« La France a connu un grand mouvement de désindustrialisation mais avec toutes les mutations en cours nous avons une occasion de nous refaire », déclare, volontariste, Alexandre Saubot, président de France Industrie pour mobiliser les candidats à l’élection présidentielle sur les besoins du secteur. L’organisation professionnelle a défini trois priorités pour réussir ce pari : celle de la compétitivité, de la transition technologique et écologique et le capital humain.
D'abord moins d'impôts de production
Du côté de la compétitivité de l’appareil productif français, rien de nouveau sous le soleil, France Industrie rappelle que les industriels français restent handicapés par le niveau des prélèvements obligatoires. Les impôts de production payés par les entreprises sont deux fois supérieurs à la moyenne européenne en pourcentage du PIB (3,7% contre 1,7 % dans l’Union européenne et 1,4 % dans la zone euro en 2020). Ils pesaient 85 milliards d’euros en 2020. Et la baisse de 10 milliards de taxes de production en 2021 qui a plus bénéficié à l’industrie qu’à d’autres secteurs n’a pas réduit l’écart de manière drastique. France Industrie réclame donc une baisse de 35 milliards des impôts de production en commençant par supprimer totalement la CFE, la CVAE et la C3S. «Cela représente environ 17 milliards», précise Alexandre Saubot. Un rapport du Conseil d’analyse économique militait déjà en 2019 pour supprimer la C3S qui produit des effets en cascade et agit « comme un impôt sur les exportations et une subvention aux importations».
Pour la suite des baisses, France Industrie estime que c’est dans des discussions avec la future majorité qu’il faudra avancer. Taxes sur les salaires, versement transport, les sujets ne manquent pas. L’association ne réclame pas comme l’UIMM, pourtant principal branche du secteur, une baisse des cotisations sociales de 17 milliards. Mais elle reconnait un problème sur le coût du travail qualifié. « Pour le prix de trois ingénieurs allemands vous avez deux ingénieurs français», rappelle Patrice Caine, vice-président de France Industrie et PDG de Thales, tempérant un peu l’évaluation de Bruno Le Maire qui avait déclaré sur LCI en janvier qu’un ingénieur « peut coûter trois fois plus cher en France qu’en Allemagne».
Toujours au chapitre de la compétitivité, Alexandre Saubot et Patrice Caine ont largement insisté au cours de leur conférence de presse sur le rôle-clé d’une électricité décarbonée, pilotable et compétitive pour l’industrie, appelant à un soutien clair et dans la durée de la production nucléaire. Dans ce cadre, ils appellent à un vrai grand ministère de l’Industrie qui intégrerait l’industrie, l’énergie, et la recherche technologique et pourquoi pas aussi le transport. «Quand tous les sujets entre industrie et énergie sont traités sur des arbitrages à Matignon, cela marche moins bien», estime Alexandre Saubot, regrettant les atermoiements sur le nucléaire. « On le voit avec la crise actuelle, la politique énergétique n’est pas marquée par un grand sens de l’anticipation », ont glissé avec euphémisme les dirigeants de France Industrie.
Décarboner et prendre des risques
En matière de transition technologique et écologique, France industrie appelle à poursuivre les dispositifs de France relance sur la décarbonation au-delà de 2022. Une option prévue par le projet France 2030 d’Emmanuel Macron. La mise en place d’un programme « Industrie du futur II » semble aussi une nécessité pour poursuivre la modernisation des PMI. Enfin, la sanctuarisation du Crédit impôt recherche reste à l’ordre du jour. Au-delà, France Industrie appelle à un changement de culture en matière de soutien à l’innovation de rupture. Il faut selon eux que l’Etat assume le risque et apprenne à accepter les échecs. «Dans nos entreprises, nous ne disons pas à nos chercheurs : innovez mais si ça ne marche pas, vous êtes virés», a déclaré Patrice Caine.
Fusionner contrat d'alternance et contrats de professionnalisation
Le sujet des compétences est le troisième sujet stratégique car «tout pourrait d’écrouler si nous ne trouvons pas les hommes et les femmes», prévient Alexandre Saubot. L’organisation alerte sur le niveau inquiétant en mathématiques et la nécessité de remettre au cœur de la formation initiale la culture scientifique qui selon Patrice Caine enseigne « le raisonnement, l’analyse et le doute raisonnable à une époque où la vérité scientifique devient une opinion parmi d’autres ». Quant au code, il devrait être au programme «comme une langue vivante ».
Concrètement les industriels demandent aussi à ce que les partenaires sociaux récupèrent une autonomie sur la gestion des fonds de la formation professionnelle « au lieu d’avoir à quémander des enveloppes à l’Etat », que les lycée professionnels soient sous la tutelle d’un grand ministère de l’Industrie et que les contrats d’alternance et de professionnalisation soient fusionnés pour poursuivre sur la bonne dynamique de l’apprentissage. Interrogée sur le sujet de l’immigration qui est au cœur des débats de la campagne présidentielle, France industrie ne prend pas position mais estime qu’il faut former et attirer les compétences d’où qu’elles viennent. « Nous avons besoin de compétences. Si nous les trouvons en France, nous sommes heureux. Mais nous ne sommes pas dans l’idéologie, il faut utiliser tous les leviers », précise Alexandre Saubot.



