L’essor des services de cloud d’infrastructure en France ne se dément pas. La période 2016-2019 a déjà été marquée par un déploiement massif de ces solutions dans les grands groupes en raison des avantages qu’elles offrent en termes de flexibilité, d’agilité ou encore de paiement à l’usage. La crise du Covid-19 a donné un coup de fouet supplémentaire à la demande, avec notamment une envolée de l’e-commerce et l’accélération de la transformation numérique des entreprises.
Selon une étude du cabinet Xerfi, le marché français a ainsi bondi de 2,25 milliards d’euros en 2016 à 3,75 milliards d’euros en 2019 pour le seul segment d’infrastructure à la demande (IaaS pour Infrastructure as a service), et devrait croître de 15 % par an dans les trois années à venir pour atteindre près de 6 milliards d’euros en 2024. Quatre principaux moteurs soutiendront ce développement : forte augmentation des ventes de solutions de logiciels à la demande (SaaS pour Software as service) et de gestion d’applications sur le cloud (PaaS pour Platform as a service), qui s’appuient pour leur fonctionnement sur le cloud d’infrastructure ; adoption massive du cloud hybride, qui combine cloud privé et plusieurs cloud publics ; arrivée d’une nouvelle vague de clients notamment dans les administrations et les PME-PMI ; et émergence de nouveaux usages comme le calcul à hautes performances.
OVHcloud, en troisième place
Amazon Web Services, Microsoft Azure et, dans une moindre mesure, Google Cloud dominent nettement le marché français. Xerfi ne fournit pas de parts de marché. Mais selon les chiffres communiqués à L’Usine Nouvelle par le cabinet Synergy Research, Amazon Web Services caracole en tête avec une part aux alentours de 30 %, suivi par Microsoft avec près 20%. Le français OVHcloud arrive en troisième place avec un peu plus de 10%. Il est talonné par Google. Synergy Research inclut toutefois dans ces chiffres le segment du PaaS, qui constitue le point fort des acteurs américains par rapport à leurs challengers européens.
Le gouvernement prévoit un plan de 1,8 milliard d’euros visant à faire émerger des champions français. Mais selon Alexis Jouan, auteur de l’étude de Xerfi, la filière hexagonale du cloud d’infrastructure pourra de moins en moins se passer des fournisseurs américains dans le futur. Avec, comme risque, de voir une part considérable du marché lui échapper. Avec la nouvelle stratégie nationale dans le cloud, annoncée en mai 2021, le gouvernement a, par pragmatisme, ouvert la porte du cloud de confiance aux géants américains de l’internet à condition que leurs services soient opérés sous licence par des sociétés françaises dans des datacenters en France et qu’ils obtiennent le label « SecNumCloud » de l’Anssi, l’agence nationale de sécurité des systèmes d’informations.
Des remous au sein du cloud français
C’est ainsi que Capgemini et Orange se sont engouffrés dans la brève en concluant un partenariat avec Microsoft, et Thales avec Google. Non sans susciter des remous au sein du cloud français, qui craint que ces opérations ne viennent l’affaiblir encore plus. Xerfi voit l’hégémonie des géants américains de l’internet s’accentuer, en raison de leur force de frappe incomparable en matière d’investissement et d’innovation. Le réalisme a d’ailleurs contraint des acteurs français à collaborer avec eux : OVHcloud avec Google, Orange avec Amazon Web Services, etc.
Ces difficultés poussent les acteurs français OVHcloud, Scaleway, 3DS Outscale et autres Orange à se différencier par des valeurs de transparence, de réversibilité, d’ouverture aux standards et surtout de souveraineté pour capter les applications critiques et sensibles des entreprises. Xerfi pointe quatre obstacles susceptibles de ralentir le marché : la réticence de certaines entreprises plus méfiantes vis-à-vis du cloud en France qu’ailleurs en Europe, les difficultés de recrutement dans le numérique et la pénurie de puces, le flou règlementaire sur la possibilité d’utiliser des clouds extra européens sans enfreindre le RGPD, et l’émergence de l’edge computing, alternative de traitement local des données au cloud.
Xerfi 


