêt-bois.
Le projet, d’environ 50 millions d’euros d’investissement, porte sur la construction d’une unité de production d’une capacité de 20 000 tonnes par an à Chavelot (Vosges), près d’Epinal. Sa mise en service, courant 2026, devrait s’accompagner de la création d’une cinquantaine d’emplois. La vingtaine d’hectares, en cours d’acquisition auprès de la communauté d’agglomération d’Épinal, permettrait de doubler à termes cette capacité. Le foncier est situé sur la zone sur l’Ecoparc en face des sites du papetier norvégien Norske Skog et du fabricant d’isolants biosourcés Pavatex (groupe Soprema).
«Utiliser du carbone pour décarboner l’industrie peut paraître paradoxal» introduit Philippe Soler-My, directeur des affaires financières et cofondateur du groupe Soler. Le représentant de cette entreprise familiale de 200 salariés (chiffre d’affaires de 41 millions d’euros en 2023) évoque cependant un impact en termes d’émission de CO2, de 2,5 à 2,8 fois moins important pour le biocarbone par rapport à ses concurrents fossiles. Philippe Soler-My précise que la future usine s’approvisionnera en bois d’éclaircie issus de l’entretien des forêts ou produits connexes de scieries «dans un rayon maximum de 70 Km autour du site», sans préférence d’essences ou de dimensions. En effet, «les industriels de la métallurgie (silicium, acier et ferro-alliages) recherchent des granulométries variées, allant de la poudre aux morceaux de 9 à 12centimètres de diamètre, selon leurs besoins», poursuit-il. L’entreprise explique par ailleurs vouloir peser le moins possible sur la ressource forestière régionale qui peine à se renouveler dans le Grand-Est, selon les chiffres du dernier Inventaire forestier national.
Charbon de bois éco-responsable
Fondé en 1993, Soler est connu pour avoir relocalisé sur le sol français la production de charbon de bois, un combustible qu’ils fabriquent par pyrolyse, en portant des résidus de bois à 450°C dans une atmosphère pauvre en oxygène. Ses trois unités de production, deux à Gyé-sur-Seine, au sud de Troyes (Aube) et une à Lacanau (Gironde) produisent 50000 tonnes chaque année selon des critères éco-responsables. À partir de ce savoir-faire, les équipes de recherche-et-développement de cette PME ont imaginé produire du biocarbone, un produit dont le procédé de fabrication s’approche fortement du charbon de bois. De récents essais sur le site Lacanau ont permis à Soler d’exporter début 2024 quelques milliers de tonnes de biocarbone en Islande, pour la production de silicium métal.
Le lancement de My Vosges ne signifie pas pour l’entreprise l’abandon de son projet d’usine de biocarbone aux États-Unis, «mais nous allons prioriser Épinal qui bénéficiera du soutien de l’État en aides directes et en prêts à taux bonifiés», conclut Philippe Soler-My. En mai 2023, l’entreprise avait fait part de son ambition de construite une usine de biocarbone outre-Atlantique, avec l’objectif de profiter de la dynamique autour de l’Inflation Reduction Act, soit 400 milliards de dollars de fonds publics mobilisés en vue d’atteindre les objectifs de transition climatiques en 2030.



