Résultats trimestriels en demi-teinte et perspectives incertaines pour Ineos dans un contexte tendu en Europe

Ineos Quattro, filiale d’investissement du groupe Ineos regroupant Styrolution, Inovyn, Aromatics et Acetyls, a publié ses résultats pour le premier trimestre 2025. Le groupe affiche une performance contrastée dans un environnement économique particulièrement difficile pour l’industrie chimique européenne.

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Jim Ratcliffe alerte sur l'avenir de la chimie en Europe.

Le groupe britannique Ineos a enregistré un Ebitda de 235 millions d’euros au premier trimestre 2025, en recul par rapport aux 291 M€ de l’année précédente, bien qu’en progression par rapport au quatrième trimestre 2024 (155 M€). Ce résultat a néanmoins été largement soutenu par un élément exceptionnel de 86 millions d’euros, compensant la résiliation d’un contrat d’approvisionnement. Sans cet élément non récurrent, l’Ebitda sous-jacent révèle la pression persistante sur les activités du groupe.

Des résultats contrastés selon les divisions

Parmi les quatre entités d’Ineos Quattro, seules les Acetyls affichent une performance en nette amélioration, avec un Ebitda en hausse à 123 M€ (contre 71 M€ au T1 2024). Mais cette progression est principalement due à l’accord commercial précédemment mentionné. Sans cet effet, les marges restent soumises à une forte pression, en particulier en Chine, où une offre abondante a pesé sur les prix.

Styrolution affiche un recul à 73 M€ de son Ebitda (contre 105 M€ l’an passé), bien que la demande en polymères durables (ABS et specialités) reste soutenue dans certains segments. L’Asie enregistre une nouvelle amélioration, mais les marchés EMEA et américains souffrent toujours d’une demande affaiblie, principalement dans le polystyrène.

Inovyn, quant à elle, voit ses résultats divisés par plus de deux (32 M€ contre 76 M€). Si les volumes se redressent grâce à l’imposition de droits antidumping en Europe, les coûts énergétiques élevés et une demande modérée grèvent la rentabilité, notamment sur la soude caustique.

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Enfin, le segment Aromatics subit la plus forte chute, avec un Ebitda de seulement 7 M€ (contre 39 M€). Malgré une progression des ventes de PTA aux États-Unis, l’Asie reste pénalisante avec une offre excédentaire persistante et des prix en baisse.

Une stratégie de résilience financière

Face à ce contexte tendu, Ineos a mis en œuvre une série de mesures : réduction des coûts fixes, report ou gel des investissements non essentiels, et optimisation de la trésorerie. La dette nette du groupe s’élève à 5,7 Mrds €, avec un levier d’endettement atteignant 7,7 fois l’Ebitda, ce qui souligne la nécessité de prudence budgétaire.

Parallèlement, Ineos a finalisé en début d’année la cession de sa division composites à KPS Capital Partners pour environ 1,7 Mrd €. Cette transaction stratégique permet au groupe de se désendetter partiellement et de recentrer ses activités sur ses pôles principaux. La division, générant plus de 800 M€ de chiffre d’affaires annuel, continuera d’être dirigée par Andrew Miller.

Un avenir incertain pour l’industrie chimique européenne

Au-delà des résultats financiers, Ineos a toutefois mis en garde le 26 février sur l’avenir de l’industrie chimique en Europe. Dans une lettre ouverte à l’adresse des élus européens, son président Sir Jim Ratcliffe a dénoncé les politiques énergétiques et fiscales du continent. « Le secteur fait face à une extinction », écrit-il, citant les coûts exorbitants de l’énergie et de la taxe carbone, qui rendent les sites européens non compétitifs face aux États-Unis ou à la Chine. La fermeture de l’usine d’éthanol synthétique à Grangemouth, en Écosse, annoncée mi-janvier illustre ce phénomène. Cette unité stratégique, l'une des deux dernières en Europe, a cessé ses activités en raison de charges énergétiques insoutenables, entraînant la perte de centaines d’emplois. Et en cette fin avril, le dirigeant a évoqué un « nouveau coup dur », alors qu’Ineos Grangemouth va devoir s'acquitter d'une nouvelle taxe sur les émissions de dioxyde de carbone de 15 millions de livres sterling (et de 65 millions de livres si elle n'est pas réglée). « Lorsque la production est délocalisée, les émissions ne disparaissent pas ; elles sont simplement délocalisées, souvent vers des pays aux réglementations environnementales moins strictes et nécessitant des transports. Le Royaume-Uni perd des emplois, perd son expertise et devient dépendant des importations, dont l'empreinte environnementale est plus lourde », a rappelé le président.

Perspectives : des incertitudes persistantes

En dépit de ces vents contraires, Ineos dit conserver des actifs solides et une capacité d’adaptation stratégique importante pour maintenir sa compétitivité. Si certaines mesures politiques, telles que les droits antidumping sur le PVC, offrent un répit, elles restent insuffisantes pour compenser les désavantages structurels actuels. La survie de la chimie européenne, selon Jim Ratcliffe, passe par une refonte profonde des politiques énergétiques et fiscales, sans quoi la délocalisation deviendra la norme.

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