Le plan Route 25 de Figeac Aero sera-t-il aussi fameux pour le sous-traitant aéronautique que ne l’a été la route 66 pour le rock’n’roll ? Il devrait en tout cas permettre à l’entreprise lotoise de retrouver le chemin de la croissance. A l’occasion de la présentation de ses résultats annuels sur l’exercice 2021/2022, Figeac Aero a annoncé la mise en œuvre d’une stratégie de reconquête industrielle. Habitué durant les années 2010 à une croissance à deux chiffres, puis stoppé net par la pandémie de Covid-19, le sous-traitant compte retrouver sa taille d’avant-crise en 2025, soit un chiffre d’affaires proche de 430 millions d’euros et des effectifs d’environ 3700 personnes.
« C’est ma quatrième crise et je suis tenté de dire que c’est ma dernière, a fait remarquer, philosophe, Jean-Claude Maillard, le PDG de Figeac Aero. Les cycles dans l’aéronautique durent entre huit et dix ans, donc jusqu’en 2030 nous devrions être à peu près tranquilles. J’aurai alors 73 ans, je ne suis pas sûr que je serai là pour l’affronter, mais je la suivrai j’espère. » Et de conclure sur le constat que cette crise a été « plus forte et plus longue que les autres ». Figeac Aero mettra plus de temps à s'en relever que les précédentes, a admis le dirigeant. Ce, en raison de la dépendance de l’entreprise aux programmes long-courriers comme l’Airbus A350 et le Boeing 787.
Vers une amélioration de la santé financière de Figeac
Pour l’heure, Figeac Aero reste en-deçà de son niveau d'activité d’avant-crise, lorsqu'il réalisait 445 millions d’euros de ventes. Le sous-traitant affiche sur le dernier exercice un chiffre d’affaires de 281,9 millions d’euros, en hausse de 37,8% sur le précédent tout de même. Une remontée qui s’explique par les montées en cadences de l’A320, des Global 7000 et 8000 de Bombardier et des programmes moteurs. De quoi contribuer à tirer vers le haut son excédent brut d’exploitation, passé de 0,9 à 30,4 millions d’euros, et de diviser par deux ses pertes, avec un résultat opérationnel de -32,2 millions d’euros (contre -64 millions d’euros sur l’exercice précédent). La baisse de régime s’est aussi traduite par une forte réduction des effectifs : à l’échelle mondiale, ils sont passés de 3700 personnes avant-crise à 2600 personnes au point le plus bas.
Si le sous-traitant a piloté une vaste restructuration financière, qui a notamment permis l’arrivée au sein du capital du fonds Tikehau ACE Capital à hauteur de 25%, la remontada projetée concerne avant tout l’outil industriel. Sur quoi repose le plan Route 25 ? D’abord sur l’optimisation des schémas industriels de l’entreprise. En clair, Figeac Aero veut parachever ce qu’il avait initié durant les années 2010 : produire avec des usines ultra automatisées les pièces complexes et de grandes dimensions en France et aux Etats-Unis, et fabriquer les pièces simples mais gourmandes en main d’œuvre dans les pays low cost, au Maghreb et au Mexique.

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Un schéma industriel revu, entre délocalisations et industrie 4.0 en France
D’où deux transferts en cours de l’usine de Figeac (Lot) vers les sites tunisiens et marocains pour des pièces en aluminium et en titane, et un troisième du site d’Aulnat (Puy-de-Dôme) vers le Maroc, concernant des pièces chaudronnées. Des transferts qui devraient être achevés courant 2024 – via un budget de 3 millions d’euros – et représenter in fine environ 25 millions d’euros de chiffre d’affaires.
En parallèle, alors que la première usine 4.0 du groupe - démarrée en 2016 à Figeac et dédiée aux carters de moteurs Leap (équipant les A320 et les Boeing 737) est à 100% opérationnelle, le sous-traitant a mis en place une deuxième ligne de production du même type, cette fois pour fournir des poutres d’inverseurs de poussée. Une installation qui sera pleinement opérationnelle à la fin de l’année. De quoi réduire de plus de 40% les temps de production. Corollaire à cette stratégie : la croissance des effectifs sera plus forte sur les sites hors France.
Autre pilier du nouveau plan de transformation de Figeac Aero : maintenir certes les contrats les plus rentables, mais aussi décrocher de nouvelles affaires. L’objectif ? Capter 20 millions d’euros par an d’attribution de nouveaux marchés. En conséquence, le sous-traitant renforce son équipe commerciale aux Etats-Unis en vue de séduire les géants que sont Collins Aerospace (Raytheon Technologies), Boeing, Gulfstream, Bombardier et MHI. Si Figeac Aero compte parmi ses principaux clients le motoriste CFM International, la société commune entre Safran et General Electric qui produit le Leap, et dans une moindre mesure Rolls-Royce, les deux autres acteurs de ce segment que sont GE et Pratt&Whitney sont aujourd’hui dans sa ligne de mire.
Figeac Aero cherche à se diversifier
Pour se refaire une santé et se diversifier, les dirigeants ne cachent pas leur volonté d’investir davantage le secteur de défense, notamment via la société Mecabrive, intégrée en 2004 au sein de Figeac Aero et spécialisée dans la mécanique et l’électronique. Le sous-traitant se verrait bien également défricher le secteur pétrolier et gazier. Autre levier à actionner pour voir le chiffre d’affaires redécoller : développer les services, souvent plus rentables que la production elle-même. Enfin, Figeac Aero mise gros sur ses récents rapprochements en Chine, avec Shandong Nanshan Aluminium au sein de Nanshan Figeac Aéro Industry en 2018, et en en Arabie saoudite, avec la coentreprise SFAM (SAMI Figeac Aero Manufacturing) en 2021.
A l’instar de Latécoère, Figeac Aero ne compte-t-il pas reprendre du poids via des opérations d’acquisitions ? Question d’autant plus brûlante que Tikehau ACE Capital participe à orchestrer la consolidation de la filière et détient des parts au capital d'acteurs aéronautiques français tels que Mecachrome, WeAre ou encore Nexteam. Réponse claire de Jean-Claude Maillard : « Nous allons rester concentrés sur la tenue de nos objectifs. Entre 2010 et 2020, nous avons eu une croissance annuelle moyenne fabuleuse de 22%, mais avec un flux de trésorerie négatif. On ne peut plus se le permettre, on ne souhaite pas se disperser ».
Quant à une hypothétique cession de Figeac, là encore, elle n’est pas à l’ordre du jour. « Nous ne sommes pas à vendre, assène Jean-Claude Maillard. J’ai 56% du capital et je compte bien les garder jusqu’en 2026, quand je serai proche de la retraite. Mais comme je suis encore un jeune homme, comme chacun le sait, je n’ai pas envie de vendre Figeac Aero. J’attends que l’entreprise vaille beaucoup d’argent pour la vendre et actuellement ce n’est pas intéressant pour moi. » Pas de doute, le dirigeant de Figeac Aero n’a rien perdu de sa verve. Et son entreprise compte encore en découdre.



