Présence de plomb autour de l’usine lilloise d'Exide Technologies : les riverains s'inquiètent, les salariés minimisent

Les résultats des analyses publiées par des élus écologistes mettent en évidence la présence de plomb à proximité de l’usine lilloise de batteries Exide Technologies. Les riverains craignent pour leur santé alors que les salariés redoutent que cette mauvaise publicité ne fragilise un peu plus leur entreprise.

Réservé aux abonnés
Lille verte
A Lille, les élus écologistes se sont mobilisés contre les pollutions au plomb près de l'usine Exide Technologies.

Dans le quartier de Lille-Sud, les résultats des analyses réalisées à proximité de l’usine Exide Technologies ne laissent pas de place au doute quant à la présence de plomb dans l'environnement. Les taux relevés le 12 septembre dernier par l’association de riverains «Après ! 59» et le groupe Lille Verte d’élus municipaux écologistes sont largement au-delà des seuils tolérés, même si le nombre de prélèvements peut paraître insuffisant. Ces derniers ont été effectués en juin dernier avec l’appui d’Alexander Van Geen, chimiste de l’environnement qui exerce à l’université de Columbia (États-Unis), connu en France pour avoir travaillé sur les rejets de plomb après l’incendie de Notre-Dame.

Alors que le Haut conseil de la santé publique (HCSP) avait fixé le seuil à partir duquel il fallait rechercher des cas de saturnisme chez les enfants à 300 mg/kg de terre, un arrêté de la Préfecture du nord datant de février 2023 avait fixé le seuil d’alerte à 1000 mg/kg sur une zone Exide, où elle avait institué une Servitude d’utilité publique (SUP). Concernant les parcelles privées, 30 échantillons sur 74 ont un taux de plomb supérieur à 300 mg/kg et 17 d’entre eux dépassent 1000 mg/kg. Pour les parcelles publiques, les taux sont bas, car le remplacement des terres a été effectué par la ville de Lille.

Elargir la zone de la SUP selon les écologistes

«À 1000 mg, nous sommes trois fois et demi au-dessus du seuil appliqué pour Metaleurop, dénonce Frédéric Louchart, conseiller municipal Lille Verte, dans un entretien à L’Usine Nouvelle. L’usine prend en charge la dépollution des terres sur la SUP à partir de 1000 mg/kg. En dessous de ce seuil, elle n’est pas partie prenante de la dépollution. Et surtout, à deux mètres près, les riverains vont devoir payer pour la dépollution. Il faut donc modifier la structure de la SUP car elle est injuste.» Du côté des salariés de l'usine qui produit des batteries au plomb entre les communes de Lille et Faches-Thumesnil, la communication autour de la pollution au plomb n’est pas bien vécue. Elle tombe aussi après un conflit social pour des investissements et des projets nouveaux comme le recyclage du lithium ou l'implantation d’une activité d’assemblage L-ion. Il reste 240 salariés sur le site qui a été placé en activité partielle entre le Covid-19 et jusqu’à avril dernier.

«Il existe une grande inquiétude sur l’activité à Lille, et la contre-publicité des écologistes menace notre activité alors que nous sommes sur le marché très concurrentiel des batteries au plomb, regrette Rachid Ljabli délégué syndical central FO d’Exide Technologies et du CSE central de l'entreprise. Les salariés sont inquiets sur l’image qui cela donne et qui ne reflète pas la réalité de nos activités. La plupart d’entre eux sont riverains, Je suis moi-même à la frontière de cette zone.» Le représentant syndical s’oppose d’ailleurs à l’élargissement de la SUP qui impliquerait davantage de dépollution pour Exide Technologies.

Une situation ancienne sur un site centenaire

Autre son de cloche du côté du groupe Lille Verte. «J’ai joint le personnel qui a décliné la proposition de rencontre, affirme Frédéric Louchart. La crainte sur l’emploi est parfaitement légitime. L’usine n’est pas adaptée au marché d’aujourd’hui, mais les dirigeants arrivés depuis une dizaine d’années ne sont pas responsables de cette situation.» En effet, dans son arrêté, la Préfecture du Nord  rappelait que la présence de plomb était liée à des activités anciennes exercées sur le site. Le Commissaire enquêteur indiquait dans ses conclusions après une enquête publique menée en 2022 que «les teneurs de plomb dans les parcelles concernées [avaient] nettement diminué lors des dernières années […] Néanmoins, il faut maintenir le principe de précaution».

L’usine actuelle a été implantée en 1921. En 2000, elle transformait 10600 tonnes de plomb par an et aujourd’hui, la production est tombée à 4600 tonnes. Et parlant au nom des salariés, Rachid Ljabli tient à préciser qu’ils subissent régulièrement des contrôles médicaux avec des prises de sang. «Nous n’avons pas enregistré de maladie professionnelle. L’employeur ne fait pas ce qu’il veut. Nous sommes une installation classée ICPE et les rejets sont contrôlés.» Il n’en demeure pas moins que cette pollution ancienne reste dans les sols et reste un problème de santé publique. Si l’initiative de la sénatrice écologiste Anne Souryis, qui a déposé un projet de loi pour lutter contre la présence du plomb dans l’environnement, est acceptée par ses pairs, la lutte contre ce fléau prendra une autre tournure.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.