Deux offres finalistes vont être déposées ce 13 avril au tribunal de commerce de Paris pour la reprise de Blade, la société de service Shadow de PC de jeu dans le cloud, en redressement judiciaire depuis le 2 mars. D’un côté, celle d’Octave Klaba, le fondateur et président du conseil d’administration du champion français du cloud d’infrastructure OVH. De l’autre, celle de six salariés de Blade et Xavier Niel, le patron-fondateur d’Iliad, qui possède notamment les sociétés Free et Scaleway.
Le 23 mars, quatre offres de reprise avaient été déposées, dont une d’Octave Klaba, une de Xavier Niel et une de six salariés de Blade. Pour la phase finale, un repreneur potentiel a décidé de se retirer de la course, tandis que les six salariés de Blade ont choisi de s’associer à Xavier Niel dans une structure commune détenue à 20 % par eux et à 80 % par le patron d’Iliad.
100 000 abonnés
Fondée à Paris en 2015, Blade propose son service Shadow, l’ombre d’un PC de jeu à hautes performances dans le cloud. Le joueur accède à la puissance d’une machine au top niveau et à jour, hébergée dans le cloud, sans avoir à acquérir un coûteux PC. Le service est accessible sur tout écran (PC, tablette, smartphone ou téléviseur connecté) pour un abonnement mensuel de 13 à 40 euros. Le service compte aujourd’hui 100 000 abonnés, dont 45 % en France et 35 % aux Etats-Unis. La société emploie 130 salariés, dont 122 en France, et affiche un chiffre d’affaires de 17 millions d’euros en 2020.
Après avoir levé 100 millions d’euros en plusieurs opérations, la pépite n’a pas réussi à réaliser une nouvelle levée de fonds pour continuer à financer sa croissance rapide. " L’attractivité du service Shadow n’est pas en cause, affirme à L’Usine Nouvelle Yannis Weinbach, un des six salariés associés à Xavier Niel pour la reprise de la société. Le service marche bien et nous avons une avance technologique sur les grands acteurs du jeu dans le cloud. Le problème vient du modèle de financement de notre croissance. La société a fait le choix de le faire par les recettes des abonnements. Or les prix des abonnements sont trop bas pour assurer la viabilité de ce modèle. C'est une anomalie dans ce secteur où les jeux se vendent à 60 euros. C’est pourquoi nous proposons dans notre offre d’augmenter les prix des abonnements. A 13 euros par mois avec engagement et 15 euros sans engagement, le modèle n’est pas tenable. "
Le deuxième axe de l’offre des salariés et de Xavier Niel est d’annuler les contrats jugés toxiques, comme ceux conclus avec l’hébergeur Data 4 en prévision de la croissance de l’activité. Une façon de réduire les coûts et de se donner la flexibilité dans le choix de la stratégie en matière d'infrastructure. Si le projet d’Octave Klaba est de migrer le service Shadow sur l’infrastructure de sa marque OVHcloud, les six salariés espèrent au contraire reprendre la main sur l’infrastructure avec la possibilité de faire jouer les synergies avec les sociétés du groupe Iliad, en s’appuyant notamment sur l’infrastructure de Scaleway, la société d’hébergement et cloud de Xavier Niel.
Garantie d'autonomie
"Ce qui nous plaît, dans notre association à Xavier Niel, c’est la garantie de conserver notre autonomie et notre indépendance à l’instar de toutes les sociétés du groupe Iliad, confie Yannis Weinbach. Avec notre offre commune, nous voulons rendre le pouvoir aux salariés et montrer que les talents sont toujours là."
Les deux offres de reprise prévoient d’investir 30 millions d’euros dans Blade. L’offre des six salariés et de Xavier Niel promet de conserver presque tous les salariés. Elle envisage aussi de diversifier la société dans des services professionnels de cloud, de façon à amener la société à la rentabilité dans trois ans. "Nous visons 15 % de notre chiffre d’affaires dans cette nouvelle activité dans deux ans et 25 % dans trois ans, prévoit Yannis Weinbach. Nous avons pas mal d’arguments à faire prévaloir pour attirer des clients professionnels dans le calcul à hautes performances ou l’espace de travail virtuel. Après trois ans, nous espérons être en mesure d’autofinancer notre croissance." L’infrastructure est sollicitée plutôt le soir pour les services de jeux, laissant la possibilité d’être exploitée le jour pour des services professionnels de cloud.
Valeurs fondatrices de la société
Le tribunal du commerce de Paris rendra sa décision le 28 avril. Yannis Weinbach reste confiant. "Nous avons un projet très solide, qui s’appuie sur les valeurs fondatrices d’innovation de la société Blade, explique-t-il. Ces valeurs passionnent les foules dans l’univers du jeu. Elles font de Shadow le produit technologique le plus complexe jamais inventé par une start-up. C’est quelque chose de tangible dans un domaine où des géants comme Google peinent à s’imposer." La course pour la reprise de Blade donne lieu à une confrontation entre deux mondes opposés, alors qu’Octave Klaba et Xavier Niel sont deux hommes d’affaires qui se connaissent et s’apprécient.



