Quatre questions sur la future usine de batteries de Stellantis et CATL en Espagne

Stellantis et le groupe chinois CATL projettent une usine de batteries d'une facture jusqu'à 4,1 milliards d’euros en Espagne. Implantation à Saragosse, choix de la technologie lithium-fer-phosphate, partenariat entre les deux entreprises... L'Usine Nouvelle fait le tour du sujet en quatre questions.

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Usine Stellantis Saragosse Espagne
L'usine Stellantis de Saragosse est pressentie pour assembler les futurs petits véhicules du groupe.

L’interruption des deux projets de gigafactories en Allemagne et en Italie d’Automotive Cells Company (ACC), la coentreprise de Stellantis avec Mercedes et TotalEnergies, ne remet pas totalement en cause la stratégie européenne du constructeur sur les batteries. Alors que Carlos Tavares, emblématique dirigeant de PSA puis Stellantis durant dix ans, vient de prendre la porte, le groupe franco-italo-américain montre qu’il continue d’aller de l’avant. Il annonce, ce mardi 10 décembre, un projet d'usine de batteries en Espagne, en partenariat avec le chinois CATL, pour jusqu'à 4,1 milliards d'euros. 

En quoi consiste le projet ?

Le projet vise la construction d'une usine de batteries lithium-fer-phosphate (LFP) à Saragosse (Espagne). D’un coût prévu de 4,1 milliards d’euros, le site doit entamer sa production d’ici à la fin de l’année 2026. Il aura une capacité maximale de 50 GWh et devrait être neutre en carbone.

La décision finale d’investissement doit être prise en 2025. Elle dépendra fortement de l’état du marché européen des véhicules électriques à cette date. Le projet vise particulièrement la fourniture de batteries pour les voitures Stellantis de segments B et C comme les SUV.

Quels sont les liens entre CATL et Stellantis ?

Stellantis et CATL ont créé une coentreprise, détenue à parts égales, pour leur projet espagnol. Créé par un docteur en physique chinois en 2011, CATL est devenu le premier fournisseur de batteries (hors Chine) dans le monde, devant le coréen LG, avec 37,8% de parts de marché au premier semestre 2024. Il possède déjà deux usines opérationnelles en Allemagne et en Hongrie.

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L’entreprise s’appuie sur sa technologie lithium-fer-phosphate (LFP) qui lui permet de proposer des batteries peu chères et stables à l’utilisation. Pour cela, elle réalise un important effort de R&D depuis plusieurs années, avec 4,6% de ses revenus réinvestis en 2023.

Pourquoi le choix de Saragosse ?

Le choix de s'implanter à Saragosse semble logique. Une partie des ambitions de production de véhicules électriques en Europe de Stellantis s’y trouve. Son usine locale assemble actuellement des Citroën C3 Aircross, Opel Crossland et le modèle électrique Opel Corsa-e. Dès 2026, elle devrait recevoir une nouvelle plateforme qui servira de base aux petites voitures électriques du groupe. Mais le projet pourrait être retardé à 2027. La nouvelle DS 3 devrait y être produite à raison de 35000 exemplaires par an aux côtés de 125000 Corsa, selon le media espagnol La Tribuna de Automoción.

Depuis quelques mois, en interne comme chez les fournisseurs, des sources indiquent à L'Usine Nouvelle que la plateforme STLA Small pourrait être retardée jusqu'à 24 mois. Conçue pour accueillir des groupes motopropulseurs multi-énergie, elle serait très "typée" batterie. Alors que la croissance du marché de l'électrique est à la peine en cette fin d'année 2024, Stellantis pourrait privilégier son autre plateforme multi-énergie conçue pour les véhicules d'entrée de gamme "Smartcar", qui accueille notamment la nouvelle Citroën ë-C3.

Quelle est la technologie LFP envisagée pour les batteries ?

C’est un type particulier de batterie lithium-ion, composé d’un alliage lithium-fer-phosphate. Comme l’a expliqué en détail L’Usine Nouvelle, cette technologie offre une durée de vie plus longue et un temps de charge plus rapide. Dans le même temps, son empreinte carbone est un peu plus faible et son prix plus abordable, grâce à une présence réduite de métaux rares. «Deux choses expliquent l’adoption des batteries LFP : l’une est le prix bien sûr [...] l’autre est la sécurité d’approvisionnement en ressources. Le fer et le phosphate sont relativement disponibles, ce qui favorise la résilience des chaînes d’approvisionnement», nous expliquait Olivier Schmidt, chercheur associé à l’Imperial College de Londres il y a quelques mois.

Mais le talon d’Achille des batteries LFP reste son autonomie avec une densité énergétique moins importante que leur équivalent nickel manganèse cobalt (NMC). Elles sont donc utilisées pour les véhicules destinés à des trajets urbain ou péri-urbain. «Nous avons besoin de LFP et nous l'aurons parce que c'est une solution compétitive en termes de coûts pour fabriquer des voitures abordables pour les classes moyennes», résumait en 2023 Carlos Tavares, ex-PDG du groupe. Son départ ne devrait pas changer la donne à ce sujet. 

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