Et si des résidus de traitement de déchets devenaient une matière première pour l’industrie chimique ? C’est le métier de Resolest, une coentreprise entre le chimiste belge Solvay et le spécialiste du traitement des déchets Veolia, à Rosières-aux-Salines (Meurthe-et-Moselle). « Nous nous sommes fixé une mission : apporter une solution de recyclage pour des déchets complexes que sont les résidus de fumées », explique Jean-Michel Frada, directeur général délégué de Resolest. Cette mission, énoncée en 2003 à la création de l’entreprise, est toujours d’actualité en ce 12 juin 2025 pour l’inauguration de la seconde ligne de production du site. Et cette nouvelle unité permet à la société d’augmenter sa capacité de traitement de plus de 40 %. « Nous avions, jusqu’à aujourd’hui, une capacité de traitement de 45 000 tonnes par an de refiom (résidus d’épuration des fumées d’incinération des ordures ménagères, N.D.L.R). Avec cette nouvelle unité, nous atteindrons une capacité de traitement annuel de 65 000 tonnes », explique le directeur général. Pour atteindre de telles capacités de traitement, Resolest a investi pas moins de 12,5 millions d’euros, et ce grâce à un pool bancaire. Bpifrance a apporté 40 % du financement, quand la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne et le CIC ont contribué chacun à hauteur de 20 %. La région Grand Est a, quant à elle, apporté une subvention de 300 000 euros dans le cadre du programme Territoires d’industrie géré par l’Agence Nationale de Cohésion des Territoires, et soutenus par les collectivités locales.
Cet investissement, annoncé en début d’année 2024, permet à la société de persévérer dans sa démarche. « Depuis plus de vingt ans, Resolest s’inscrit dans une démarche pionnière de valorisation de matière à partir de résidus réputés non valorisables », a déclaré Jean-Michel Frada. L’histoire de cette société remonte au début des années 2000 et à un projet de recherche et développement porté par Solvay qui visait à diversifier l’utilisation du bicarbonate de soude pour le traitement des fumées industrielles. Ce projet a donné naissance au procédé SOLVair (voir encadré), « utilisé par plus de 500 références dans le monde à l’heure actuelle », pointe Jean-Michel Frada. Lors de la mise au point de ce procédé, Solvay s’est également posé la question de l’élimination des résidus de traitement des fumées générés par son procédé. Ces refioms étant riches en sel – une des matières premières essentielles à la production de bicarbonate de sodium – Solvay et Veolia (gestionnaire de déchet) ont cherché à le valoriser, et pourquoi pas le réutiliser pour produire le bicarbonate de sodium utilisé dans le procédé SOLVair. « Il s’agissait d’écoconception avant l’heure dans une logique d’économie circulaire », se rappelle Jean-Michel Frada.
Un procédé simple
Le procédé de revalorisation de ces refioms reste assez simple. La première étape consiste en une analyse chimique des résidus. « Le contenu de chaque camion de livraison est testé en laboratoire afin de déterminer la qualité chimique des refioms entrants et de pouvoir les stocker en conséquence », explique Jean-Michel Frada dans le laboratoire du site. Avant d’ajouter : « L’analyse chimique donne la recette exacte qui permettra de traiter les refioms ». Cela permet de déterminer différents paramètres chimiques critiques tels que le taux de carbonate, les taux de métaux lourds et la fraction de particules insolubles. Ainsi, les refioms sont stockés dans différents silos. Ces résidus solides subissent une dissolution à pH contrôlé, dans l’eau, permettant d’obtenir de la saumure. Des additifs sont ensuite ajoutés afin de précipiter les éléments chimiques indésirables.
Cette saumure doit ensuite être purifiée. Elle va donc subir une étape de décantation avant de connaître toute une série de filtrations. « Pour la phase de purification, la saumure va passer à travers des filtres à bougie, puis des filtres à sable avant de traverser des filtres à charbon actifs et enfin, traverser une membrane échangeuse d’ions », explique le directeur général. Ce procédé permet d’obtenir, en sortie, une saumure purifiée à plus de 80 %. Depuis la mise en service de l’unité en 2003, Resolest a été en mesure de traiter plus de deux millions de tonnes de refioms. « En volume, cela est équivalent au Stade de France ou à la Pyramide de Khéops », s’amuse Jean-Michel Frada.

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Un déchet redevenu matière première
Une fois purifiée, la saumure est acheminée vers la soudière de Solvay à Dombasle grâce à un pipeline de quatre kilomètres de long. Elle entre directement dans la production de bicarbonate de sodium. « Avec cette extension, nous renforçons notre capacité à produire des sels industriels réutilisables, et à contribuer activement à la préservation des ressources naturelles », se félicite Jean-Michel Frada. En effet, réutiliser cette saumure permet à Solvay d’éviter de prélever directement du sel dans les salines locales. En réduisant sa consommation de sel naturel de 5 à 10 % par an, le chimiste diminue aussi ses émissions de scope 3 liées à l’extraction chimique de matières premières vierges. « Chez Solvay, nous croyons fermement au potentiel de l’économie circulaire pour un avenir plus durable. L’expansion de Resolest, en partenariat avec Veolia, est une preuve tangible de cet engagement et de notre volonté de transformer les défis en opportunités », a commenté Étienne Galan, président de l’activité Soda Ash & Derivatives du groupe Solvay.
Si la mise en service n’est pas prévue avant l’automne 2025, Resolest et ses partenaires ne souhaitent pas s’arrêter là. En effet, en janvier 2024 déjà, le chimiste belge envisageait des collaborations ou des partenariats autour de cette saumure purifiée, en plus de sa réutilisation pour la production de bicarbonate de soude.



