Sans saisonniers pour les récoltes, les agriculteurs contraints de s'organiser

Face à la difficulté de recruter des saisonniers pour les récoltes, les agriculteurs s'inquiètent. Pour les soutenir, Didier Guillaume a appelé, ce 24 mars, les français à rejoindre " la grande armée de l'agriculture française" pour participer aux récoltes aux côtés des producteurs. 

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
Avec 270 000 emplois, l'agriculture est le plus grand employeur de saisonniers.

Alors que les premières récoltes de fruits et légumes commencent à peine, le monde agricole s’inquiète. En cause: l’absence des saisonniers bloqués par les mesures de confinement. Chaque année, l’agriculture emploie en moyenne 270 000 saisonniers soit plus d’un tiers des saisonniers français.

Fermeture de l’espace Schengen

Plus de 40% d’entre eux viennent de l’étranger : Maroc, Portugal et pays de l’Est font partie des plus gros pourvoyeurs de main d’œuvre pour le secteur. “Avec les mesures de confinement imposées par les pays européens et la fermeture de l’espace Schengen aux pays tiers, nous sommes dans une situation très tendue”, confie Laurent Grandin, président d’Interfel, l’interprofession des fruits et légumes frais.

Premières tensions pour les asperges et les fraises

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Première culture concernée : les asperges dont la récolte s’étend de mars à juin selon les bassins. Pour les producteurs de ce produit frais, dans la vente et la consommation doivent être rapides, le manque de main d’œuvre représentent un danger direct pour les exploitations. “Dans les Landes, nous sommes à la veille du pic de production. Si il n’y a pas de saisonniers pour les récolter, ce seront des pertes sèches pour les exploitations”, prévient un porte-parole d’Asperges de France, une fédération qui réunit sept producteurs et représente 30% de la production française.

Les producteurs de fraises dont les premiers produits doivent arriver sur les étals en avril commencent aussi à s'inquiéter. "Nous craignons que le besoin de main d’œuvre sur les exploitations agricoles ne soit pas satisfait et que des productions soient perdues", alerte d’ores et déjà la FNSEA dans un communiqué.

Mesures de confinement dans les champs

Même son de cloche à la Fédération nationale entrepreneurs des territoires (FNEDT) qui rassemble les entrepreneurs de travaux agricoles, forestiers et ruraux. “Au printemps, il faut préparer les sols, apporter les amendements. En parallèle, il y a les semis de mars, avril et mai avant les récoltes d’herbes et les ensilages”, explique Gérard Napias, président de la FNEDT.

La fédération - qui représente plus 85 000 salariés, dont beaucoup de saisonniers embauchés du printemps à l’automne - s’inquiète également de la mise en pratique des mesures de confinement dans les champs. “Nous ne pouvons pas mettre deux salariés dans un véhicule, sauf s’ils sont à plus d’un mètre. Pour aller sur un même chantier, nous devons donc nous équiper de deux véhicules. Nous allons mettre en suspens certains travaux (travaux d’entretien) pour assumer la tâche principale que sont les travaux dans les champs”, précise le responsable. Pour certaines entreprises, cette adaptation se traduira par une baisse du chiffre d’affaires de 30 à 40%.

Appel lancé par Didier Guillaume

Pour tenter de faire face à la situation, le ministre de l'agriculture Didier Guillaume a, ce 24 mars, lancé un appel aux français: "Il y a la possibilité d'avoir 200.000 emplois directs dans l'agriculture. Donc, je veux lancer un grand appel à l'armée des ombres, un grand appel aux femmes et aux hommes qui aujourd'hui ne travaillent pas, un grand appel à celles et ceux qui sont confinés chez eux dans leur appartement ou dans leur maison, à celles et ceux qui sont serveurs dans un restaurant, hôtesses d’accueil dans un hôtel, aux coiffeurs, à celles et ceux qui n’ont plus d’activités" a expliqué le ministre dans un interview sur RMC.

DES PROJETS POUR METTRE EN CONTACT SAISONNIERS ET AGRICULTEURS

Pour mettre en relation agriculteurs et volontaires, Jean-Baptiste Vervy, agriculteur de la Marne et fondateur de la start-up WiziFarm vient de lancer le projet “Des bras pour ton assiette”.

L’objectif ? Faire se rencontrer les personnes disponibles, quel que soit leur statut: étudiant, sans emploi, chômeur partiel impacté par la fermeture de certaines usines avec les agriculteurs en manque de main d’œuvre. “Il est déjà difficile de trouver des saisonniers habituellement. Les canaux de recherche sont multiples. Nous souhaitons donc offrir une nouvelle porte d’entrée qui, contrairement aux contraintes imposées par les job boards ou Pôle emploi, ne prennent pas en compte le statut de potentiel saisonnier”, ajoute le spécialiste. L'initiative a d'ailleurs été relayée par la FNSEA dans un communiqué publié ce 24 mars. 

Travailler avec les salariés au chômage partiel

Du côté d’Interfel, on travaille également à la mise en place de solutions temporaires. Si le recours à la main d’œuvre étrangère semble, pour le moment, totalement écarté, Laurent Grandin souhaiterait que les salariés mis en chômage partiel puissent, s’il le souhaitent, venir travailler dans l’agriculture.

"Nous nous sommes déjà rapprochés de l’interprofession horticole sur le sujet. Désormais, il faut que nous ayons la garantie que les volontaires puissent cumuler leur indemnité de chômage et les salaires en tant que saisonnier”. Interfel explique avoir soulevé la question auprès du ministère du Travail. “Nous devrions avoir un retour rapidement”, espère Laurent Grandin.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.