Paradoxalement, c’est sur l’un des plus vieux sites chimiques de synthèse pharmaceutique au monde que Seqens a implanté une unité ultra-moderne de production de principes actifs (API), les molécules qui sont le cœur thérapeutique des médicaments, celles qui soignent.
A Villeneuve-La-Garenne (Hauts-de-Seine), usine de 120 salariés construite en 1893, le leader français de la chimie fine pharmaceutique a investi 30 millions d’euros pour son unité UPP30, laquelle produira des API hautement actifs (HPAPI) pour le compte de tiers. Au moment où la France se préoccupe d’accroître sa souveraineté industrielle et sanitaire, ce projet a été inauguré ce 28 août par Emmanuel Macron, le président de la République, et Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances.
“C’est dans un processus de relocalisation que Seqens s’est engagé, a salué le président de la République. Douze molécules seront reproduites en France dans les prochains mois et prochaines années [...], dont certaines d'ailleurs ont pu manquer. Nous avons été en quasi-pénurie, je pense au propofol dont on avait beaucoup parlé en mars-avril, au moment du pic de l'épidémie.”
Croissance de 8 % à 10 %
Les API hautement actifs (HPAPI) représentent actuellement 25 % des nouvelles molécules chimiques de synthèse, bénéficiant d’une croissance de la demande de 8% à 10% par an, selon Seqens. Actifs à très faibles doses, les HPAPI nécessitent des exigences technologiques très fortes en matière de confinement et de procédés de production, et permettent de produire de multiples médicaments, notamment dans le domaine des maladies infectieuses et de l’oncologie.
Ce projet à Villeneuve-La-Garenne a permis de créer 20 postes sur le site, dont 15 contrats de formation. L’unité finalise actuellement ses dernières phases de qualification avant le démarrage, imminent, de sa première campagne de production. Pour le lancement de l’unité, qualifiée de très polyvalente et flexible, Seqens a travaillé avec le laboratoire Mithra, une entreprise belge de biotechnologies qui se pose ainsi comme le premier client de l’unité. Pour son compte, Seqens produira ainsi une molécule pour une pilule contraceptive de cinquième génération, dotée d’un très haut niveau de biodégradabilité.
Un projet similaire à Aramon
Ce projet industriel, lancé dès 2017, a été développé en partenariat étroit avec le Seqens’Lab, le centre de R&D de pointe du groupe à Porcheville (Yvelines), inauguré l’an dernier. Le groupe envisage de répliquer une telle unité sur un autre de ses sites de synthèse pharmaceutique en France, à Aramon (Gard). "Notre site d’Aramon pourrait très bien accueillir une telle unité, qui serait capable, en particulier, de produire des antiviraux, ce qui pourrait intéresser des laboratoires développant des médicaments contre le Covid-19 par exemple", indique Gildas Barreyre, directeur énergie et affaires publiques de Seqens.
Remettre de l'argent dans les usines françaises
La chimie fine pharmaceutique représente aujourd’hui la moitié de l’activité de Seqens, également spécialiste des ingrédients chimique de spécialité et qui a enregistré en 2019 un chiffre d’affaires d’environ 1 milliard d’euros. Ces dix dernières années, le groupe a investi 290 millions d’euros en France où il détient 15 de ses 24 sites industriels, et où il recense 1700 de ses 3200 salariés. Pierre Luzeau, le président du groupe, dont l’"obsession, c’est de remettre de l’argent dans des usines françaises", se dit persuadé que "l’indépendance sanitaire de la France et de l’Europe passera par la capacité de nos entreprises à innover et à relancer l’investissement productif sur nos territoires".
Souveraineté et sécurité sanitaires
Ce qui passe non seulement par le maintien, en France, de compétences et de capacités dans le domaine des principes actifs pharmaceutiques, par le développement des dernières technologies de production, comme pour les HPAPI, mais aussi sur le potentiel rapatriement de certaines productions délocalisées ces vingt dernières années en Chine ou en Inde pour des raisons économiques et environnementales.
Cette vision séduit aujourd’hui grandement l’intérêt du gouvernement, comme en témoigne la présence d’Emmanuel Macron et de Bruno Le Maire lors de cette inauguration, alors que l’Etat souhaite renforcer la souveraineté et la sécurité sanitaires de la France et de l’Europe. Notamment car, à la lumière des tensions sur les médicaments lors de la première vague épidémique de Covid-19 au printemps, la France et l’Europe se sont bien mieux rendus compte de leur extrême dépendance à l’Asie pour les principes actifs, essentiels aux productions de médicaments.



