Soitec a tranché. Le fabricant français de substrats électroniques a choisi son site à Bernin, près dans Grenoble (Isère), pour sa future usine Bernin 4 de substrats de carbure de silicium, SmartSiC. Il hésitait jusqu’à présent entre ce site français, où il opère trois usines (Bernin 1, 2 et 3), et son site de Singapour, où il dispose d’une usine de plaquettes de silicium sur isolant de 300 mm. Le coup d’envoi du chantier sera donné officiellement le 31 mars 2022.
Capitaliser sur l'infrastructure existante
Deux raisons expliquent ce choix. La première tient à l’infrastructure existante. Soitec veut garder la proximité de la production avec l’expertise développée à Bernin et la ligne pilote mise en place au Substrate innovation center, son laboratoire commun avec le CEA-Leti. « L’écosystème de Grenoble est très important pour nous », confie à L’Usine Nouvelle Thomas Piliszczuk, vice-président exécutif global business de Soitec.
L’autre raison tient au financement. Soitec ne dévoile pas l’investissement. Mais lors de son événement investisseurs en 2021, la société a indiqué vouloir consacrer 20% de son plan d’investissement de 1,1 milliard d’euros au carbure de silicium, ce qui représente un peu plus de 200 millions d’euros. Elle parie sur le prochain Piiec européen en nanoélectronique pour obtenir un « financement public significatif » de son projet, assure Thomas Piliszczuk. Sur le Piiec actuel, qui s’achève cette année, Soitec a obtenu près de 90 millions de subventions publiques. De quoi l'aider à financer sa diversification dans les substrats piézoélectriques pour filtres radiofréquences.

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Dans le viseur, les véhicules électriques
L’usine Bernin 4 abritera une petite production de plaquettes de silicium sur isolant de 300 mm. Elle devrait livrer ses premiers produits SmartSiC à la fin de 2023. La production montera progressivement en puissance jusqu'à atteindre potentiellement un million de plaquettes par an dans cinq ans. Le site débutera avec les plaquettes de 150 mm, qui constituent aujourd'hui l’état de l’art dans cette industrie, avant de passer aux plaquettes de 200 mm. Soitec promet la création de plus de 400 emplois directs dans deux à trois ans avec ce projet.
Soitec vise particulièrement le marché des véhicules électriques. Le carbure de silicium s’impose comme une technologie clé de l’électrification des transports, car il offre l’avantage de réduire le poids et l’encombrement et d’améliorer l’efficacité énergétique des équipements d’électronique de puissance par rapport au silicium classique. Tesla en a été le premier adepte. Les autres constructeurs automobiles sont en train de suivre son modèle.
Avec ce nouveau projet de diversification au-delà du silicium sur isolant, sa spécialité d’origine, Soitec conforte son implantation à Bernin. Le groupe compte sur place 1 600 salariés, sur les 2 000 personnes réparties à travers le monde. Les perspectives s’annoncent alléchantes. Selon Thomas Piliszczuk, le marché des véhicules électriques offre une opportunité de 4 à 5 millions de plaquettes de carbure de silicium en 2030. A cela, s’ajoutent des applications dans l’industrie pour améliorer l’efficacité énergétique, comme dans le cas des éoliennes, centrales solaires, systèmes de motorisation et des datacenters. La société reste discrète sur la part qu’elle espère capter dans ces marchés. Sur l’exercice fiscal à clôturer en mars 2022, Soitec s’attend à un chiffre d’affaires de 975 millions de dollars, en hausse de 45%.



