Relevé de la crise Covid, Figeac Aero passe en mode reconquête

Laminé par la crise Covid, Figeac Aero a dévoilé un nouveau plan stratégique, dénommé Pilot 28. Surfant sur la hausse des cadences d’avions impulsée par Airbus et Boeing, le sous-traitant lotois doit encore composer avec une forte dette. Il compte automatiser ses usines et va encore davantage miser sur les zones à bas coûts.

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Figeac Aero
Remis de la crise Covid, Figeac Aéro voit son horizon se dégager.

La période noire de la crise Covid sur le point d’être effacée, Figeac Aero est en piste pour retrouver le chemin de la croissance et du désendettement. C’est le message qu’a voulu faire passer son truculent patron et fondateur, Jean-Claude Maillard, mercredi 10 janvier, lors du dévoilement d’un nouveau plan stratégique. Son nom : Pilot 28, puisque fixant pour ce spécialiste des aérostructures et des pièces métalliques les jalons à franchir de 2025 à 2028. «C’est un plan ambitieux, mais que l’on va tenir», a affirmé le dirigeant du sous-traitant aéronautique clé basé à Figeac (Lot) qui se sait attendu au tournant après les folles années de croissance de son entreprise durant les années 2010.

Cible visée avec Pilot 28, qui fait suite à plan précédent dénommé Route 25 : atteindre en 2027/2028 un chiffre d’affaires compris entre 550 et 600 millions d’euros, contre 342 millions d’euros sur l’exercice 2022/2023. Entre-temps, il devrait s’élever à environ 440 millions d’euros en 2024/2025, marquant alors à cette date un retour au niveau d’avant-crise. «Nous prévoyons désormais une croissance annuelle du chiffre d’affaires raisonnable de 10%», a souligné Jean-Claude Maillard.

La «superstar» joue profil bas

Quant à la dette, atteignant 284 millions d’euros en 2022/2023, elle devrait être ramenée à 200 millions d’euros d’ici 2028, histoire de mettre le groupe «à l’abri de ce risque» lors d’une éventuelle prochaine crise. D’ici 4 ans, les effectifs de Figeac Aéro pourraient s’élever à 5 500 salariés, contre 3 200 aujourd’hui, avec un quart des recrutements qui seront effectués en France.

Car pour le patron de Figeac Aero, fini de jouer la «superstar» de la sous-traitance aéronautique, comme il le martèle lui-même. Si son ambition est intacte, son discours s’est teinté d’humilité. Il faut dire qu’à trop vouloir s’approcher du soleil, Figeac Aero s’est quelque peu brûlé les ailes en 2020 avec la chute du trafic aérien : enivré par la hausse des cadences d’avions, une faible inflation et des prêts bancaires faciles d’accès, le sous-traitant créé en 1989 a connu une croissance digne d’une start-up mais carburant à la dette. Son chiffre d’affaires a été multiplié par dix entre 2010 et 2020. La pandémie a anéanti l’euphorie : le chiffre d’affaires a été divisé par deux en 2020 et les effectifs sont passés de 3 600 à 2 600 personnes.

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La tête hors de l’eau, aidé par l’arrivée au sein du capital du fonds Tikehau ACE Capital à hauteur de 27%, Figeac Aero compte en premier lieu profiter des hausses de cadences de production définies par les avionneurs. Elle devraient à elles-seules générer 170 millions de chiffre d’affaires sur la durée du plan Pilot 28. Bonne pioche : l’activité du sous-traitant dépend à 60% d’Airbus et à ses deux avions qui ont le plus le vent en poupe. L’A350 et l’A320 devraient représenter à eux-seuls une augmentation de chiffre d’affaires respectivement de 75 et 55 millions d’euros. Quand les cadences mensuelles du premier doivent passer de 5 à 10 par mois en 2026, celles du second pourraient s’élever à 75 au même horizon, contre près de 50 aujourd’hui.

Vers de nouveaux partenaires

En parallèle, Figeac Aero mise sur un volume de nouveaux contrats, compris entre 80 et 100 millions d’euros. Environ 85% seront liés à l’aviation civile, avec les clients actuels que sont Airbus, Boeing, Bombardier, Embraer, Dassault Aviation, Safran et Rolls-Royce. De quoi permettre à Figeac Aero de participer à des programmes phares tels que l’A220, l’A320 et l’A350, mais aussi le Boeing 737, le Global 7500 et le Rafale. Mais le sous-traitant souhaite aussi séduire de nouveaux partenaires, sans pour autant fournir de précisions.

L’entreprise compte également se diversifier dans la défense et table sur 10% des nouvelles affaires liés à ce segment. Pour l’heure, Figeac Aero fournit notamment Thales, Safran Electronic & Defense ainsi que Nexter. Des discussions avec des acteurs nord-américains ont débuté. Figeac Aéro lorgne de plus en plus les activités de services (5% des nouveaux contrats), alléchantes puisque peu capitalistiques et ultra rentables. «Elles ont un important potentiel de croissance en Asie et au Moyen-Orient», a précisé Jean-Claude Maillard. Des rapprochements ont déjà été engagés qui pourraient bientôt s’avérer fructueuses.

Une stratégie industrielle duale

Aucune acquisition en vue ni de nouvelle usine pour absorber cette hausse prévue de l’activité. Le patron de Figeac Aéro compte mettre à profit les importants investissements passés et se contenter donc des 14 sites actuels de production. Des usines présentes en France et aux Etats-Unis, mais aussi dans des pays où les coûts de main d’œuvre sont plus compétitifs, comme la Roumanie, le Mexique, la Maroc et la Tunisie. La stratégie industrielle duale engagée depuis plusieurs années va en revanche être poussée d’un cran supplémentaire.

A savoir : automatiser d’une part la production de pièces à haute valeur ajoutée dans les usines françaises et américaines, qui peinent par ailleurs à recruter, et générer d’autre part davantage de volumes sur les autres sites avec les pièces nécessitant davantage de ressources humaines, où les profils se bousculent. Sur le modèle de son usine du futur à Figeac, lancée en 2016 et dédiée aux carters de moteurs Leap (équipant l’A320neo et le Boeing 737), le sous-traitant va ainsi robotiser au maximum ses îlots machines et se tourner vers de nouveaux procédés de fabrication et d’usinage. In fine, les sites hors France et Etats-Unis devraient représenter entre 35 et 40% des volumes d’affaires d’ici 2028, contre 30% aujourd’hui.

Pas de croissance externe en vue

Les flux industriels entre l’ensemble de ces implantations vont être optimisés, pour éviter notamment que des pièces traversent deux fois l’océan Atlantique comme c’est encore parfois le cas. «Avec le plan Pilot 28, nous prévoyons d’effectuer chaque année entre 30 et 40 millions d’euros d’investissements, ce qui reste faible par rapport au passé de l’entreprise», a relevé Jean-Claude Maillard.

Figeac Aéro compte-t-il jouer un rôle dans la consolidation du secteur ? «Non, a asséné le dirigeant. 14 usines ça suffit ! Nous n’avons pas de projet de croissance externe. Nous sommes nous-mêmes à consolider.» Ce qui n’empêche pas le sous-traitant de penser à l’avenir : des premiers jalons ont été posés pour participer au moteur du futur de CFM (société commune entre Safran et General Electric), Rise. Figeac Aéro compte bien prendre en marche le train de la décarbonation du transport aérien.

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