Le Rafale porte Dassault Aviation au sommet. En deux ans, l’avionneur français est passé de la 14e à la 3e place de notre classement annuel des acteurs mondiaux de l’aéronautique, établi par AlixPartners en exclusivité pour «L’Usine Nouvelle». Un top 80 qui ne liste pas les plus gros industriels, constructeurs et équipementiers, mais les plus performants d’un point de vue financier, aussi bien dans le civil que dans la défense.
L’an passé, le constructeur tricolore a enregistré un niveau de commandes historique : 92 Rafale comptabilisés, dont 80 pour les Émirats arabes unis, 6 pour la Grèce et autant pour l’Indonésie. Sans oublier, côté civil, les 64 Falcon commandés. «La génération de cash représente pour Dassault 64 % de son chiffre d’affaires en 2022, ce qui explique la forte remontée du groupe dans ce classement», détaille Pascal Fabre, le directeur associé chez AlixPartners chargé de l’aéronautique.
Augmentation des budgets militaires
Le cas de Dassault est révélateur d’une tendance de fond qui s’est encore accentuée l’an dernier : les acteurs aéronautiques qui gagnent des places dans ce classement le doivent pour l’essentiel aux activités de défense avec, pour toile de fond, le conflit en Ukraine et l’augmentation des budgets des armées un peu partout dans le monde. De quoi tirer le chiffre d’affaires cumulé des 80 sociétés comptabilisées vers le haut, dont une majorité est américaine : il est passé de 663 à 681 milliards de dollars entre 2022 et 2023, en croissance de 2,6 %. Quant au résultat opérationnel, il s’est élevé à 67 milliards de dollars l’an passé, soit une marge flirtant avec les 10 %. «On constate la même dynamique avec le coréen KAI, fournisseur d’aérostructures mais aussi de pièces pour l’avion de combat FA-50, ainsi qu’avec le turc Aselsan, un électronicien de défense qui profite à plein des commandes du gouvernement national», souligne Nicolas Harmouche, associé chez AlixPartners. Une remarque qui appelle un autre enseignement.
Comme le géant chinois Avic, de nombreux acteurs d’Asie et du Moyen-Orient sont désormais bien ancrés dans ce classement. Ils sont représentés par plusieurs filiales dont Comac qui développe le C919 – ayant récemment réalisé son premier vol commercial – et qui est également fournisseur d’Airbus pour le fuselage de l’A 220. Outre la Corée du Sud, la Turquie et la Chine, l’Inde commence à montrer ses muscles, avec des groupes comme Hindustan (27e) et Bharat (47e). Au regard de la dynamique de ces acteurs entrés plus récemment dans le secteur, le reste du camp français ne parvient qu’à maintenir des positions proches de celles de 2021... Le géant européen Airbus ne s’établit qu’à la 55e place. «Malgré des bénéfices records pour la branche commerciale, Airbus ne progresse pas vraiment dans le classement, notamment handicapé cette année par sa branche spatiale», estime Vicnesh Pajaniradjane, le vice-président senior chez AlixPartners.

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L’avionneur européen devance malgré tout Boeing, à l’avant-dernière place, lesté par sa dette abyssale de 55 milliards de dollars, ses livraisons au ralenti dans le civil et ses fortes difficultés dans la défense et le spatial. Si Safran (20e) profite de la reprise dans le civil et si Thales (24e) améliore encore sa rentabilité, le reste du peloton ne parvient guère à gagner des places. Après le très diversifié Lisi (54e), on retrouve Figeac Aéro (74e) et Latécoère (75e), deux entreprises ayant beaucoup souffert de la crise du secteur liée au Covid : la première a accueilli comme actionnaire Tikehau ACE Capital et la seconde vient de lancer une profonde restructuration. Le secteur des aérostructures est sans conteste – avec celui de la cabine – le segment d’activité doté de la plus faible profitabilité, souffrant notamment du manque d’activités de maintenance et des services associés.
Des acteurs qui pourraient, comme d’autres, jouer un rôle dans de futures opérations de consolidation ? À voir... «Il y a eu beaucoup d’opérations de fusions et d’acquisitions à la fin des années 2010, le rythme est dorénavant plus calme, les valorisations étant élevées et les taux d’emprunts également», rappelle Pascal Fabre. Parmi les acquisitions post-Covid importantes, citons Meggitt qui a été racheté par Parker en 2022, mais aussi TransDigm qui a récupéré des activités de Cobham et qui a, lui-même, repris Ultra Electronics.
Dans les services, la reprise de Wencor par Heico, explique en partie la présence de ce dernier à la deuxième place du classement. À l’avenir, le rachat possible par Safran de certaines activités du géant américain Raytheon dans les commandes de vol, pourrait faire grimper le français dans le prochain classement.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3711 - Septembre 2023



