Sanofi poursuit la rationalisation de ses sites industriels en France. Le laboratoire tricolore prépare un projet de cession de son usine de Maisons-Alfort, dans le Val-de-Marne, qui compte environ 450 salariés. Non détaillé publiquement à ce stade, le projet sera présenté aux représentants du personnel le 1er juillet. D’après le média ActuLabo, le sous-traitant pharmaceutique allemand Adragos, qui a déjà acquis une usine de Sanofi au Japon en 2024 et qui dispose aussi d’une implantation française à Livron (Drôme), serait sur les rails pour cette acquisition. Ce que ne confirment ni le groupe ni les syndicats. Lesquels précisent juste que le projet pourrait être finalisé dès l’automne 2025.
Le site de Maisons-Alfort représente l’une des implantations historiques de Sanofi dans l’Hexagone. Mise en service en 1948, l’usine est spécialisée dans les médicaments injectables, avec une capacité de production de 160 millions de seringues remplies par an. Surtout, elle est focalisée, à près de 90% de source syndicale, sur la production du Lovenox, un anticoagulant phare de Sanofi. Sauf que les perspectives sont peu réjouissantes pour ce produit classé cinquième médicament le plus vendu du groupe. En 2024, les ventes de Lovenox ont atteint 982 millions d’euros, en baisse de plus de 12% en un an. Comme plusieurs grands médicaments du laboratoire tricolore, il n’est plus du tout protégé par ses brevets et subit de plein fouet la concurrence des biosimilaires.
Passer le relais à un sous-traitant, stratégie récurrente de la big pharma pour ses anciens médicaments
Dans un communiqué, Sanofi évoque une situation qui «provoque une baisse continue de l’activité du site et de son volume de production», précisant toutefois que «la fermeture du site de Maisons-Alfort est totalement exclue». Comme par le passé, et comme la grande majorité de ses concurrents pharmaceutiques, le laboratoire préfère déléguer la production à un sous-traitant qui pourra lui garantir des volumes et trouver d’autres relais de croissance. Ces vingt dernières années, des dizaines d’usines pharmaceutiques ont ainsi été cédées par les big pharmas à des sous-traitants.
La révélation du projet ces derniers jours a eu l’effet d’un coup de massue pour les salariés du site. «Nous alertons depuis des années sur la baisse des ventes du Lovenox et nous demandions à la société d’amener de nouvelles activités dans l’usine», note Fabien Mallet, coordinateur CGT Sanofi. Lequel ajoute que les signaux envoyés ces derniers mois étaient plutôt ceux d’une réflexion en cours et non d’un projet de cession. Le laboratoire souligne que dans l’usine, «les technologies ne sont pas transposables aux futurs produits biologiques de Sanofi». Un argument réfuté par les syndicats, pour qui il est tout à fait possible de déployer ces technologies nécessaires sur le site francilien.
Un réseau industriel qui se réduit nettement en France
Ce projet de cession intervient à une période où l’empreinte industrielle de Sanofi se contracte sur le territoire. En mars, le groupe a déjà enclenché un processus de cession de son usine d’Amilly dans le Loiret. En réalité de nombreuses usines du groupe ont été cédées ces derniers mois. Rien que depuis 2022, les sites de Vertolaye (Puy-de-Dôme) et Elbeuf (Seine-Maritime) ont rejoint le groupe EuroAPI, spécialiste de la chimie fine dont Sanofi détient encore environ 30%, et ceux de Compiègne (Oise) et Lisieux (Calvados) sont désormais rattachés à Opella, dont le groupe a cédé au printemps la majorité du capital au fonds américain CD&R. «Le groupe a divisé par deux le nombre de ses sites en France en quelques années, le réseau se réduit comme peau de chagrin», déplore Fabien Mallet. En parallèle, Sanofi a aussi tiré un trait sur ses sites de distribution de médicaments, les cédant à DHL en 2024 tout en conservant celui pour ses vaccins.



