Produit classiquement par reformage du méthane, le méthanol est l’une des grandes matières premières de la chimie, avec une capacité mondiale d’un peu moins de 100 millions de tonnes par an. Environ 40 % du méthanol sont convertis en formaldéhyde, pour être transformés en produits aussi divers que des matières plastiques, des résines synthétiques, des peintures, des explosifs, des textiles… Déjà utilisé comme carburant pour les véhicules légers, le méthanol est désormais pressenti pour se développer dans la mobilité lourde, notamment pour le transport maritime et aérien, s’il parvient à réussir sa décarbonation.
Elyse Energy est une nouvelle société, créée par Pascal Pénicaud, engagé depuis quinze ans dans la transition énergétique et les énergies renouvelables, également président de Falkor, société d’investissement spécialisée dans la transition bas carbone, ainsi que par Cédric de Saint-Jouan, actionnaire de plusieurs sociétés dans le secteur des énergies vertes et fondateur du groupe Vol-V, et deux autres associés. Le projet d’Elyse Energy consiste, dans un premier temps, à installer des unités de production d’e-méthanol décarboné sur le territoire français et dans la péninsule ibérique, renforçant ainsi l’autonomie énergétique européenne, car les grands producteurs de méthanol et les grands projets sont aujourd’hui centrés sur les États-Unis et la Russie, pays producteurs de méthane.
Vers la production de méthanol en France ?
Pour cela, les deux fondateurs annoncent qu’ils vont passer par la voie dite des C1, c’est-à-dire une réaction de méthanolation, à partir de deux réactifs, le CO2 et l’hydrogène. « Notre idée est d’utiliser du carbone recyclé et de le combiner à de l’hydrogène bas carbone produit par électrolyse de l’eau en utilisant des énergies renouvelables », explique Pascal Pénicaud, président d’Elyse Energy. D’où cette appellation d’e-méthanol. À ce jour, toutes les technologies nécessaires à l’élaboration d’un procédé complet de production de cet électrocarburant sont disponibles sur étagère. Par exemple, le captage industriel de CO2 a déjà été résolu par le lavage d’effluents aux amines, tandis que l’électrolyse de l’eau et la méthanolation sont des technologies éprouvées. Elyse Energy interviendra donc en tant qu’intégrateur de ces technologies et pour la mise à l’échelle, le financement, puis la construction et l’exploitation des futures unités.
« Notre vision n’est pas de faire un pilote mais de produire directement à échelle et de porter une vision de filière industrielle », ajoute Pascal Pénicaud. Sa société compte démarrer avec une première unité d’une capacité d’e-méthanol de 150 000 tonnes par an et vise un objectif de production de 500 000 t/an de capacité totale en France. Il s’agit d’atteindre une échelle permettant d’être compétitif et de pouvoir servir les marchés de la mobilité qui nécessitent de grands volumes.
La première mise en production pourrait intervenir dès 2026, au terme de deux années de construction. Quatre bassins industriels, dont le site de Lacq dans les Pyrénées-Atlantiques, ont été identifiés pour un possible accueil de ces installations.
La production de méthanol est le premier programme lancé par Elyse Energy. Par la suite, l’entreprise pourrait s’intéresser à des molécules plus complexes, comme les carburants de synthèse, dont l’e-kérosène qui permettrait de décarboner l’aviation.



