Depuis sa création en 1985 par Joël Séché, l'entreprise éponyme se concentre sur le traitement et la valorisation des déchets, des plus dangereux, comme les contaminants chimiques, aux plus basiques, présents dans nos poubelles. C'est également un acteur important de la décontamination avec des chantiers comme celui lié à l'accident de Lubrizol, ou la dépollution de la crypte de Notre-Dame de Paris. Séché est également l'unique groupe capable de recycler des saumures de brome (NaBr en solution dans l'eau). Cet intermédiaire de synthèse est utilisé dans la production de biocides, de produits pharmaceutiques, dans la purification de l'eau en remplacement du chlore, et comme retardateur de flamme. Le marché des produits bromés représente au total 630 000 tonnes par an avec une croissance de 5 % annuelle. Il est porté par la croissance importante des plastiques bromés, considérés comme polluants organiques persistants (POP). L'épidémie de Covid-19 a également tiré la production vers le haut avec une utilisation accrue des biocides. D'autant plus que les pays européens ne produisent quasiment pas de brome. Séché cherche ainsi à créer une résilience du marché européen et à sécuriser, pour ses clients, l'approvisionnement de cette matière rare.
Un traitement mécanique
La majeure partie du travail de Séché consiste en la purification des saumures de brome. « Le brome est une ressource naturelle, extraite de l'eau de mer ou de lacs salés, avec des concentrations très variables. Dans la chimie du brome, les réactions de synthèse s'accompagnent d'une étape de lavage à l'eau afin d'extraire les sels de bromures, ce qui entraîne la création de saumures bromées contaminées par de la matière organique », précise Sylvain Durécu. Ces déchets issus de la production du brome, classés comme dangereux, ne peuvent pas être incinérés comme le sont les autres. En effet, les sels de brome ont tendance à colmater les fours. Avec son procédé de valorisation de ces sels, Séché permet de remettre sur le marché cet élément rare, et donc financièrement intéressant, en donnant un moyen de traiter les déchets dangereux.
« Nous avons développé un procédé spécifique de vaporisation dans un four couplé à une phase d'oxydation des polluants organiques sans détruire les sels de brome. Les sels sont ensuite envoyés dans des boucles de concentration. Notre procédé permet de récupérer 99 % du brome sous forme de saumures concentrées », ajoute Sylvain Durécu. Une fois traitées, les saumures sont revendues à d'autres sociétés qui procèdent ensuite à l'extraction du brome.
L'unité du groupe, située à Saint Vulbas en Auvergne-Rhône-Alpes (site de Tredi, filiale de Séché Environnement), a démarré en 2015 et valorise près de 9 000 tonnes de saumures par an. « Nous avons pour ambition de doubler notre capacité de traitement dans les prochaines années », ajoute le chercheur. Pour l'instant, les études de faisabilité sont en cours et le groupe est en phase de recherche sur un pilote. Cette extension va être l'occasion pour le groupe de travailler sur l'amélioration de son empreinte carbone.
L'environnement, une valeur clé
« Historiquement, Séché est très axé sur la protection de la biodiversité et s'est attaché, dès sa création en 1985, à préserver l'environnement », rappelle Sylvain Durécu. Cette volonté de composer avec l'environnement se retrouve dans le procédé de traitement du brome. « Lors de notre traitement des saumures, nous émettons du dioxyde de carbone. Cependant, l'impact carbone de la tonne de brome recyclée est plus de 20 fois inférieur à celui du procédé classique d'extraction à partir d'eau de mer », se réjouit Sylvain Durécu. De même, la technologie de Séché utilise 5 m³ d'eau par tonne recyclée contre 15 000 m³ pour un processus d'extraction classique. Avec l'intention d'étendre sa capacité de production, Séché travaille sur la problématique de son empreinte carbone pour tenter d'optimiser davantage son procédé. Il réfléchit également à la possibilité de capter le carbone pour le valoriser par la suite. Ces problématiques reposent sur une relation très forte entre l'équipe R&D du groupe et les équipes opérationnelles.
Un pôle R&D au service du terrain
Le pôle de R&D de Séché, composé d'une douzaine de personnes, est très actif et se concentre sur trois objectifs principaux : le développement de nouvelles technologies de traitement et de recyclage, l'appui aux équipes techniques et l'aide aux clients. « Nous cherchons à anticiper les besoins de l'avenir concernant le traitement des nouveaux déchets », explique Sylvain Durécu. Ils échangent régulièrement avec les techniciens pour connaître leurs besoins et adapter au mieux les solutions de traitement et de décontamination. Le pôle R&D anticipe également les nouvelles réglementations. Enfin, le dernier volet consiste à collaborer avec les clients sur des solutions à façon pour leurs déchets, en répondant à des appels d'offres. Ainsi, le traitement des saumures de brome a été suggéré par les clients du groupe qui cherchaient une solution pour les valoriser. « Même si nous travaillons main dans la main avec nos clients, nous restons toujours propriétaires de nos technologies », conclut Sylvain Durécu. ?
Au-delà du traitement du brome, Séché revalorise différents déchets dangereux. Le groupe peut ainsi régénérer et purifier des solvants et des intermédiaires de synthèse, utilisés par la chimie fine et l'industrie pharmaceutique, grâce à des procédés de distillation à façon. Séché ne se contente pas de la valorisation de déchets dangereux, il traite aussi les sols pollués, avec pour objectif de pouvoir revaloriser les terres, lorsque cela est possible, grâce à des traitements biologiques, chimiques ou thermiques.
Localisation : dans 15 pays ; siège social à Changé (Mayenne) Activité principale : recyclage de tous déchets et décontaminations Marché ciblé : industries et collectivités Nombre de collaborateurs : 5 900 Chiffre d'affaires : environ 675 millions en 2020 Implantation : une centaine d'usines dont 40 en France



