Le gros œuvre est terminé. Sur le chantier ne subsiste qu’une seule grue, et les ouvriers s’affairent désormais sur les façades et les intérieurs. Deux ans après la pose de la première pierre, le futur Institut de recherche & développement de Servier à Paris-Saclay est à mi-chemin de sa construction. La finalisation des travaux est envisagée pour la fin 2022, avant que le site ne soit pleinement opérationnel début 2023. A mi-parcours, le constat est que le groupe a haussé ses ambitions et ses engagements pour ce projet.
377 millions d’euros, 1 500 chercheurs
Le budget, initialement prévu dans une fourchette de 260 à 280 millions d’euros, atteint désormais 377 millions d’euros. Et au lieu d’accueillir entre 600 et 800 chercheurs, les effectifs atteindront en réalité 1 500 collaborateurs. Soit un peu plus de la moitié des 2 900 salariés actuels de Servier en R&D dans le monde. "Nous avons en réalité décidé de ne pas limiter le site aux équipes de recherche mais d’y ajouter des effectifs du développement", éclaircit Christophe Thurieau, directeur général Recherche du groupe Servier. Ce qui doit permettre de progresser de manière bien plus intégrée et efficace.
Chimie, criblage, science cellulaire et incubateur
Sur le campus de Paris-Saclay, l’Institut de R&D de Servier s’étendra sur 45 000 m2. Accolés au bâtiment central, en forme d’anneau, s’étirent trois ailes dont les deux plus grandes abriteront des laboratoires de chimie, de criblage et de science cellulaire. A l’autre extrémité de l’anneau, un bâtiment annexe mais directement relié fera office d’incubateur, sur 1 800 m2. Servier prévoit d’y héberger entre 10 et 15 start-up de biotechnologies, soit 110 personnes environ. Christophe Thurieau précise que "ces acteurs pourront travailler avec nos équipes de recherche, y trouver de l’expertise, de la consultance, avoir accès à des technologies et des équipements, mais pas de façon captive".
Parmi les 8 clusters mondiaux d’innovation
Les start-up, qui pourront travailler sur des aires thérapeutiques différentes de Servier, ne seront pas directement liées au groupe même si des collaborations seront bienvenues. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de créer un tel institut au sein d’un campus comme celui de Paris-Saclay qui est reconnu depuis 2013 comme "un pôle scientifique de rang mondial et est classé parmi les huit clusters mondiaux de l’innovation avec ceux de Boston, de la Silicon Valley ou de Pékin", affirme Jérémy Hervé, directeur de l’innovation et du développement d’économique de Paris-Saclay. Sur place, 320 laboratoires de recherche publique sont implantés, 10 000 chercheurs et 65 000 étudiants y sont localisés. Environ 15% de la R&D privée en France y serait concentrée.
L’objectif de cet Institut est de "rapprocher" le groupe de "toutes les expertises nécessaires, internes et externes" à l’heure où "l’open innovation est un processus essentiel mais extrêmement complexe qui requiert de plus en plus une expertise croissante et exponentielle", souligne Claude Bertrand, vice-président exécutif R&D du groupe Servier. Le laboratoire, qui dispose aujourd’hui de 70 collaborations avec d’autres laboratoires, des biotechs et des partenaires académiques dans le monde, entend ainsi accélérer les échanges avec l’extérieur pour décupler ses capacités d’innovation.
La priorité oncologique
Le projet s’inscrit aussi dans le virage stratégique opéré par Servier depuis trois ans avec un repositionnement en oncologie, aire thérapeutique dans laquelle le laboratoire ne s’est réellement positionné qu’à partir de 2018 avec l’acquisition de la division oncologie de Shire. Depuis, Servier a acquis également Symphogen en 2020 et la division oncologique d’Agios Pharmaceuticals, opération finalisée en avril dernier. Aujourd’hui, dans son portefeuille en développement, Servier recense 20 projets de recherche et 19 projets en développement clinique en oncologie. Soit la moitié de son pipeline, le solde étant dévolu à la neurologie et à l’immuno-inflammation, qui sont aussi deux aires thérapeutiques prioritaires, ainsi que dans le cardio-métabolisme, positionnement historique du groupe mais qui ne fait plus désormais partie de ses ambitions stratégiques de développement. Lors du dernier exercice annuel, clos au 30 septembre 2020, le poids de la R&D atteignait 23% du chiffre d’affaires des médicaments princeps, qui s’était élevé à 3,38 milliards d’euros. Et plus de la moitié de cet effort de recherche était déjà fléchée par les développements en oncologie.
Avec son futur Institut, Servier va considérablement regrouper ses équipes de R&D déployer en France, mais aussi réduire la voilure. Le laboratoire fermera ses deux sites historiques de Croissy-sur-Seine (Yvelines) et de Suresnes (Hauts-de-Seine), ne maintenant que quelques activités et équipes sur ses deux autres sites actuels de R&D à Orléans et Gidy dans le Loiret. En septembre dernier, en raison notamment de l’arrêt des efforts de recherche dans le cardiovasculaire et les maladies cardio-métaboliques, Servier a aussi engagé un plan de restructuration tablant sur la suppression de 287 postes



