Portrait

Quatre choses à savoir sur Terry Gou, ex-PDG de Foxconn et candidat à la présidentielle à Taïwan

Le fondateur du géant de la sous-traitance électronique Foxconn, Terry Gou, a démissionné de son poste de président du conseil d'administration de l'entreprise pour se présenter, une seconde fois, à l'élection présidentielle de Taïwan. Portrait de ce milliardaire pro-Chine, parfois comparé à Donald Trump.  

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AFP NE PAS REUTILISER Terry Gou
Terry Gou est parfois comparé à un autre homme politique milliardaire : Donald Trump.

Presque 50 ans après avoir créé Foxconn, Terry Gou, a démissionné le 2 septembre de son poste de président du conseil d’administration de l'entreprise pour se présenter à l'élection présidentielle de Taïwan. Le dirigeant n’avait plus de fonction exécutive au sein de ce groupe discret – principal sous-traitant pour la fabrication des produits électroniques d’Apple ou de Sony – depuis 2019. 

Parti de rien, Terry Gou, 72 ans vise la fonction suprême de Taïwan pour la deuxième fois après un échec en 2019. Parfois comparé à Donald Trump pour sa richesse et son style assumé d’homme d’affaires, il prône un apaisement des relations entre l'île et le régime communiste chinois. Une position à rebours de l’opinion publique, inquiète de la volonté affichée du président chinois Xi Jinping de «réunifier» l’île à la République populaire de Chine à moyen-terme. Encore loin dans les sondages, Terry Gou, qui se présente sans parti, croit en ses chances de l’emporter en janvier 2024. L'Usine Nouvelle vous dresse son portrait en quatre éléments clés. 

1- Empire de la sous-traitance 

Si vous consultez cet article sur votre iPhone, il y a de fortes chances que ce dernier ait été fabriqué dans l’une des méga-usines que possède Foxconn. Le groupe fondé en 1974 par Terry Gou est souvent présenté comme le plus grand sous-traitant électronique au monde. Championne des coûts de production bas et forte d’une myriade de fournisseurs en Asie, l’entreprise s’est imposée dès les années 1990 comme un partenaire clé des géants occidentaux de la téléphonie et de l’informatique.

Présent en Chine, au Vietnam, en Inde, au Japon, en Malaisie, en République Tchèque ou aux États-Unis, Foxconn emploie plus de 767 000 salariés dans le monde selon les dernières données de Statista. En 2022, l’entreprise a réalisé de bons résultats financiers avec un chiffre d’affaires de 190 milliards d'euros et un résultat net de 4 milliards d’euros.

Elle compte ainsi plusieurs usines géantes comme celle de Zhengzhou (Chine), qui avec ses 22 km² de superficie fait l’équivalent d’un quart de Paris. En 2010, les conditions de travail dans les usines de Foxconn avaient été pointées du doigt après le suicide de 11 salariés en quelques mois. Alors patron d’Apple, Steve Jobs avait réagi à la polémique jugeant que «Foxconn n'exploit[ait] pas ses employés» et que les usines du groupe étaient «plutôt chouette». Jamais vraiment éteinte, la polémique est revenue fin 2022 lors émeutes de salariés exaspérés par les restrictions liées au Covid-19 et la dégradation des conditions de travail qu'elles avaient entrainées. Après le départ de plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers, l’entreprise a finalement versé une prime de 1 800 dollars par personne pour calmer la fronde.

Attiré par le coût de la main d’œuvre faible, le groupe lorgne désormais sur l’Inde. Foxconn a annoncé la création de trois usines et 800 millions d'euros d'investissement dans le pays en août 2023. Les deux premières seront dédiées aux composants électroniques pour les iPhone d'Apple et aux semi-conducteurs dans l'état de Karnataka. La troisième sera située dans l'Etat du Tamil Nadu.

2- Parti de rien

Né en 1950 dans le nord de l’île de Taïwan, Terry Gou est le second enfant d’une famille de réfugiés chinois ayant fui le communisme. Après le lycée, ce fils de policier commence sa vie professionnelle comme ouvrier. Dans un pays transformé par le «miracle taïwanais» des années 1970, Terry Gou travaille dans plusieurs usines de caoutchouc, de meules industrielles et même de plantes médicinales. A 24 ans, il investit l’équivalent de 40 000 dollars actuels pour créer Hon Hai Precision Industry, qui deviendra Foxconn. A la tête d’une dizaine d’employés il commence à fabriquer des interrupteurs en plastique pour téléviseurs dans un hangar de la banlieue de Taipei.

Quelques années plus tard, il s’envole pour les États-Unis et démarche au culot les entreprises de la Sillicon valley. La stratégie s’avère payante et Terry Gou revient à Taïwan avec une commande de joysticks pour les consoles d’Atari. L’empire de Terry Gou n’a depuis cessé de s’étendre au fil des ouvertures d’usines de Foxconn en Chine puis dans le monde. Marié deux fois et père de quatre enfants, Terry Gou serait en 2023 la 347e fortune mondiale avec un patrimoine estimé à 7,2 milliards de dollars par Forbes.

3- Politique pro-Chine

Casquette aux couleurs de Taïwan sur la tête et salut militaire impeccable : lors de sa déclaration de candidature à l’élection présidentielle, Terry Gou a tout fait pour battre en brèche les soupçons de collusion avec la Chine. «Je n’ai jamais été sous le contrôle [du Parti communiste chinois] […]. Je ne serai pas menacé», a-t-il indiqué, ressortant même les photos de son service militaire effectué comme officier dans l’armée de l’Air taïwanaise.

Le milliardaire sait qu’il doit rassurer ses compatriotes s’il veut l’emporter en janvier 2024. Ayant largement bâti sa fortune grâce à ses usines chinoises, l’homme d’affaires est partisan d’une relance des échanges commerciaux pour apaiser les relations avec la Chine. «Face à la détérioration des relations de part et d’autre du Détroit de Taïwan, et des relations entre la Chine et les États-Unis, Taïwan ne doit pas devenir une nouvelle Ukraine, et je ne laisserai pas Taïwan devenir une nouvelle Ukraine !», a-t-il ainsi martelé le 28 août dernier devant la presse.

«Il a pu ouvrir des usines de plusieurs milliers d’ouvriers un peu partout en Chine, ça prouve qu’il a réussi à établir une relation de confiance avec les autorités chinoises, au moins au niveau local, indiquait récemment Ja-Ian Chong, professeur associé en sciences politiques à l'université nationale de Singapour auprès de RFI. […] La question, c’est de savoir si ces connexions qu’il a établies dans le passé peuvent encore lui servir aujourd’hui.» Plus tôt dans l’année, Terry Gou avait fustigé la politique nationaliste menée par l’actuelle présidente Tsai Ing-wen. «Nous devons honnêtement dire aux jeunes qu'il est dangereux de voter pour le DPP [le parti de l'actuelle présidente, Tsai Ing-wen], qui exalte l'indépendance de Taïwan, déteste la Chine et s'y oppose », a ainsi tancé l’ex-PDG de Foxconn.

4- L'outsider de l'élection

Reste que la partie est encore loin d’être gagnée pour Terry Gou, qui a déjà connu l’échec lors de sa première tentative pour l'élection de 2020. Candidat à la précédente élection présidentielle, ce dernier a terminé deuxième lors de la primaire de son ancien parti, le Kuomintang, en 2019, avec 27,7 % des voix.

Cette fois-ci, Terry Gou n’est encore pas favori et se présente sans parti. Selon le dernier sondage relayé par la presse taïwanaise fin août, c’est l’actuel vice-président de Taïwan, le nationaliste Lai Ching-te (DPP) qui est en tête avec 33,4 %. Le candidat du Kuomintang Hou Yu-ih obtient 15,3 % et Gou seulement 12,9 %. Il reste donc du chemin au magnat de Taipei dont la candidature indépendante à l’élection présidentielle n’est approuvée, dans les sondages, que par 36,6% de la population.

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