Retards de livraison et hausses de prix des polymères menacent la santé, l'auto et les colles, peintures et vernis

Depuis janvier, les approvisionnements en matières plastiques restent incertains. Les délais de livraisons allongés et la hausse des prix font craindre des retards dans la production à destination de la santé, de l'automobile et dans les colles et adhésifs si la situation perdure.

Réservé aux abonnés
Excel Rise plastique emballage granulés
Des transformateurs de matières plastiques enregistrent des retards de livraison de 24 semaines de la part de leurs fournisseurs.

Les mois se suivent et se ressemblent chez les transformateurs de polymères. "Les délais ne sont pas plus longs. Il n’y a pas plus de cas de ruptures. Le nombre de cas de forces majeures est stable", constate Emmanuelle Perdrix, la présidente de Polyvia, le syndicat professionnel de la filière plasturgie et composites à propos de la crise des approvisionnements en matières premières que traversent les acteurs de la profession. Soumis, depuis fin 2020, aux forces majeures imposées par leurs fournisseurs de matières, les transformateurs plastiques peinent à voir le boulot du tunnel. "On n’a pas de prévision, déplore celle qui est aussi directrice générale de Rovip, une société d’injection plastique. On ne nous dit rien." La situation semble plus préoccupante encore dans la filière colles, adhésifs et vernis qui s'alarme de "fortes perturbations sur leurs capacités de production" faute de substances chimiques essentielles à la fabrication de ses produits.

La Fipec, qui représente les industriels des peintures, encres, colles et vernis, a communiqué le 12 mars sur l'indisponibilité de nombre de substances chimiques entrant dans la fabrication de leurs produits. L'organisation professionnelle alerte sur la complexité de la situation, ces pénuries étant imputables à "une combinaison de facteurs hétérogènes" alliant des arrêts de maintenance, des accidents et incidents divers, des intempéries, des tensions dans la chaîne logistique... "Nos professions sont intégrées dans de nombreuses filières. Les peintures, les encres, les colles, les vernis sont présents partout dans notre univers visible (objets, bâtiments, constructions, etc…). Toute fabrication est recouverte, protégée ou décoré par nos produits. Une déstabilisation de nos industries peut donc avoir des effets extrêmement sensibles dans l’ensemble des filières d’activités économiques du pays", prévient la Fipec.

Des acteurs de la filière évoquent, outre des délais allongés et restrictions de livraisons, des hausses de prix de leurs intrants qui ont atteint en quelques semaines 60% sur les isocyanates, 20% sur les monomères de base et les solvants, 15% sur les intermédiaires acryliques pour la formulation de peintures et colles.

L'emballage réclame plus de visibilité

Mardi 9 mars, Françoise Andres, la présidente d’Elipso, organisation professionnelle des fabricants d’emballages (rigides et souples) réagissait, elle aussi, dans un communiqué appelant les fournisseurs à davantage de transparence. "Rester dans cette situation n’est pas concevable, nous ne pouvons pas continuer de travailler au jour le jour sans visibilité. Les fabricants de résines doivent nous informer en temps et en heure de l’évolution de la situation et nous apporter la garantie que tout est fait pour remédier à la situation."

Des capacités de production de cônes médicaux à l’arrêt

Dans le médical, la situation est encore sous contrôle. Evoquée à plusieurs reprises par les professionnels de santé, la pénurie de plastique - du polypropylène notamment -, n’est pas encore un frein à la montée en puissance des tests et de la vaccination. Ces dernières semaines, certains élus et membres du gouvernement s’étaient emparés du sujet, redoutant le prolongement de ces tensions et les conséquences sur les fournitures de produits tels que des cônes destinés aux diagnostics médicaux. Chez les professionnels de la plasturgie qui avaient anticipé, dès octobre, une hausse de la demande de ce type de produits en créant de nouvelles capacités de production, la patience s'érode.

"Certains confrères, qui ont investi dans de nouveaux outillages pour répondre à la commande de laboratoires, ne peuvent pas produire faute de matière, indique Emmanuelle Perdrix. L’Etat nous a demandé des solutions, mais nous sommes dépendants de certains grades référencés. Cela serait très long de certifier de nouvelles matières. Comme cela serait très long de développer de nouveaux moyens de production." Outre le polypropylène, les difficultés d’approvisionnement portent toujours sur le polyéthylène et le polystyrène. Depuis peu, des retards de livraison concernent aussi certains technopolymères. "On voit des délais de six semaines sur des polyamides (PA) et des POM", évoque la présidente.

Nouvelles menaces sur l’automobile

Faut-il s’attendre à des retards dans la production ? "La situation n’empire pas", assure pour le moment Emmanuelle Perdrix. Mais les acteurs de la plasturgie, dont nombreux sont des sous-traitants de l’automobile, pourraient bien, à un moment, avoir du mal à servir leurs clients. "Peugeot et Renault ont déjà dû ralentir leur activité à cause de problèmes d’approvisionnement en composants électroniques", rappelle la porte-parole de la profession dont l’entreprise compte parmi les sous-traitants du secteur. Si les stocks permettent encore de répondre à la demande, difficile de savoir combien de temps cette situation de tensions peut encore durer.

"Des plasturgistes, qui ont passé des commandes en février pour mars-avril, ont appris qu’ils ne seront pas livrés avant 24 semaines, indique la présidente du syndicat. Il n’est pas impossible que quelques donneurs d’ordre aient des problèmes d’approvisionnement en composants plastiques d’ici quelques mois".

Le prix du polystyrène flambe

Des produits sur lesquels il y a déjà une forte demande, comme les vélos, risquent d’être encore plus longs à produire. "Il faudra peut-être attendre 9 mois plutôt que 7", estime Emmanuelle Perdrix. Certains transformateurs sont aussi soumis à une double peine. Incapables de produire, ils doivent payer des pénalités à leurs clients. D’autres, pour des raisons de rentabilité, préfèrent stopper des productions plutôt que de vendre à perte en raison de la hausse de coût de leurs intrants, comme dans le métier du film. "Nous partons en guerre pour expliquer qu’on ne sait plus faire", résume Emmanuelle Perdrix, qui appelle à la solidarité entre fournisseurs et donneurs d’ordre. Le prix du polystyrène a explosé. "Je paie 1,90 euros le kilogramme de polystyrène, témoigne la présidente de Polyvia, alors que je l’achetais 85 centimes il y a un an".

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
78 - Rambouillet
Date de réponse 30/04/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs