Transformer des déchets en or grâce à l'alchimie... Le groupe Sphère, fabricant d’emballages plastiques ménagers y croit dur comme fer. L’industriel s’est engagé au côté des Alchimistes, une entreprise solidaire d’utilité sociale, spécialisée dans la production de compost. Réunis avec des élus de la capitale au Centre Paris Anim' René Goscinny (Paris 13e), les deux acteurs ont présenté, mardi 14 septembre, leur expérimentation. "L’ambition est de montrer la capacité des alchimistes et de Sphère à mobiliser et sensibiliser un nombre suffisamment important de ménages au tri à la source des biodéchets sur les territoires d’expérimentation", explique Alexandre Guilluy, co-fondateur et président Les Alchimistes.
La France, cancre européen dans la valorisation des déchets alimentaires
L’enjeu est de taille. "Le 1er janvier 2024, la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (loi Agec) obligera à trier les déchets organiques ménagers", rappelle John Persenda, PDG du groupe Sphère. Tous les citoyens devront alors disposer d’une solution pratique de tri. Les bio-déchets représentent, selon le résultat d’un sondage réalisé par l’industriel en 2020, 30% des poubelles. Pour l’instant, la France n’en valorise que 5,6%. "On est à 50% et plus en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Autriche, en Italie…", liste le PDG qui alerte "2024, c’est demain. Il y a énormément à faire si on ne veut pas être les ânes de l’Europe".
150 000 euros pour lancer la dynamique
Dans ce dispositif, actuellement en cours de déploiement à Paris dans des quartiers des 13e et 14e arrondissements ainsi que sur l’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Sphère a mis la main à la poche. L’entreprise a financé l’acquisition de bornes d’apports volontaires, fourni des sacs biosourcés et compostables ainsi que des bio-seaux ajourés. Le coût du partenariat, qui prend en compte aussi la communication, s’élève à près de 150 000 euros pour l’industriel. 25 points d’apport volontaire seront installés fin 2022. "Ce sera l’occasion de faire le bilan, indique Marielle Cayron His, la directrice de la communication, qui n’exclut pas que Sphere reconduise sa participation. Les produits sont mis à disposition des habitants qui s’inscrivent sur le site des Alchimistes. 3200 foyers devraient participer à l’expérimentation.
Fécule de pomme de terre pour sac compostable
Certifiés "OK compost home" et "OK compost industriel", les sacs qui seront déposés dans les bornes sont composés à 60% de fécule de pomme de terre et de copolyesters. "On était à 20% il y a dix ans. On va passer à 80% et 100% dans les prochaines années", promet John Persenda, dont le groupe a réalisé 642 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020. L’industriel, qui produit aussi des emballages en papier carton, fait valoir les qualités de ses emballages en bioplastiques compostables par rapport à ceux en cellulose. "Le papier prend l’humidité et risque de se déchirer. Il n’est pas fermable, ce qui entraîne des odeurs. Il est aussi difficile à transporter faute d'anse et se décompose plus difficilement".
Un projet d'investissement en faveur du biosourcé
Si le patron du groupe confesse avoir été un grand pollueur pendant 25 ans en commercialisant des sacs pétrochimiques, il assure que son entreprise a pris un tournant en faveur de l’environnement. Sur la vente de sacs et de films, qui représente 57% de son chiffre d’affaires, 47% des ventes sont encore réalisées avec du plastique recyclé non compostable ou de la matière vierge fossile. 10 % sont en biosourcé et 37 % sont biodégradables (une mention désormais interdite sur les emballages) et compostables. Cette dernière catégorie pourrait bien profiter de futurs investissements. "Un projet est envisagé dans l’usine J&M Plast à Beauzac" (Haute-Loire), indique la directrice de la communication. "Cela concernera du foncier et des nouvelles lignes pour produire davantage de sacs poubelles biosourcés compostables. Des embauches sont aussi envisagées". Fin 2023 est bien en ligne de mire.
Sensibiliser les petites villes
En attendant, à l’exception de Paris et de quelques autres villes comme Colmar ou Nantes, qui ont engagé des initiatives de valorisation de biodéchets en compost, "une partie des communes n’est pas bien informée" affirme Marielle Cayron His. "Nous sommes au début de la prise de conscience". Et la directrice de la communication de se référer à un sondage réalisé en 2020 révélant que "60% des français sont prêts à composter mais ne savent pas comment s’y prendre". Certaines villes, parmi les plus petites, ne sont pas toujours au courant de la réglementation. Sphère s’affirme d’ores et déjà comme un partenaire de premier plan.
Bioplastique pour milieu marin
Le plastique biosourcé biodégradable reste une source d’innovation pour l’industriel. Après cinq ans de développement, la société allemande Biotec, propriété de Sphère, est sur le point de finaliser la R&D d'un nouveau matériau. Imperméable à la pluie pendant son utilisation, et aussi résistante que des plastiques conventionnels, cette résine est conçue pour être digérée par les micro-organismes une fois en milieux naturels (terre, mer, lacs et rivières) sans être nocive pour les écosystèmes, assure la société. "Cette innovation de rupture pourrait, par exemple, servir aux sous-mariniers ou dans le cadre du transport maritime", indique Marielle Cayron His. Une avancée notable, les plastiques certifiés "OK compost" n'étant pas forcément dégradés en milieu aquatique, que l'eau soit douce ou salée. Donc à ne pas jeter dans la nature...



