Enquête

Qui est CATL, ce géant chinois des batteries qui part à la conquête du monde ?

Fondé par le discret Robin Zeng, le fabricant chinois CATL domine largement le marché mondial des batteries. Pour continuer dans sa lancée, il s'installe à l'international, y compris en Europe, et multiplie les opérations dans les matières premières.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
Le fabricant chinois CATL domine largement le marché mondial des batteries.

A Ningde, dans la province de Fujian, dans le sud-est de la Chine, les courbes en verre du siège de CATL (pour Contemporary Amperex Techno-logy) dessinent une cellule de batterie. De quoi rappeler l'origine de la fortune du géant chinois, dont le chiffre d'affaires a dépassé 400 milliards de yuans (environ 50 milliards d'euros) en 2023, en hausse de 22% sur un an. La vie de son discret PDG et fondateur, le multimilliardaire Robin Zeng Yuqun, a tout du mythe de l'entrepreneur.

Un tiers du parc mondial de voitures électriques

Né dans un village modeste non loin de Ningde, docteur en physique, il rachète un brevet américain et fonde une première entreprise de batteries pour l'électronique, baptisée ATL, au début du siècle. En 2011, alors quadragénaire, il lance CATL, une spin-off qui s'attaque au marché émergent de la mobilité électrique. Après un partenariat avec BMW, il double la production d'année en année et s'impose. Au point que CATL compte désormais 110000 salariés et affirme avoir équipé un tiers du parc mondial de voitures électriques. Un succès en partie dû aux généreuses subventions de Pékin, dénoncent ses détracteurs.

«La part de marché mondial de CATL a atteint 37,8 % au premier semestre 2024. Le groupe a dépassé LG en tant que premier fournisseur hors de Chine, avec 27,2% du marché», chiffre Charles Chang, analyste automobile de S&P à Hongkong. «Sa position de champion mondial et de “premier arrivé” va lui permettre de garder sa place et son avance technologique», ajoute-t-il, en soulignant les bonnes performances de production du groupe chinois, dont un secteur où les rebuts de fabrication peuvent donner des maux de tête. Le groupe affiche aussi une politique de R&D ambitieuse, à laquelle il a consacré 4,6% de ses revenus en 2023 ! 

Résultat : l'entreprise se distingue par son avance, notamment dans les chimies LFP (lithium-fer-phosphate), peu chères et très stables, qui sont prisées des constructeurs. Ses batteries comportant du nickel, du manganèse et du cobalt (NMC), sont aussi parmi les meilleures. «Nous ne faisons pas des cellules mais des solutions électrochimiques de stockage de l’énergie», ajoute Jean-Baptiste Zalmanski, directeur général de CATL France, en listant la multitude de produits spécifiques et intégrés que sort avec régularité le constructeur.

C'est le cas des batteries structurelles à la densité optimisée ; des solutions dédiées au temps froid et à la recharge ultra-rapide ; ou des modules dédiés au stockage stationnaire qui arrivent en conteneur avec la promesse de ne pas perdre en performance pendant au moins cinq ans. Ce marché du stockage d'électricité sur le réseau (ou BESS en anglais) monte en puissance dans l'entreprise, qui a produit 70 gigawattheures (GWh) à cet effet l'an passé, contre 300 pour l'automobile.

Internationalisation croissante

L'inauguration en 2023 du premier site du groupe à l'étranger, à Arnstadt, en Allemagne, témoigne de sa volonté de s'internationaliser. Alors que le marché domestique chinois sature, CATL veut aussi «répondre à la régulation et aux contraintes», explique Jean-Baptiste Zalmanski. Aujourd'hui, CATL s'installe en Hongrie (où elle construit un site de 100 GWh), en Thaïlande et en Indonésie. Le pays devenu un géant du nickel, qui cherche à mettre cette situation à profit pour construire une industrie du véhicule électrique domestique, a officialisé le 17 octobre 2024 la création d'une coentreprise avec le géant chinois pour construire une usine du batteries à 1,2 milliard de dollars sur son territoire. En Amérique du Nord, CATL compte sur un système de licences accordées à ses partenaires (comme Ford ou GM) pour remplir les conditions d'attribution de subventions de Washington, qui exclut les technologies chinoises.

La batterie est au cœur d'une guerre géopolitique.

—  Jean-Baptiste Zalmanski, DG de CATL France

«Nous nous positionnons comme un partenaire fiable pour fournir des produits à des prix raisonnables pour la transition énergétique, tout en répondant aux contraintes», justifie le directeur de CATL France, qui reconnaît que «la batterie est au cœur d'une guerre géopolitique». L'entreprise a aussi des plans (non finalisés) pour construire une usine de batteries en Espagne pour le compte du géant Stellantis, avec lequel elle a signé un partenariat. Elle pourrait aussi, d'après des fuites dans la presse spécialisée chinoise, construire un site spécialisé dans les matériaux de cathode au Maroc pour approvisionner ses usines européennes. 

Des rumeurs qui rappellent que les matières premières font partie des priorités de CATL, dont l'ampleur de la production entraîne mécaniquement une gloutonnerie en métaux critiques.«CATL bénéficie tout d’abord de ses partenariats avec les grands des matières premières chinois, dont Ganfeng et Tianqi, qui contrôlent 40% des droits d’extraction de lithium dans le monde, et 80% des capacités de raffinage», souligne Tu He, fondateur de Sino Auto Insights, pour rappeler la force de frappe incomparable de la Chine dans le secteur.

Mais l’entreprise de Ningde a aussi investi en direct. Elle opère notamment une mine de lithium géante, qui extrait le métal à partir de lépidolite dans le Jiangxi (dont les rumeurs d'arrêt en septembre ont donné un bol d'air aux cours du lithium, qui s'échange à vil prix depuis le début d'année), et possède diverses filiales et coentreprises qui mènent des projets dans le nickel indonésien, le recyclage des batteries, ou le lithium bolivien (où elle développe un projet géant avec l’entreprise publique YLB)… Des activités qui ne combleront pas les besoins du géant, discret sur le sujet, mais qui lui servent à bien connaître son amont et à promouvoir son développement.

«L'intégration partielle, sans contrat d'exclusivité, est encore faible, mais c'est un axe stratégique de CATL que l’on retrouve aussi chez ses concurrents, comme BYD ou LG Energy Solutions», explique Fabrice Renard, du cabinet Avicenne, en citant des prises de participations minoritaires du groupe dans les matériaux de cathode LFP (Shenzhen Dinanonic et Hunan Yuneng) et le cobalt (via un projet du géant CMOC). Selon le Financial Times, CATL serait aussi en train de créer un fonds de 1,5 milliard d'euros pour faire éclore la chaîne d'approvisionnement de matériaux dont il a besoin sur le Vieux Continent. De quoi se donner les moyens de ses ambitions.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.