Près de Paris, cette usine de briques en terre crue a été reprise par la start-up lyonnaise Terrio

Terrio, une start-up de Saint-Priest (Rhône) spécialisée dans la fabrication de grands blocs de terre crue pour la construction et l’aménagement du bâtiment, exploite désormais l’usine Cycle Terre, dédiée à ce matériau, sur la commune de Sevran (Seine-Saint-Denis). Objectif : faire perdurer l’activité.

Réservé aux abonnés
Blocs de terre crue de Terrio, à Cycle Terre - Sevran
Ce grand bloc de terre crue est l'un des premiers fabriqués dans l'usine Cycle Terre, depuis son redémarrage à Sevran, en Seine-Saint-Denis.

À Sevran (Seine-Saint-Denis), depuis le 3 juin 2025, l’usine Cycle Terre, qui a fabriqué des blocs de terre crue entre novembre 2021 et août 2024, a repris son activité. Taillé pour fabriquer 6000 tonnes de matériaux par an, le site est désormais exploité par Terrio, une start-up de 14 personnes. Elle éprouve son modèle depuis sa création en 2022 à Saint-Priest (Rhône), sur la même volumétrie annuelle. «L’usine fabriquait des blocs en petit format, qui nécessitent beaucoup de capex, et qui doivent être vendus en grandes quantités. Nous fabriquons de gros blocs, que l’on lève à la grue», indique Stéphane Kirkland, le directeur commercial de Terrio, qui se réjouit d'avoir repris trois des quatre employés du site qui travaillaient précédemment sur place.

Le promoteur immobilier Quartus, qui faisait partie des huit entreprises actionnaires de Cycle Terre, se concentre désormais sur son rôle de propriétaire du bâtiment. L’activité avait été initiée dans un contexte de développement du gisement de matières premières induit par les travaux du Grand Paris Express, avec des fonds européens en guise d’amorçage.

La réalisation de premiers chantiers en Ile-de-France a incité Terrio à sortir de son bassin rhônalpin, citant un carnet de commandes incluant notamment un chantier d’école en Seine-Saint-Denis, ou bien des maisons de particuliers dans les Hauts-de-Seine. Edifice, un organisme de formation en éco-construction, ainsi que la Brique de Guyane, qui comprime des blocs de terre depuis vingt ans, figurent aussi au tour de table de l’usine de Sevran.

De grands promoteurs et constructeurs engagés dans la démarche

Pour autant, «nous devons développer les chantiers en région parisienne afin de pérenniser l’activité», souligne Stéphane Kirkland. Car la terre crue n’est pas le matériau le plus répandu dans la construction… «Il y a eu un choix politique de cesser la construction en terre crue après la Seconde guerre mondiale, dans un élan de développement du béton. Les efforts de normalisation n’ont pas suivi», retrace le manager. En France, il est possible de construire des bâtiments jusqu’à R+2. De fait, 60% des commandes de Terrio concernent des applications non-structurelles, pour des cloisons ou des façades par exemple.

Dans son atelier de Saint-Priest, dont les volumes fabriqués seront multipliés par six entre 2024 et 2025, Terrio se concentre sur la technique du pisé, qui consiste à compacter la terre dans des banches. L’entreprise fera de même à Sevran. Les clients de Terrio sont des maîtres d’ouvrage du bâtiment, des collectivités ou bien des promoteurs, à l’instar de Nexity (actionnaire de la start-up), d’Icade ou d’Ogic. La mise en œuvre des blocs de terre crue passe par des entreprises bien établies dans le bâtiment, telles que Vinci, Eiffage, Bouygues ou Rabot Dutilleul.

Des prix encore élevés

Pour faire valoir ses produits, Terrio rappelle que la terre crue est un atout pour le confort d’été, une notion introduite par la réglementation environnementale sur les bâtiments neufs RE2020, parce qu’elle permet d’estomper les pics hauts et bas de température. Ses performances en isolation acoustique sont aussi mises en avant. Pour autant, les matériaux souffrent encore, aujourd’hui, de leurs prix. «Notre défi, aujourd’hui, est de diminuer le coût», précise Stéphane Kirkland. Il y a quatre ans, les premiers blocs de terre atteignaient 800 euros du mètre carré, un chiffre descendu aujourd’hui, sur chantier, entre 500 et 600 euros. L’objectif est fixé à 400 euros.

«Pour l’heure, la terre crue est prisée de gens sensibles à l’environnement et à l’esthétique», constate le directeur commercial de Terrio. L’entreprise revendique un poids carbone de 9 kg équivalent CO2 par mètre carré de mur, contre 40 à 50 pour un voile béton, voire 150 pour une façade en verre et en aluminium. Le bâtiment génère 46 millions de tonnes de déchets par an. Trois quarts des déchets inertes sont des terres. Un tiers part des volumes partent en installations de stockage de déchets inertes, et le reste en remblais de carrières ou en usages routiers.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
78 - Rambouillet
Date de réponse 30/04/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs