Soitec dépasse le milliard de dollars de chiffre d’affaires annuel

Porté par l’essor de la 5G, Soitec atteint pour la première fois le chiffre d’affaires de 1 milliard de dollars sur son exercice fiscal 2021/2022, en bond de 50 % en un an. Le fabricant français de substrats électroniques met maintenant le cap sur un revenu de 2,3 milliards de dollars sur l’exercice 2025/2026.

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Soitec Wafer
Plaquettes de silicium sur isolant, la grande spécialité de Soitec.

Soitec change de taille. Le fabricant français de substrats électroniques, qui compte environ 2000 salariés dans le monde, dont 1600 sur son site principal à Bernin, près de Grenoble (Isère), franchit pour la première fois la barre du milliard de dollars de chiffre d’affaires (863 millions d’euros) sur son exercice fiscal 2021/2022 clos en mars 2022. La croissance à périmètre et taux de change constants atteint 50% en un an, dépassant la prévision de la direction de 45%. Les détails financiers seront présentés le 9 juin 2022. Mais d'ores et déjà la profitabilité s'annonce meilleure que prévue avec une marge d'Ebitda d'environ 35,5 %, contre 35 % anticipée auparavant.

«Nous sommes très fiers d’avoir réalisé une telle performance et particulièrement satisfaits de constater que chacun de nos produits a enregistré une croissance significative, se félicite dans le communiqué financier Paul Boudre, qui dirige l’entreprise iséroise depuis janvier 2015 et qui quittera son poste de directeur général en juillet prochain au profit de Pierre Bernabé, un cadre issu d’Atos. Cela démontre la valeur que nous apportons à nos clients sur chacun de nos trois marchés finaux : les communications mobiles, l’automobile et l’industrie, et les appareils intelligents.»

+120 % des ventes de smartphones 5G en 2021

Soitec a fait de l’ingénierie des matériaux semi-conducteurs sa spécialité, fournissant des substrats innovants pour la construction de puces à hautes performances, grande fiabilité ou faible consommation dans les applications radiofréquences, de puissance, photoniques, d’imagerie ou de traitement numérique. Et la société se prépare à se diversifier dans les substrats de carbure de silicium utilisés pour les composants électroniques de puissance notamment à destination des véhicules électriques.

Le principal moteur de cette performance réside dans l’essor de la 5G. Selon le directeur général, Paul Boudre, la 5G augmente le contenu de Soitec dans le smartphone de 50 % en moyenne car elle réclame davantage de composants radiofréquences. Le segment représente près de 70 % des revenus de la société. L’augmentation est particulièrement forte dans les produits haut de gamme intégrant le fonctionnement dans les fréquences millimétriques comme l’iPhone 13 d’Apple ou le Pixel 6 de Google. Or les ventes de smartphones 5G sont en train de submerger le marché. Selon les chiffres communiqués à L'Usine Nouvelle par le cabinet Strategy Analytics, elles ont bondi de près de 120 % en un an, passant de 269 millions d’unités en 2020 à 618 millions en 2021, et devraient augmenter de 42 % en 2022 à 880 millions. L’effet de la 5G se voit dans les ventes de plaques de silicium sur isolant de 300 mm, dont une grande partie se destine à la construction de composants radiofréquences pour smartphones. Elles ont augmenté de 79 % à périmètre et taux de change constant. " Nous bénéficierons à la fois de l'envolée des ventes de smartphones 5G et de la migration du marché vers des produits haut de gamme, souligne Paul Boudre lors de la présentation des résultats aux analystes financiers le 28 avril. Tout cela contribue à augmenter le contenu de Soitec dans les smartphones."

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Première diversification réussie

L’autre moteur vient de la montée en puissance de la production de substrat piézoélectrique sur isolant (POI pour Piezoelectric on insulator) dédiés à la construction de filtres radiofréquences pour smartphones. C’est la première diversification réussie de Soitec au-delà de son activité de substrats de silicium sur isolant (SOI pour silicon on insulator). Cela se voit dans les ventes de plaquettes de 150 et 200 mm, en progression de 26 % à taux de change constants. L’américain Qualcomm, numéro un mondial des puces mobiles, en est aujourd'hui le seul client. Mais selonPaul Boudre, d'autres fournisseurs de composants de filtres radiofréquences pour smartphones aux Etats-Unis, en Europe et en Asie  seraient en train de qualifier la technologie. Les plaquettes POI mesurent 150 mm de diamètre et son produites à l'usine Bernin 3, près de Grenoble.

Ces résultats confortent Paul Boudre dans son objectif stratégique de franchir la barre de 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires sur l’exercice fiscal 2025/2026, ce qui représenterait un triplement en cinq ans. Ils poussent la direction à accélérer en visant un chiffre d’affaires de 2,3 milliards de dollars dans cinq ans, au lieu de l'objectif de 2 milliards de dollars annoncé il y a un an, et une marge d'Ebitda d'environ 40 %, contre 35 % anticipée auparavant. Mais il appartiendra à Pierre Barnabé de réaliser cet objectif. Le plan d'investissement de 1,1 milliard d'euros en cinq pourrait être revu en hausse en juin prochain. Car " toutes les usines tournent à pleine capacité et l'efficience opérationnelle a été améliorée pour augmenter la production dans le cadre des installations existantes ", affirme Paul Boudre. Malgré des moteurs de développement prometteurs comme les smartphones à ondes millimétriques, les objets connectés, l'intelligence artificielle, les communication satellitaires ou l'edge computing, Soitec s'attend à un ralentissement de sa croissance aux alentours de 20 % au cours des cinq prochaines années.

Plus grande success story française dans les puces

Fondée en 1992 par essaimage du CEA-Leti (laboratoire d'électronique du CEA à Grenoble), Soitec s'impose incontestablement comme la plus grande success story dans les semi-conducteurs en France et la deuxième en Europe après la société britannique ARM, fournisseur de propriété intellectuelle pour la conception de processeurs à hautes performances et basse consommation notamment pour les mobiles. L'Etat français, présent dans le capital de l'entreprise à hauteur de 17,67 % via Bpifrance et le CEA, la voit désormais comme un joyau national à protéger à tout prix des prédateurs étrangers. Le fonds d'investissement chinois NSIG en l'un des deux plus gros actionnaires avec 10,35 % du capital.

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