C'est un secteur qui ne manque pas d'atouts pour séduire, offrant des postes à pourvoir en nombre et des perspectives d'évolution séduisantes. Face à l'intérêt insuffisant qu'ils suscitent, la filière se mobilise.

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La filière extrusion recrute et propose des carrières longues avec une montée en compétences assurée.

Comme la majeure partie de la branche plasturgie, l'extrusion souffre d'un déficit d'image, surtout auprès des jeunes. « Ses métiers sont souvent considérés comme physiquement éprouvants et répondant à un rythme effréné… La pénibilité est pourtant en net recul depuis le déploiement des systèmes de manutention robotisée », observe en préambule Richard Marchant, dirigeant d'Atlantem. Le secteur peine à recruter. Les extrudeurs ne reçoivent qu'un flux très limité de CV, le plus souvent non qualifiés, pour des postes d'opérateurs notamment. Avec les départs en retraite de la génération du baby-boom, le renouvellement dans les ateliers ne doit plusse faire attendre afin d'assurer le transfert des compétences. Le contexte actuel explique en partie les difficultés rencontrées d'après Richard Marchant. « Nos sites de production sont installés dans des territoires qui enregistrent un taux de chômage bas, comme la Bretagne, la Vendée, la Haute-Savoie et l'Ain », précise-t-il. La situation apparaît toutefois moins complexe qu'en 2022.

« Les carnets de commande étant plus raisonnables, l'urgence est moins prégnante. Recruter de la main-d'œuvre reste cependant complexe », résume Sylvain Gaudard, responsable Communication du Syndicat national de l'extrusion plastique (Snep). En forte croissance, AEP group est parvenu, non sans mal, à gonfler ses effectifs, passant de 86 à 140 salariés entre octobre 2020 et 2023. « Nous ne recevons pas plus de deux candidatures spontanées par mois », témoigne Charles Quincelet, son directeur financier. Pour pallier ce manque de personnel, les industriels se montrent volontaristes et imaginatifs dans leur politique de recrutement.

Redorer le blason de l'extrusion

Pour les soutenir, le Snep a lancé la plateforme snep-metiers.org pour promouvoir l'extrusion plastique. Il y met en avant des témoignages et recense les offres à pourvoir auprès de ses adhérents au moyen d'une carte interactive. « Nous voulions montrer que la filière recrute, principalement des savoir-être plus que des savoir-faire, et propose des carrières longues avec une montée en compétences assurée en interne; l'extrusion étant une activité subtile qui s'apprend avec l'expérience terrain », explique Sylvain Gaudard. En parallèle, une campagne de sensibilisation était diffusée, au printemps et au début de l'automne, sur les réseaux sociaux. « La première diffusion a engendré plus de 1,1 million d'impressions ! Pour la seconde, nous avons ciblé des profils installés aux abords des sites de production de nos membres de manière à obtenir davantage de retours qualitatifs, se soldant parle dépôt de candidatures ». Le Snep s'attèle désormais au développement de formations qualifiantes. « Nous voulons théoriser les caractéristiques du principe d'extrusion, les matières concernées, la sensibilité du réglage », indique Sylvain Gaudard. Il espère ainsi renforcer les connaissances en interne et, plus largement, faire évoluer le contenu des diplômes de plasturgie dispensés en France.

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Snep campagne communication extrusion Snep campagne communication extrusion

Balayer les idées reçues est aussi à l'origine du projet initié par l'Etat, Polyvia et piloté par Opco 2i, qui vise à favoriser l'attractivité et à promouvoir la mixité femmes/hommes dans la plasturgie en Haute-Loire. Cinq entreprises, dont Industrial Packaging Solutions et AEP Group, y ont pris part, partageant leurs expériences et leurs bonnes pratiques en la matière. Résultat : une vidéo intitulée « Le visage des femmes dans la plasturgie », relayée le temps d'une campagne collective sur les réseaux sociaux. Même s'il est encore tôt pour dresser le bilan, Isabelle Besson, la DRH d'Industrial Packaging Solutions, est confiante. « Nous venons d'intégrer deux femmes dans notre atelier de production ». La féminisation des rangs est un enjeu partagé par Atlantem- qui vient d'embaucher une directrice Marketing-, au même titre que l'emploi des séniors. « En Bretagne, nous parvenons à intéresser des militaires à la retraite qui se révèlent volontaires et sérieux », illustre Richard Marchant.

« Recrute ton boss »

Individuellement, les fabricants de matière adoptent une politique de recrutement plus agressive, espérant se démarquer. La plupart ont d'ailleurs investi ces dernières années les réseaux sociaux pour contribuer au rajeunissement de la filière et se faire connaître. IPS poste fréquemment des annonces sur LinkedIn, Indeed ou encore Facebook. Une fois par mois, elle publie le portrait d'un membre de son personnel sur LinkedIn. Depuis le début de l'année, Atlantem met l'accent sur le développement de sa marque employeur afin d'améliorer sa notoriété et sa réputation, insistant sur son savoir-faire français, ses valeurs en RSE et sur ses équipements hautement technologiques. « Nous communiquons régulièrement dans les médias et multiplions notre participation à des carrefours métiers, des cercles de décideurs, des sessions de Job dating », cite en exemple Richard Marchant. Les extrudeurs vont plus massivement au-devant des candidats en organisant des portes ouvertes et/ou en se rendant à des salons de recrutement ou des rencontres professionnelles.

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« Depuis l'épidémie de Covid-19, la donne a changé. Les mentalités ont évolué, les collaborateurs se montrent plus volatiles et exigeants », rend compte Isabelle Besson. C'est ce constat qui a convaincu l'entreprise de prendre part au job dating inversé « Recrute ton boss », organisé à Vals-Près-Le-Puy en mai dernier avec le club de Haute-Loire « Les entreprises s'engagent ». « Cette méthode de recrutement à la mode donne le pouvoir aux candidats puisque c'est au chef d'entreprise de les convaincre. Elle plaît à la jeune génération et nous permet d'asseoir notre communication », rapporte Isabelle Besson. En parallèle, l'entreprise essaie d'être présente à des foires locales, d'organiser des portes ouvertes et d'intervenir dans des lycées. « Aujourd'hui, nous sommes contraints de mettre en place tout un éventail d'actions complémentaires pour capter des profils », résume Isabelle Besson.

Immersion et incitation

Pour dynamiser les recrutements, les extrudeurs font aussi le choix de s'appuyer sur des relais locaux. Atlantem s'efforce ainsi d'établir des contrats-cadres avec des agences d'intérim. « De cette façon, elles peuvent mieux appréhender la singularité de nos métiers et nous adresser des profils qui, même s'ils sont issus de secteurs très éloignés, peuvent nous séduire parleur dynamisme », commente Richard Marchant. La voie de l'intérim, AEP Group l'emploie plus largement depuis quelque temps pour opérer son prérecrutement, en testant le savoir-être et en évaluant les perspectives professionnelles de chaque recrue durant 3 mois. « C'est aussi un moyen pour le candidat de confirmer son engouement pour nos métiers », ajoute Charles Quincelet. Cette stratégie s'avère pour le moins payante puisque « la quasi-totalité des effectifs a été embauchée à l'issue d'une période d'intérim », constate Charles Quincelet.

Les extrudeurs ne lésinent pas non plus sur les formations en interne pour combler des CV insuffisamment qualifiés. C'est à cette fin que l'AEP School a vu le jour en octobre 2022, mais aussi pour assurer la montée en compétences des équipes en place. Plusieurs modules, n'excédant pas 1 h 30 chacun, ont d'ores et déjà été conçus pour décortiquer des thématiques se rapportant à l'extrusion. De son côté, Atlantem propose à ses collaborateurs la délivrance d'un Certificat de qualification professionnelle (CQP), gage de leur expérience. IPS met l'accent sur l'action de formation en situation de travail (Afest) pour qu'aucune compétence ne fasse défaut dans ses ateliers. Les rémunérations sont aussi un moyen de faire la différence.

« Nous offrons des salaires attractifs, comme tout le secteur de la plasturgie en Haute-Loire. Il n'est pas rare d'avoir un 13e mois, une participation aux bénéfices ou un intéressement, des avantages sociaux avec les CSE, etc. », fait mention Charles Quincelet. Prochainement, AEP Group devrait par ailleurs mettre en place un groupe de réflexion afin d'améliorer les conditions de travail offertes. Atlantem essaie aussi de s'adapter aux nouvelles tendances. Après avoir mis en place le télétravail et des horaires plus souples, l'entreprise expérimente la semaine de 4 jours dans le sud de la France. « Très bien perçue, cette initiative nécessite une adaptation industrielle pour les métiers de la production. Nous n'excluons pas la possibilité de l'étendre aux sites fonctionnant en 2x8 ou 3x8. Mais cela exige davantage de concertation et d'organisation », ponctue Richard Marchant.

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