Quels sont les conseils du Shift Project aux entreprises pour assurer leur sobriété numérique ?

Évaluer les technologies connectées, prendre en compte l’énergie grise, construire une stratégie globale... Face à l’impact environnemental des technologies numériques comme à leur potentiel, le think-tank The Shift Projet publie le 15 octobre un rapport sur les méthodes concrètes pour déployer la sobriété numérique partout, y compris dans les entreprises. 

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Les technologies connectées doivent être évaluées au cas par cas pour connaître leur impact énergétique réel, qui peut aussi bien être positif que négatif.

Après les constats, l’action. Jeudi 15 octobre, le think-tank spécialiste de la transition énergétique The Shift Project a publié son troisième rapport portant sur les conflits et les synergies potentielles entre numérique et environnement. Un diagnostic clair que les auteurs résument lapidairement : en augmentation de 8 % par an, “la croissance de nos systèmes numériques est insoutenable”. Les jeunes ingénieurs du think-tank proposent une palette d’actions et de réflexes pour virer de bord.

Questionner le numérique

"L'impact environnemental commence a être bien cerné, nous avons compris que les simples leviers technologiques avaient des limites et qu'il fallait réfléchir aux usages, pour mettre en place la sobriété numérique", explique Maxime Efoui-Hess à L'Usine Nouvelle, en énumérant les précédents rapports publiés par son think-tank. "Maintenant nous avons besoin d'outils opérationnels pour cela, car des entreprises souhaitant s'engager ne trouvent pas toujours les outils", ajoute-t-il pour expliquer la raison d'être des 120 pages qu'il a corédigées, dédiées au déploiement de la sobriété numérique.

Rejetant dos à dos une posture de refus intégral du numérique et la foi aveugle dans ses promesses, les auteurs incitent d’abord à questionner le numérique. Notant que de nombreuses technologies numériques peuvent être utiles dans la lutte contre le réchauffement climatique, ils rappellent pour autant que le secteur était responsable de 4 % des émissions de carbone en 2019 et pourrait atteindre 8 % d’ici à 2025 selon leurs modèles. Une trajectoire évidemment incompatible avec les accords de Paris.

D'où la sobriété numérique. Interroger systématiquement les usages du numérique et piloter nos choix technologiques, à la fois pour stopper cette dynamique de croissance, mais aussi pour "préserver les apports essentiels du numérique”, insistent les auteurs. "Des solutions numériques peuvent bien sûr apporter des gains de productivités, mais il faudra faire des arbitrages", éclaire Maxime Efoui-Hess. "Numériser sans réfléchir, c'est rendre son système non-résilient, et donc mettre en danger l'entreprise elle-même", explique-t-il en listant les risques physiques mais aussi réglementaires que posent les impacts environnementaux du numérique.

Évaluer chaque solution en siutation

Notant que “certaines innovations connectées recèlent un potentiel de gain environnemental et d’autres n’en ont structurellement pas la capacité", les auteurs du rapport préconisent de questionner chaque couche numérique, en comparant la consommation d’énergie qu’elle induit aux dépenses énergétiques qu’elle suppose. Tant pour fonctionner que pour être mise en place, insiste le Shift Project dont les chiffres publiés en 2018 montraient que près de la moitié de la consommation d’énergie finale du numérique était liée à la production des infrastructures…

Pour aider ce travail, le Shift propose un modèle mathématique. Du nom de Sterm (pour Smart Technologies Energy Relevance Model), il compare, pour simplifier, les gains permis par l’ajout d’une couche logicielle à ses coûts et fait le bilan sur la durée de vie du système. Ainsi, une lampe connectée s’allumant au gré des mouvements tout en prenant en compte la luminosité ambiante pourra, selon les situations, être rentable ou non d'un point de vue énergétique. Ne pas l'être dans un cadre résidentiel, mais l'être dans un bureau partagé, par exemple, illustrent les auteurs.

Mais attention. "Le but n'est pas d'avoir des conclusions générales sur l'impact du numérique ou de tel type de solution connectée, car c'est impossible", précise Maxime Efoui-Hess. Au contraire : "il faut évaluer chaque solution en situation". 

Piloter Les systèmes d’information

Plus globalement, le groupe de travail du Shift Project a souhaité tirer parti de l'expérience de ses membres pour présenter une approche détaillée, comportant une trentaine d'actions, permettant aux entreprises (mais aussi par exemple aux collectivités territoriales) d'impulser une stratégie de sobriété numérique et de la mettre en place. 

"Le premier outil, c'est encore la mesure, avance Maxime Efoui-Hess. Il faut savoir où sont les grammes de dioxyde de carbone et où sont les kWh". Un travail loin d'être simple au vu de la complexité d'un système informatique, loin d'être immatériel, mais qui se standardise. Ensuite vient le temps de la définition d'une stratégie numérique, puis de son implémentation au sein des processus métier.

Tableau d'Axa empreinte carbone ITShift Project
Tableau d'Axa empreinte carbone IT Tableau d'Axa empreinte carbone IT

Là, le Shift préconise de ne pas se contenter d’outils d’optimisation (de l'utilisation d’électricité ou de l’usage des équipements numériques), qu’ils jugent néanmoins utiles, mais de changer plus profondément l’approche du numérique. Filant l’image de l’obésité du secteur, ils préconisent un programme de remise en forme drastique, basé sur un cadre commun élaboré pour les besoins des entreprises. Selon eux, seule une action conjointe sur la durabilité des systèmes d’information, la culture du numérique durable et la mesure de l’impact environnemental pourra permettre des changements globaux. Reste que, comme le note le rapport, les usages de tout un chacun seront aussi déterminants.

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