Le rythme de la consommation énergétique des datacenters va en s’accélérant avec l'essor de l’IA générative, qui intensifie la demande en puissance de calcul. C’est l’une des principales conclusions que livre The Shift Project, chiffres à l’appui, dans son rapport intitulé « Intelligence artificielle, données, calculs : quelles infrastructures dans un monde décarboné ? ».
Le document, de plus de 100 pages, est consultable depuis le 6 mars sur le site web de cette association 1901, qui se présente comme un groupe de réflexion sur la décarbonation de l’économie. Il s’agit d’un rapport intermédiaire, « imparfait, incomplet et évolutif », qui sera suivi au quatrième trimestre du rapport définitif.
L’association constate tout d’abord que « le statu quo qui prévalait jusqu’en 2021-2022 d’une consommation électrique quasi-constante à 200 TWh pour les centres de données est obsolète ». Les gains d’efficacité énergétique, que de rares études académiques (Masanet et al, 2020) avançaient pour arguer de cette stabilité, ne sont plus suffisants pour faire face à la demande.
D’après les projections réalisées par divers organismes, comme l’Agence internationale de l’énergie, des laboratoires académiques ou encore des cabinets de conseil, les datacenters pourraient consommer, à l’échelle mondiale et à l’horizon 2030, entre 700 et 2100 térawatts-heures (TWh). Une grande variabilité qui s’explique par la diversité des hypothèses prises en compte.
De 1,6 à 2% des émissions mondiales en 2030
The Shift Project, qui déplore le manque de suivi régulier de ces infrastructures, estime que la consommation énergétique, qui jusqu’à présent doublait tous les 10 ans, pourrait tripler en 7 ans, en se référant à une consommation de 1500 TWh en 2030. D’où l’accélération du rythme évoquée plus haut.
Autre chiffre imposant : la puissance électrique requise pour opérer les équipements informatiques dans les datacenters s’élèverait à 80 gigawatts (GW) en 2028, contre une cinquantaine aujourd’hui. Un minimum que The Shift considère comme quasi-certain, compte tenu des datacenters déjà en construction ou contractualisés. Rien qu’en France, plusieurs projets à 1 GW ont été annoncés à l'occasion du moment du Sommet pour l’IA, mi-février.
Qui plus est, tous les watts ne se valent pas devant l’impératif de la lutte contre le réchauffement climatique, The Shift Project faisant observer le « recours aux énergies fossiles aux Etats-Unis ». En 2030, les émissions de gaz à effet de serre des datacenters représenteraient de 1,6 à 2% des émissions mondiales.
Dans la liste de ses recommandations, The Shift Project préconise d’encadrer les émissions de gaz à effet de serre des centres de données, de planifier leur consommation électrique (le rythme actuel étant trop rapide pour anticiper le déploiement d'infrastructures électriques) et d’éclairer « les avancées à venir de l’IA générative ». Ce qui passe par la « transparence de la part des fournisseurs de services et le suivi des données d’impact et de consommation des solutions et centres de données ». Reste à savoir si ce vœu sera entendu…



